Et si le gouvernement avait oublié de penser ?

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Dans l'édition de lundi du journal «International Herald tribune», Bernard-Henry Lévy et Alain Finkielkraut raillent les propos de la ministre des Finances Christine Lagarde et les slogans du chef de l'Etat.

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Est-ce le nouveau slogan gouvernemental ? Après le «travailler plus pour gagner plus», il faudrait également «travailler plus et penser moins». L’invitation n’a pas échappé au quotidien International Herald Tribune qui, lundi, dans un long article en page 4, se penche sur la nouvelle feuille de route de l’équipe Sarkozy. Et titre : «Travailler, ne pas penser» . Et la fait commenter par des intellectuels français.

Le quotidien anglophone s’est intéressé aux propos de la ministre des Finances, Christine Lagarde. La semaine dernière, celle-ci avait déclaré à l’Assemblée que la «France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: assez pensé maintenant, retroussons nos manches», rappelle le Herald Tribune. Cependant, sous la plume d’Elaine Sciolino, le quotidien souligne qu’en France, «pays qui a produit les Lumières», la «pensée a perdu de son cachet dans le gouvernement du Président Sarkozy».

«Le nouveau président lui-même a cultivé cette image de non-intellectuel», estime le Herald. Le journal reprend les propos du chef de l’Etat à la télévision le mois dernier: «Je ne suis pas un théoricien. Oh, je ne suis pas un intellectuel ! Je suis quelqu’un de concret !»

Le message ne convainc pas les intellectuels. «Ce dédain pour la réflexion est peut-être allé trop loin», estime Elaine Sciolino qui a interrogé le «plus clinquant des philisophes-journalistes», Bernard-Henry Lévy. «C’est le genre de chose que vous pouvez entendre dans des conversations de café, de la part d’abrutis qui boivent trop», déclare BHL dans le Herald. «A ma connaissance, c’est la première fois dans l’histoire moderne de la France qu’un ministre ose débiter ce genre de phrases. Je suis pro-Américain, pour le marché, j’aurais donc pu voter pour Nicolas Sarkozy mais cette tendance anti-intellectuelle est une des raisons pour laquelle je ne l’ai pas fait.»

BHL, qui a écrit un livre sur le voyage de Tocqueville aux Etats-Unis, précise que la ministre, qui a invoqué Tocqueville dans son discours, a été «trop sélective» dans ces citations du philosophe du XIXe siècle. «Il lui a suggéré de relire les œuvres complètes. Sur son temps libre», raille le Herald Tribune.

Alain Finkielkraut, l’autre intellectuel convoqué, n’est guère plus amène avec la vulgate sarkozienne. «Quelle absurdité de dire que l’on devrait penser moins, assène-t-il. Si vous avez la chance de consacrer votre vie à la pensée, vous travaillez en permanence, même dans votre sommeil.»

Avec ironie, le quotidien souligne toutefois que «Sarkozy n’est pas un nain intellectuel. Ses discours de campagne étaient truffés de citations de grands penseurs français». Manière de dire que le divorce n’est pas encore consommé entre le nouveau pouvoir et le monde des idées.

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