Bush en Iran...

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L’entrée en conflit armé avec l’Iran, seul moyen pour George W. Bush de redorer son blason, passablement terni, n’est plus qu’une question de jours. Jamais en effet on a réuni autant de preuves de cette imminence. Trop d’événements récents conduisent à cette même conclusion, qui n’est, je vous l’avoue, pas très rassurante pour l’avenir du Proche et Moyen-Orient et de l’humanité toute entière, si on choisit l’option "pessimisme majeur".


Le premier des ces symptômes visibles, c’est bien entendu l’incroyable armadaqui croise depuis peu au large des côtes iraniennes. Trois porte-avions, en même temps, ce n’est pas rien, et c’est plutôt rare : le Nimitz, le Dwight D. Eisenhower et le John C. Stennis, accompagnés par leurs destroyers protecteurs, leurs bateaux de liaison et de ravaitaillement. Sans oublier leurs sous-marins d’attaque respectifs, ultimes remparts contre une attaque marine. Officiellement, le premier n’est arrivé que pour remplacer le second, sur site depuis des mois et qui doit retourner aux Etats-Unis pour se refaire une santé. Le commandement de l’ensemble de la flotte est le fait du pacha du sous-marin d’attaque USS Scranton, l’amiral Fallon. A bord du Scranton, deux drones détecteurs de mines, dont on sait que les côtes iraniennes sont truffées, depuis les précédents conflits.

Officiellement toujours, c’est pour participer à des "manœuvres, couplées avec des moyens d’attaques amphibies". En prime des trois porte-avions, croise en effet également dans les mêmes eaux le Bonhomme Richard, un porte-hélicoptères, accompagnant l’USS Bataan, sur zone depuis janvier, qui s’était illustré lors du cyclone Katrina, l’USS DEnver et l’USS Rushmore, des porte-péniches de débarquement. Et au milieu de tout ça, trois destroyers lance-missiles AEGIS, l’USS Milius, l’USS Chung-Hoon et l’USS Chosin . La profusion de lance-missiles AEGIS correspond à la crainte de voir l’Iran utiliser les siens contre les navires de cette flotte, et les porte-péniches à une possibilité clairement affichée d’invasion terrestre du pays.

Officieusement, on a dès aujourd’hui dans cette partie du monde la même menace que lors du second conflit irakien, avec plusieurs centaines de missiles Tomahawks dispersés à bord de l’ensemble des bateaux. Parmi les observateurs des divers mouvements de la flotte, dont le général russe Leonid Ivashov, beaucoup sont perduadés de l’imminence de l’attaque. Pour ne rien gâcher, l’armada est aux ordres de l’amiral Fallon, de l’aéronavale, plutôt prédisposé à préconiser des attaques aériennes. Or ce choix, aujourd’hui, prête en fait à une certaine confusion, l’amiral ayant tout d’abord refusé l’envoi d’un troisième porte-avions sur zone, synonyme pour lui d’attaque imminente. Un amiral nommé à la tête d’un dispositif en remplacement d’un autre gradé soupçonné de ne pas souhaiter l’attaque contre l’Iran. Pour l’instant, notre amiral resterait le seul garant du non-déclenchement de l’attaque ! De l’ensemble du dispositif, c’est donc bien l’arrivée toute récente du troisième porte-avions qui pose problème, car elle tendrait à prouver que Fallon a perdu son pari ou son bras de fer avec l’administration Bush. Ou bien que la Navy dans son ensemble, opposée ces derniers mois à une intervention, s’est soumise à un diktat de la Maison-Blanche.

Car il y a bien d’autres moyens d’attaquer l’Iran : en 19 heures de vol et plusieurs ravitaillements, les B2 peuvent arriver en effet sur Téhéran. Un bombardement classique par bombes guidées par GPS GBU-37 "bunker buster", de 5000 livres, coûtant chacune 231 250 dollars pourrait avoir lieu, à moins que W.Bush ne décide d’utiliser des "mini-nukes" comme la B61-11, des bombes nucléaires tactiques que rêvent d’utiliser depuis des années ces généraux. Pour voir les effets de ce type de bombes, les généraux US sont allés jusqu’à tester la force de 700 tonnes d’explosifs conventionnels en Utah, en mars 2006, lors d’une opération appelée "Divine Strake". A noter que les essais de ces bombes tactiques nucléaires, en plein désert, aux USA, dès 1962, ont dégagé de biens étranges nuages, ayant une ressemblance certaine avec ceux aperçus en 2001 en plein New York... Pour ce faire, les B2 devraient donc décoller de nuit et voler pendant presque une journée pour arriver sur zone. Nul doute que de nombreux "spotters", ces photographes d’avions qui ont révélé les mouvements des avions Gulfstream de l’état US. Des avions sans immatriculation officielle ou à dénomination déguisée qui contenaient des détenus de Guantanamo qui allaient ainsi se faire questionner... sans ménagements dans leurs pays d’origine. Ailleurs, on s’apprête aussi : les frappes aériennes américaines pourraient être lancées depuis l’île de Diego-Garcia, dans l’océan Indien, avec des B-52 avec à leur bord des missiles de croisière.

