La guerre du feu

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Faire un feu ? Rien de plus simple. Il suffit de gratter la tête d'une allumette contre sa boîte pour voir surgir une flamme. Facile, oui mais comment expliquer ce phénomène ?

 

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Autrefois, l'homme obtenait du feu en frottant un morceau de bois contre un autre : en effectuant ce geste, il échauffait le bois. Celui-ci, une fois à une température suffisante, se mettait à brûler. Comme le bois, énormément de choses sont capables de s'enflammer de cette manière. Par exemple, lorsque l'on frotte sa main sur son pull de façon vigoureuse, on sent une brûlure.

Flammes nées du frottement

C'est aussi selon ce principe que s'enflamme une allumette : grâce à la chaleur. Seulement, dans le cas du bois, il faut du temps et beaucoup de chaleur avant qu'il ne s'embrase. Les chimistes ont donc recouvert l'extrémité de l'allumette d'un produit inflammable : il s'enflamme aussi par friction mais à une température inférieure à celle du bois. En frottant sa tête contre le grattoir, une chaleur se produit. Elle est tout juste suffisante pour enflammer le combustible présent au bout de l'allumette. "Tout juste" ? Oui, et c'est pour ça que parfois, il faut reproduire l'opération de frottage plusieurs fois.

Une allumette est donc une petite tige de bois ou de carton, destinée à créer une flamme, grâce à son extrémité enduite de soufre, un produit chimique inflammable par friction. Mais quel produit ? Le bout rouge des allumettes contient du phosphore, il prend feu très vite, à 50 °, soit dès qu'on le frotte un peu. Dessous, une couche de soufre jaune, très combustible, sert à prolonger la combustion spontanée du phosphore. Il s'enflamme alors, produisant cette odeur caractéristique des allumettes. C'est la chaleur produite par le soufre qui finit par enflammer le bâton de bois ou de carton.

L'indispensable grattoir

Et pourquoi alors est-il généralement impossible d'enflammer une allumette en la frottant contre sa chaussure ? En fait, les allumettes actuelles sont dites "de sûreté". Elles nécessitent un grattoir particulier, composé de poudre de verre et de phosphore rouge, et dont les éléments interagissent avec ceux de sa tête pour prendre feu. L'extrémité de l'allumette, elle, est recouverte de sulfure d'antimoine et de chlorate de potassium. En un grattement, la chaleur transforme le phosphore rouge en phosphore blanc, qui à son tour contribue à l'inflammation de l'allumette. Inutile, donc de tenter d'imiter le cow-boy qui gratte son allumette contre sa botte, l'allumette ne s'enflammera qu'au contact de sa boîte.

Est-ce qu'on peut faire du feu avec deux silex ?

Le silex ? Ce minéral peut bien être utilisé pour allumer un feu, mais à condition d'être frotté à une autre pierre contenant du sulfure de fer, comme la pyrite ou la marcassite. Deux silex frottés l'un contre l'autre ne produisent que des étincelles "froides", très instables, qui ne s'éjectent pas et sont incapables d'enflammer quoi que ce soit. Au contraire, la pyrite produit des étincelles chaudes lorsqu'on la frappe avec un minéral dur comme le silex (d'ailleurs le nom "pyrite" provient du grec pyros - feu). Cette propriété résulte des éclats de sulfure de fer arrachés à la pierre et qui deviennent incandescents durant quelques secondes, échauffés par le choc.

De l'étincelle au feu

Toute la difficulté réside ensuite à recueillir ces étincelles sur un support inflammable. Les hommes préhistoriques utilisaient de l'amadou, un champignon fréquent dans la forêt. C'est un champignon parasite en forme de sabot de cheval qui pousse sur les arbres. Les étincelles tombant sur l'amadou vont donner des braises, qu'il suffit ensuite d'enflammer avec des herbes sèches. Quelqu'un d'expérimenté peut ainsi parvenir à faire du feu en moins de 5 minutes.

