La crise du marché immobilier américain en 9 points

Publié le

1 Crise du marché immobilier américain
Janvier. De plus en plus de ménages américains modestes ne peuvent plus rembourser leurs emprunts immobiliers. Ils sont victimes des subprimes, des crédits à taux élevés, dont les remboursements augmentent au fil des mois. Ce sont des banques comme Countrywide Financial qui ont développé ces produits dangereux, en pariant sur une hausse continue du mètre carré. Les experts commencent à se poser des questions : la faillite de ces emprunteurs peut-elle plomber le marché immobilier ?

2 La faillite des établissements spécialisés dans le crédit immobilier
- 1er avril. Premières secousses dans le circuit financier américain : les établissements spécialisés dans le crédit immobilier sont les victimes de leurs innovations; leurs clients ne peuvent plus rembourser leurs dettes, et eux ne peuvent plus rembourser les leurs. La banque New Century, qui se met en faillite, est un symbole de ces difficultés. Les conditions de crédit commencent à se tendre pour tous les emprunteurs, riches ou pauvres, et le marché des subprimes se gèle.

3 Les Bourses commencent à s'inquiéter
- 18 juillet. Wall Street vient de battre à nouveau ses plus hauts niveaux historiques, et tous les indicateurs de la croissance mondiale sont au beau fixe. Mais la très chic banque d'investissement Bear Stern envoie un très mauvais signal : elle annonce que deux de ses fonds, atteints par la crise des subprimes, ne peuvent plus rembourser leurs clients. Les Bourses commencent à se poser des questions sur ces subprimes et sur l'étendue exacte de leurs dégâts.

4 Les banques européennes victimes de la crise américaine
- 2 août. Première répercussion importante en Europe de la crise américaine : la banque allemande IKB-créée en 1924 et spécialisée dans le financement des PME industrielles - annonce qu'elle a de grosses pertes sur ses investissements aux Etats-Unis. L'Etat allemand doit voler à son secours pour éviter sa faillite. On découvre ainsi que les crédits immobiliers américains - notamment les subprimes - ont été rachetés par des banques du monde entier, un effet de la «titrisation» entamée dans les années 1980.

5 Panique sur le marché : la crise est plus grave que prévu
- 9 août. BNP Paribas - la plus grande banque du continent européen - annonce qu'elle suspend la cotation de trois de ses fonds, à la suite de l'effondrement des subprimes. Le choc est immense dans le monde financier : sept jours avant, Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas, avait juré que sa banque n'était pas exposée au risque des subprimes. Immédiatement, le soupçon frappe les actions de toutes les banques mondiales : sont-elles exposées oui ou non à ce danger ? Et à quel point ?

6 La réaction énergétique des banques centrales.
- 10 août. Dans la foulée de cette nouvelle, la BCE (Banque centrale européenne) doit prendre des mesures : les banques ont cessé de se prêter de l'argent les unes aux autres. Elles ne se font plus confiance. C'est à l'institut central de jouer son rôle et d'injecter des liquidités pour éviter une hausse des taux d'intérêt qui pousserait un peu plus le marche immobilier et les actions vers la chute. En deux jours, 240 milliards d'euros sont déverses dans la machine bancaire pour calmer sa peur !

7 Pourquoi les Bourses d'Asie et de Tokyo continuent à baisser
- 15 août. Le remède administré par toutes les banques centrales du monde n'a pas eu d'effet. Les Bourses d'Asie et d'Europe continuent à baisser : elles se demandent où et quand vont surgir les pertes entraînées par le marché immobilier américain. Elles ont été disséminées dans le monde entier grâce aux nouvelles méthodes de gestion financière. C'est à la fois une bonne nouvelle - parce qu'ainsi le risque est bien réparti - et une mauvaise - parce que, comme on ne sait plus précisément où se situe ce risque, pour l'éviter il faut éviter toutes les banques !

8 Les politiques réagissent
- 16 août. Les hommes et les femmes politiques se réveillent. Le mot «krach» est prononcé par Christine Lagarde, ministre de l'Economie, qui assure qu'il n'y a pas de «risque de krach».
Le président Nicolas Sarkozy appelle le G7 et sa présidence, assurée en ce moment par la chancelière allemande Angela Merkel, à veiller à la «transparence du fonctionnement des marchés».
Les Allemands, un peu vexés, répondent qu'ils y avaient déjà pensé eux-mêmes; c'est leur volonté, affirmée en décembre 2006 !

9 Les scénarios du futur. Et maintenant ?
L'issue la plus probable de cette fièvre estivale reprendrait le scénario des dernières crises financières : après une baisse de 10% à 15% de la valeur moyenne des bourses, et sans doute quelques failites de petits établissements spécialisés dans le crédit, les investisseurs vont se dire que les actions sont redevenues bon marché; ils recommenceront alors leurs achats, et l'optimisme naturel des marchés reprendra le dessus. Cette solution sera favorisée par les injections massives de liquidités opérées par les banques centrales.
La BCE ne va pas oser remonter les taux d'intérêt de sitôt, alors qu'elle avait laissé entendre dernièrement qu'elle songeait le faire dès septembre, car elle devrait considérer dans les mois qui viennent que le risque de krach est supérieur au risque inflationniste. Les financiers se sont habitués, depuis le krach de la buile internet, à ces explosions boursières à répétition qui ne laissent pas de trace douloureuse.
On peut aussi craindre un scénario plus noir; que la crise immobilière américaine entraîne une récession aux Etats-Unis, puis se propage sur les autres continents, le tout s'accompagnant de difficultés dans le monde bancaire. Mais pour le moment rien ne laisse penser que ce pessimisme doive être privilégié.

Commenter cet article