Ce ne serait pas la première fois que des avions US sillonneraient le ciel iranien. Du 21 au 24 mars 2003, déjà, l’espace aérien iranien a été impunément violé par l’aviation américaine. Il s’agissait alors de bombarder les installations pétrolières de Khorramshahr, d’Abadan et de Manyuhi en Iran, près de la péninsule de Faw (contrôlée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Koweït). Les Iraniens ont eu beau protester, il leur a été répondu que les dégâts avaient été provoqués par des "bombes égarées". En fait, ces raids avaient permis de tester les défenses iraniennes, qui, depuis, se sont équipées à grands frais d’engins soviétiques hypersophistiqués pour éviter le survol de leur territoire. Des Iraniens en effet protégés par une défense anti-missile neuve et hyperefficace à base de Thor-M1 et de S-300 PMU russes. En avril 2006, Seymour Hersh évoquait ainsi les préparatifs américains dans la région du globe : "Des groupes de planification de l’armée de l’air sont en train d’établir des listes de cibles et des équipes de troupes de combat américaines ont reçu l’ordre de s’introduire en Iran, en secret, pour collecter des données sur les cibles et établir un contact avec des groupes ethniques minoritaires antigouvernementaux". Les plans précis sont prêts depuis 2006.

L’autre preuve que quelque chose de grave se trame, c’est aux Etats-Unis même, avec l’incroyable annonce, le 9 mai dernier, de deux documents ajoutés par l’administration Bush aux textes régissant la sécuité intérieure du pays, le Homeland Security Presidential Directive/HSPD-20 et le "National Security Detective" NSPD 51, qui vont dans le sens d’octroyer les pleins pouvoirs au seul président "en cas d’attaque catastrophique du pays". Sont cités comme exemples de référence Katrina... et le 11 -Sptembre. Certains y voient un signe d’une possible manipulation, avec un faux attentat d’envergure permettant cette prise de pouvoir par ce biais par un gouvernement aux abois. Trouver pire que le 11-Septembre, il va falloir avoir de l’imagination, côté administration US. A moins de recourir à une arme nucléaire sur le territoire US, on ne voit pas très bien ce que ça pourrait être : pour certains, en tout cas, l’annonce d’un attentat d’une ampleur sans commune mesure aux Etats-Unis sonnerait au moment même la trompette de la charge contre l’Iran, quel que soit d’ailleurs le véritable coupable. N’oublions pas que le WTC7 n’était pas encore par terre que FoxNews annonçait déjà que derrière le 11-Septembre se cachait Ben Laden, sans une seule preuve tangible à montrer.

Une théorie renforcée part les faits : l’excuse d’un attentat sur le territoire américain ou d’une attaque délibérée de la marine iranienne, les deux options sont possibles. Le 22 mai dernier, selon des sources en provenance des services secrets US, G.W. Bush aurait autorisé une nouvelle action de provocation pour obtenir une réaction armée iranienne qui servirait de prétexte aux représailles américaines... C’est le retour d’une méthode désormais empirique chez le gouvernement américain. Johnson avait utilisé cette méthode pour reprendre les bombardements en 1964, ce sont les épisodes des incidents du Golfe du Tonkin. C’est cela ou l’attente d’un attentat en forme d’excuse pour attaquer. Déjà, on sent quelques prémices de ce principe : dans un récent discours, W. Bush a rappelé "qu’Oussama ben Laden avait chargé en janvier 2005 l’ancien chef d’Al-Qaeda en Irak, Abou Moussab al-Zarqaoui, tué en Irak depuis, de préparer de nouvelles attaques à l’étranger". Tout se passe comme si on annonçait au préalable une catastrophe sur le territoire américain, dont on sait qu’elle serait déclencheur d’une invasion ou de bombardements de l’Iran, devenu le nouvel "axe du mal" pour ce président qui se présente comme le nouveau croisé du XXIe siècle.

Or, tout cela repose sur le même principe fallacieux avec lequel les Etats-Unis se sont introduits en Irak : selon Hersh,"la campagne soutenue de bombardement en Iran humiliera le pouvoir religieux et conduira le public à se soulever et à renverser le gouvernement". On a vu les résultats de ce principe d’ingérence armée sur l’Irak, aujourd’hui à feu et à sang. G.W.Bush campant sur ses positions, ou plutôt une seule en l’occurrence : "Nous sommes pleinement conscients que les Iraniens ne doivent pas acquérir l’arme nucléaire", disait-il encore fort récemment. En affirmant en même temps vouloir peser de tout son poids sur l’ONU pour aboutir à des négociations... mais en préparant en même temps une attaque de grande envergure sur le pays. Avec comme seconde répercussion pour lui-même d’en profiter pour obtenir de ses concitoyens les pleins pouvoirs, pour "raison majeure". L’attaque de l’Iran, en résumé, suite à un attentant ou à une provocation, signifierait donc la marche forcée vers une dictature américaine, rien de moins. On ne doit plus en être loin, maintenant : cerné de toutes parts par l’opinion publique et ses élus au Congrés, George W. Bush n’a plus beaucoup d’alternatives.

Entre la politique du pire et le réalisme, on peut craindre qu’il choisisse la première solution. Après lui, le déluge ?

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