Entre Sarkozy et Besancenot, le vide

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 « Qu'est-ce qu'il fout le PS ? »

C'est l'interpellation vive, vibrante de l'actrice Josiane Balasko exaspérée par l'inaction des socialistes en faveur des mal-logés. « Qu'est-ce qu'il fout le PS ? », voilà exactement ce qu'étaient ses mots qui n'étaient pas seulement d'une actrice mais d'une femme en colère comme le sont nombre de militants et de sympathisants qu'exaspère l'apathie bavarde d'un parti qui ne s'est pas remis de la défaite de Ségolène Royal, de « sa » candidate à l'élection présidentielle.

Cette rage devant une telle impuissance satisfaite, beaucoup l'expriment avec leurs pieds puisque le PS aurait perdu entre 20 et 30 % de ses adhérents depuis cet échec présidentiel. Pas seulement des nouveaux venus qui retourneraient à l'ombre dont certains anciens estiment qu'ils n'auraient pas dû sortir. Non, ce sont des militants expérimentés comme des jeunots qui partent dégoûtés, exaspérés par l'état de décomposition avancée dans lequel se complait le PS qui reste totalement en dehors de l'histoire qui se fait et s'accélère sans lui. Ses dirigeants ne parlent plus à la société, ils ne parlent plus qu'à eux-mêmes, obsédés par le prochain Congrès et les élections locales où chacun dans son coin veut tirer son épingle du jeu.

Certes le PS a bien organisé un comité de liaison de l'opposition avec le PC, le PRG, les Verts, toutes les particules qui formaient la gauche plurielle hier. Sans le MRC de Jean-Pierre Chevènement fâché pour raisons de concurrence municipale dans le 11e arrondissement de Paris… Mais de toute façon, ce ne sont que des fantômes. Ils ne sont d'accord sur rien quand ils pensent quelque chose ! Le mini traité sur l'Europe ? Ils sont divisés. L'exigence de sécurité au quotidien ? Ils ne la partagent pas. La réforme des institutions ? Ils hésitent. L'autonomie des universités ? Certains la veulent, d'autres pas. L'alignement des régimes spéciaux des retraites ? Idem. Ils pourront toujours accoucher d'un communiqué et cosigné la dénonciation des méthodes arrogantes de Sarkozy qui pourrissent le climat social, ce ne sera qu'un communiqué de circonstance, qu'un accord momentané qui volera en éclats sur le premier plateau télé. Car ils n'ont plus de pensée commune comme ils n'ont plus d'histoire commune depuis des mois. S'ils savaient seulement ce qu'ils pensent… En fait les « petits » - PC et Verts (moins de 2 % à la présidentielle) - sont toujours à terre, KO après leur échec présidentiel. Le PS ne vaut guère mieux…

Rue de Solferino, on en est encore à ratiociner sur la défaite, tout en évitant les confrontations, les analyses sérieuses. C'est l'époque des « règlements de comptes » qui n'en finissent plus de reprendre selon le titre du dernier ouvrage paru, celui de Julien Dray qui conseilla Ségolène Royal. Car après une première giboulée de livres qui se sont abattus contre elle, avec une mention spéciale de celui de Lionel Jospin, le plus acerbe, chacun battant sa coulpe sur sa poitrine à elle, a succédé une averse contraire. Une série de textes qui rendaient le PS responsable seul de la défaite. En attendant son ouvrage à elle pour mi-décembre « Ma plus belle histoire, c'est vous » qui renouerait le fil dénoué de cette aventure qui s'égare depuis des semaines entre silence et excursions à l'étranger. Sans que Ségolène Royal dise clairement si elle veut prendre la tête du PS, avec qui, pour faire quoi. Personne ne le dit d'ailleurs. Comme dans une course de sur place, chacun se surveille, chacun se marque. Bertrand Delanoë notamment attendant les municipales pour se lancer vraiment. Et tous les autres s'agitant pour empêcher ce duel, pensent-ils, suicidaire. D'où une multiplication de rencontres, d'échanges officiels comme officieux. Une frénésie de petits-déjeuners, de goûters, de dîners, de soupers, ces jeunes gens vont prendre du poids, c'est déjà ça… Soyons juste, il y a un avantage à cette émulsion de la relève, c'est que tous ces seconds couteaux se rencontrent alors qu'ils ne se voyaient pas ou quasiment pas avant. Entraînés qu'ils étaient par le système des courants. Les Cambadélis, Moscovici se retrouvent aux mêmes tables que Valls, Peillon, Bartolone, Montebourg voire Mélenchon. Chacun imagine celui qui tirera les marrons du feu mais peu importe. Au moins se confrontent-ils et songent-ils à l'avenir. Mais en attendant, pendant que le premier secrétaire du PS travaille à conquérir brillamment évidemment le Conseil général du Corrèze et que la plupart des élus sont en campagne municipale, l'opposition est absente. Dimanche pas un tract sur les marchés, pas une seule réunion de crise à Paris comme s'il ne se passait rien dans la société. Le mouvement social attendra la réunion du bureau national, ce théâtre d'ombres.

