lobby ou lobby ?

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Les récents propos guerriers de Bernard Kouchner à l’égard de l’Iran vont forcer les groupes américains pro-israéliens à réviser leurs points de vue sur la France. À partir de 2002, ces lobbies présentaient l’hexagone comme l’État le plus antisémite d’Europe et aimaient voir en Paris la « capitale de l’Europe antisémite aujourd’hui, comme sous la IIIe République » (Martin Peretz, in New Republic, le 22 avril 2002). Parce que ne pas s’aligner sur la politique Moyen-Orientale des États-Unis de même que s’opposer à la politique du gouvernement israélien signifie mettre en cause la légitimité d’Israël, c’est-à-dire ne pas souhaiter l’épanouissement du peuple Juif, donc être antisémite. Deux universitaires américains ont récemment fait l’amère expérience de cet amalgame, une des armes les plus puissantes du lobby pro-israélien, clef de voûte d’un processus d’intimidation particulièrement virulent depuis le printemps 2002.

Après la publication d’un long article sur ce lobby en mars 2006 dans la London Review of Books (LRB) puis mis en ligne sur le site de la Kennedy School of Government d’Harvard, John J. Mearsheimer, professeur de sciences politiques à l’Université de Chicago et Stephen M.Walt, professeur de relations internationales à Harvard, se voient taxés d’antisémitisme. Antisémites ! Il n’y a pas pire accusation sur le grand continent. De quoi briser définitivement une carrière. Il ne fallait pas pointer du doigt l’influence de groupes de pression américains pro-israéliens dans l’aide considérable que les États-Unis fournissent à Israël tant sur le plan économique que militaire. Chaque année, Israël reçoit 3 milliards de dollars d’aide américaine, soit un sixième de l’aide étrangère des États-Unis. Parmi leurs pourfendeurs : l’Anti-Defamation League (ADL), des chroniqueurs du Jerusalem Post, du New York Sun, du Wall Street Journal et du Washington Post, ainsi que le magazine New Republic, qui a consacré quatre articles à la condamnation de leur texte.

En complément de leur petit essai, les deux auteurs publient un livre intitulé Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, paru en France le 27 septembre aux éditions La Découverte. Un nouveau pavé dans la mare ! Mais pourquoi tente-t-on de marginaliser ces « dissidents » via cette insulte infondée ? « Si l’accusation porte, les médias, les membres du gouvernement et le reste de l’élite ne prêteront aucune attention aux arguments contre Israël. Et les groupes qui auraient été tentés de leur accorder un certain crédit se sentiront découragés. »« parce qu’il est très difficile de prouver de manière définitive que l’on n’est pas antisémite. » D’autre part, parce que « l’accusation est susceptible de recueillir un certain écho chez les Juifs américains, qui sont nombreux à croire que l’antisémitisme est encore un fait très répandu. L’histoire des Juifs de la Diaspora étant suffisamment édifiante pour nourrir cette angoisse, largement accentuée par le rôle que joue la mémoire de l’Holocauste chez beaucoup de Juifs américains. » (p.209)

Un nouveau pavé dans la mare donc, dont le plouf n’a pas encore débordé des États-Unis…

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Lhuna 11/10/2007 19:22

Kouchner a la mémoire un peu courte, non?
Bonne soirée;