Subprime : on essaie de comprendre ?

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La crise du “subprime” ou pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
 
Voilà des semaines que les économistes, les boursiers et les media s’affolent. Cause de leurs tourments : la désormais fameuse « crise du subprime » dont tout le monde parle mais que presque personne ne comprend. Alors, plutôt que de faire semblant, comme nombre de soi-disant spécialistes, tentons de mettre des mots simples et concrets sur cette affaire aux multiples rebondissements.


L’histoire commence aux Etats-Unis. C’est là que notre cher «subprime » a vu le jour. Le subprime s’adresse aux ménages dits « à risques », des personnes à faibles revenus et qui, par le passé, ont eu des retards, voire des défauts, de paiement. Concrètement, le subprime est un crédit immobilier à taux élevé et variable, mais qui parie sur la spéculation, donc sur l’augmentation des prix de l’immobilier. Pendant la période de remboursement, la maison achetée est hypotéquée en faveur de la banque, ce qui permet aux emprunteurs de souscrire d’autres crédits. Consommez, on verra après !

L’opération, basée sur la confiance du marché, fait quand même courir un certain risque aux établissements de crédit. Par conséquent, afin de partager ce danger avec d’autres institutions financières, les Américains eurent l’idée de donner une valeur monétaire à ces subprimes (procédure baptisée « titrisation » par nos spécialistes), pour ensuite les vendre sur le marché mondial. Alléchés par la perspective de gagner rapidement de l’argent, les européens et les asiatiques notamment ont alors massivement investi dans ce filon qui, à l’époque, était encore très lucratif.
Seulement voilà, au cours de l’année 2006, le marché immobilier américain, jusqu’alors particulièrement florissant, est entré dans une période de récession, qui a eu deux effets : l’augmentation des taux d’intérêt et la diminution du prix de l’immobilier. Conséquence : les emprunteurs ont eu de plus en plus de mal à rembourser leurs crédits (à taux variable vers le haut), et la vente des biens immobiliers n’a pas permis aux prêteurs de se rembourser puisque la valeur hypotécaire des logements avaient fondue. C’est à ce moment là qu’a débuté la « crise du subprime ». Les américains ayant par ailleurs ouvert la vente des subprimes au marché international, la contagion s’est étendue aux autres continents et notamment vers l’Europe.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il faut savoir qu’aujourd’hui, les banques ne communiquent pas entre-elles. A cause de ce manque de transparence, il leur est donc impossible de connaître l’identité des banques exposées à la crise du subprime ni les montants en jeux. Pire, les établissements eux-mêmes ne savent pas s’ils sont exposés. La preuve avec BNP-Paribas qui, une semaine après avoir déclaré n’être que marginalement exposée, a gelé trois de ses fonds impliqués sur ce fameux marché. Face à cette incertitude, un climat de défiance s’est alors installé, tant et si bien qu’au final, les banques ont décidé de ne plus se prêter d’argent mutuellement. Pour éviter l’assèchement des liquidités (de l’argent) sur le marché interbancaire, la Banque Centrale Européenne (la BCE) et la Banque Centrale américaine (la Fed) ont alors décidé d’intervenir en injectant des centaines de milliards d’euros et de dollars sur ce marché. En jouant un rôle de préteur en dernier ressort, elles espèrent que le marché se rétablisse. Mais pour cela, il faudrait d’abord que les dirigeants des institutions financières fassent un effort de communication sur leur exposition au marché des subprimes. Et surtout, les banquiers centraux ne doivent pas se montrer trop avares dans leurs actions. Car si les sommes injectées ne s’avéraient pas à la hauteur, cela risquerait de casser la croissance. La crise du subprime pourrait alors se propager à l’ensemble de l’économie, comme ça a été le cas lors du krach boursier de 1929.

C’est beau le capitalisme financier !

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