Ce que le clan Bush réserve à Vladimir Poutine

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Le président américain reçoit dimanche et lundi prochains son homologue russe dans la résidence d'été de ses parents à Kennebunkport, dans le Maine. Cet environnement famillial favorisera-t-il le réchauffement des relations entre les deux pays ?, se demande un journaliste moscovite.

Les 1er et 2 juillet, Vladimir Poutine rencontrera deux présidents américains, un ancien et l'actuel. Il sera en effet reçu dans l'une des résidences de la famille Bush, à Kennebunkport, dans le Maine [sur la côte Est]. Kennebunkport est une petite ville pittoresque du comté d'York. Le centre s'étend le long d'une rivière, à un kilomètre du lieu où celle-ci se jette dans l'Atlantique. Les habitants originels de l'Amérique, les Indiens, se livraient à la chasse et à la pêche en ces lieux, mais, aujourd'hui, les 4 000 habitants sont blancs à 99 %, et il ne reste que 0,16 % d'Indiens. Pour la couleur locale. L'exotisme.
Le village indien a été transformé en aimant à touristes, il regorge d'échoppes de souvenirs, de boutiques huppées, de galeries d'art et de restaurants de poisson.

De toutes les villas ultrachics qui bordent Ocean avenue, la plus célèbre est sans conteste Walker's Point, la résidence d'été de celui qui fut le 41e président des Etats-Unis, George Bush père. Cette propriété est dans la famille Bush depuis plus d'un siècle. L'ancien président y a passé la plus grande partie de son enfance et en a hérité à la mort de ses parents. George, Barbara et leurs enfants George junior, Jeb, Marvin, Neil, Dorothy et Robin y venaient durant la saison estivale. Kennebunkport a servi de cadre à leurs célébrations familiales, mariages et anniversaires. Après l'élection de Bush père à la présidence, Walker's Point a été baptisée "la Maison-Blanche d'été". De nombreux chefs d'Etat, dont Mikhaïl Gorbatchev et Margaret Thatcher, y ont eu avec le maître des lieux des entretiens privés.

Si l'on en croit les calculs de certains journalistes oiseux, au cours de ses deux mandats à la Maison-Blanche, George Bush fils aurait passé 500 jours à se reposer soit dans son ranch de Crawford, au Texas, soit dans la résidence présidentielle de Camp David, dans les monts Catoctin. C'est chez ses parents, à Kennebunkport, qu'il a passé le moins de "jours de congé". Pourquoi ? Pour trois raisons : tout d'abord, au Texas, il est propriétaire de son ranch et peut y faire ce que bon lui semble. Ensuite, désireux de souligner sa "texanité", il tente de se défaire de son image d'"héritier des brahmanes de Nouvelle-Angleterre", l'establishment américain. Enfin, la personne qui commande, à Kennebunkport, ce n'est pas son père, mais sa mère, Barbara, une femme aux mœurs rigoristes et au caractère bien trempé. Lors d'un de ses rares séjours, le président a ainsi dû partager une chambre du dernier étage avec son frère Marvin.

Récemment, lorsque des journalistes ont demandé au porte-parole de la Maison Blanche, Tony Snow, pourquoi c'était Kennebunkport qui avait été choisi pour la rencontre avec Poutine, il a répondu par une autre question : "Et pourquoi pas ?" On ne saurait considérer cela comme une explication suffisante. Il faut donc émettre des hypothèses. En voici quelques-unes :
Vladimir Poutine a déjà rencontré Bush à Camp David et au ranch de Crawford. A ces occasions, il y a eu de nombreuses accolades et de conversations détendues.

Malheureusement, l'amitié qui lie Bush et Poutine n'a toujours pas débouché sur une amitié américano-russe. Les relations entre les deux pays n'ont jamais été à un niveau aussi bas depuis de la fin de l'URSS [en 1991]. Même si Washington et Moscou ont conscience que leur affrontement nuit aux deux parties, personne ne veut céder sur les questions de principe. D'où le marchandage serré actuel. Un marchandage compliqué par la propagande ambiante. C'est sans doute la raison pour laquelle le sommet éclair de Kennebunkport n'a pas été conçu pour lever les tensions, mais juste pour détendre l'atmosphère. Le monde s'inquiète de la dégradation des relations américano-russes. Il comprend bien qu'elles sont impossibles à "remettre sur pied" en moins de deux jours. Mais le monde veut avoir la preuve que c'est envisageable sur le fond. Le but du sommet de Kennebunkport est d'apporter cette preuve.

Reste une question : pourquoi Kennebunkport ? Parce que Camp David et Crawford ont épuisé leur aura positive. L'air des monts Catoctin et des plaines du Texas n'est plus assez frais. Reste celui de l'Atlantique. Par ailleurs, Kennebunkport est un "terrain neutre". Walker's Point n'appartient pas au président en exercice mais à ses parents, et sa maman lui interdit de mettre les pieds sur la table quand il est sous son toit (pour des entretiens au sommet réussis, c'est pourtant extrêmement important). L'"esprit" de Bush senior (qui, officiellement, ne participera pas aux pourparlers) compte aussi. Contrairement à son fils, ce n'est pas un impulsif, mais un homme de compromis. Pas un romantique, mais un réaliste. Il sait arranger les choses. Et finalement, l'air du Maine, au nord de la Nouvelle-Angleterre, est bon pour la diplomatie. C'est là qu'en 1944, dans les Montagnes Blanches, les accords historiques de Bretton Woods avaient été signés. Ils allaient offrir au monde un ordre monétaire et financier enfin stable. Dans cette même région, à Portsmouth, en 1905, la fin de la guerre russo-japonaise était négociée grâce à une médiation américaine.

Evidemment, cela ne suffit pas pour espérer un "accord de Kennebunkport" en bonne et due forme cette semaine ni la semaine prochaine. Mais si un "esprit de Kennebunkport" naissait et désamorçait la "guerre froide" qui se profile à l'horizon, ce sommet entre deux présidents sur les rivages de l'Atlantique en serait pleinement justifié.

A suivre...

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