Mais que faire si vous n'avez pas de marcassite ou de pyrite sous la main ? Sortez votre couteau suisse. En frappant un morceau de silex acéré avec le dos de la lame, on obtient facilement des gerbes d'étincelles. A condition de frapper le morceau de pierre de manière très rasante : c'est le tranchant de celle-ci qui va arracher des éclats d'aciers enflammés.

Avec du bois

Vous avez oublié votre couteau ? Pas de panique : il vous reste la technique par friction. Utilisée couramment au Néolithique, elle consiste à frotter une tige de bois à une planchette. On utilisera de préférence du bois fibreux et tendre qui produit beaucoup de sciure, comme le lierre, le saule, le tilleul, ou laurier. Si vous n'avez que des résineux sur votre île déserte, vous pouvez améliorer le résultat en rajoutant du sable, qui augmente la chaleur produite. Le résultat n'est pas garanti, et il faut beaucoup frotter avant d'obtenir une chaleur suffisante. Surtout si il fait humide ! (les téléspectateurs ayant regardé la dernière saison de Koh Lanta en sont témoins !).

Les indiens avaient amélioré la technique en fabriquant un forêt à archet. Le forêt vertical tourne verticalement sur une planchette horizontale dans laquelle on a taillé une encoche.

A la loupe

Le plus simple, c'est si vous avez une loupe ou des lunettes. Comme le verre est beaucoup plus épais au centre, les rayons du soleil passant à travers la loupe convergent tous dans la même direction et se rejoignent en un même point. Il y a donc énormément de chaleur en cet endroit, et des brindilles s'enflamment sans effort. Mais évidemment, il faut pour cela… du soleil !

L'eau éteint le feu ?

Un mégot de cigarette mal éteint, et c'est le drame : tout s'enflamme. Votre premier réflexe est de jeter un grand seau d'eau sur le feu. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

Pas trop d'eau ?

L'eau est un excellent liquide pour éteindre la plupart des incendies, car elle a la plus grande capacité calorifique de toutes les substances naturelles : il faut 85 calories pour chauffer un gramme d'eau de 15°C à 100°C.

Là où ça se complique, c'est dans les espaces confinés ou exigus. Quand les fumées brûlantes ne peuvent pas s'évacuer, elles s'accumulent au plafond, où la température peut atteindre 500°C. Il fait alors si chaud que les matériaux peuvent s'enflammer instantanément. En aspergeant abondamment le feu avec de l'eau, on produit encore plus de fumée, et il peut se produire un embrasement général : c'est ce que les pompiers appellent le "flashover".

Comment éviter cet effet pervers ? Plutôt que d'asperger le feu avec de grands jets d'eau, mieux vaut refroidir progressivement le feu en vaporisant des petites quantités. La création de vapeur sera alors compensée par le contraction des gaz refroidis. Mais là encore, attention : une contraction trop rapide peut provoquer un afflux massif d'oxygène, alimentant les flammes.

Les autres contre-indications de l'eau

De nombreux produits chimiques réagissent avec l'eau, qui provoquent un dégagement de gaz toxiques, ou même qui s'enflamment sous son action (par exemple le sodium).

Les liquides inflammables (comme le pétrole ou les huile) ne doivent pas non plus être éteints avec de l'eau. En essayant d'éteindre votre friteuse avec votre carafe d'eau, vous risquez des projections d'huile bouillante, car l'eau ne se mélange pas aux graisses.

On éteint ce type de feu par élimination de l'air (comburant) ou par interruption de la réaction en chaîne de la combustion, avec des poudres, des mousses, ou des gaz spécifiques. On fait peut exemple "souffler" un puits de pétrole avec une explosion pour stopper les flammes.

l est également vivement déconseillé d'utiliser de l'eau pour les feux d'origine électrique, car elle est très bonne conductrice de courant. Pour éteindre ce type d'incendie, on a recours à des extincteurs à CO2, remplis de dioxyde de carbone liquide. Pulvérisé, ce dernier provoque un important abaissement de la température en se solidifiant en neige carbonique.

Bref, si vous ne voulez pas provoquer de catastrophe, mieux vaut appeler les pompiers…ou être prudent.
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solita 11/06/2007 23:59

Bon idée ce post, et limpide!