Le sarkozysme se déploie tous azimuts sans rencontrer obstacle autres qu'internes. Le PS n'accouche d'aucune analyse de ce qu'est ce bonapartisme nouveau style, pas plus qu'il n'offre de réflexion pertinente sur le néo-capitalisme tout puissant et l'éventuelle alternative sociale-démocrate qui pourrait faire pièce. Pire encore, le chef de l'Etat fait son marché parmi les idées comme parmi les hommes du PS quand ça l'arrange, prenant par revers et déstabilisant toute expression de désaccord. Il y a toujours un socialiste de réputation pour justifier une réforme sarkozyste ! Ainsi, non seulement il n'y a pas de stratégie de reconquête du pouvoir, d'élaboration d'un contre-projet théorique comme d'une dynamique d'alliance mais encore le PS est devenu une structure et une pensée complices, qui sert de vivier de secours au gouvernement qu'il est censé combattre ! Certains élus du PS croient que cela ne les empêchera pas de gagner ou de regagner des villes aux élections municipales. Peut-être. Mais ce socialisme de terroir n'empêcherait pas que se réalise le rêve sarkozyste, un rêve à la gaulliste : entre lui et Besancenot, il n'y a rien, plus rien. Aujourd'hui en tout cas, il n'y a pas grand'chose.

De la LCR au nouveau parti de Besancenot, on surfe sur les grèves

La LCR marque des points en profitant du trou d'air à gauche et du mauvais climat social. Pour transformer l'essai, le parti d'extrême gauche est prêt à abandonner le «trostkisme-révolutionnaire» pour un «socialisme du XXIème siècle».

« On a reçu plus de 2000 demandes d'adhésion depuis le 6 mai. Pour un parti d'à peine 3000 adhérents, c'est énorme ! Et tous les jours, je reçois des mails d'encouragement de gens qui sont très énervés contre Sarkozy », se félicite Alain Krivine. Au siège de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), on surfe tranquillement sur le succès. L'ouvrage d'Olivier Besancenot, Che Guevara, un brasier qui brûle encore (Mille et une nuits), a dépassé les 20 000 exemplaires. Et une récente enquête du JDD (04/11) montre que le jeune facteur a le vent en poupe : le sondage le crédite de 7% d'intentions de vote, soit trois pour cent de plus que son score du premier tour de la présidentielle. Il a beau assurer qu'il « s'en tape », que « les sondages ne font pas l'élection », le postier le plus connu de France profite du climat social épouvantable de ce mois de novembre. Et à gauche, on commence à s'inquiéter de la percée du parti trotskiste…

Pas d'inhibitions
« La parole d'Olivier est la plus adaptée au contexte des mouvements sociaux : nous n'avons ni les inhibitions, ni les soucis de la gauche plurielle en reconstitution », analyse Daniel Bensaïd, le théoricien du parti d'extrême gauche. « Son discours fait écho au profond sentiment d'injustice, au besoin de résistance aux réformes ». Très active dans certains syndicats, notamment Sud cheminots, la LCR n'hésite pas à réclamer 37,5 annuités pour tout le monde, quand le PS, lui, n'ose pas se prononcer sur le fond, se contentant de critiquer l'absence de dialogue entre le gouvernement et les syndicats. « Le plébiscite va à celui qui proteste », reconnaît Jean-Christophe Cambadélis. « Olivier Besancenot dit ce qu'il pense, il est clair, et surtout, on ne lui demande pas d'agir comme un président de la République », poursuit le lieutenant de Dominique Strauss-Kahn. En politique comme ailleurs, la critique serait facile, mais l'art – d'être un parti de gouvernement – serait plus difficile…

En attendant, même si les socialistes espèrent devenir plus audibles à l'approche des municipales, ils regardent d'un œil très méfiant cette concurrence à leur gauche. Leur « période de creux » et leur « manque d'offre politique », dixit Claude Bartolone, tombe bien mal en pleine montée de la grogne syndicale. « La percée de Besancenot répond au blocage du gouvernement face à l'insatisfaction sociale, commente encore le fabiusien. C'est mécanique : face à la radicalité du gouvernement, l'opinion publique se radicalise ». Après avoir siphonné l'extrême droite, la méthode Sarkozy conduirait-elle à renforcer l'extrême gauche ?

En route pour le Grand parti
« Que notre succès s'explique par la politique du pire menée par le gouvernement ne nous réjouit pas », se défend Olivier Besancenot. Mais pour enfoncer le PS, son argumentaire est déjà prêt : « on leur propose tout le temps d'être solidaires : sur les sans-logis, dans les manifs, ils refusent systématiquement. Quand ils ne peuvent pas imposer leurs vues, il font tout capoter. » On croyait que c'était la LCR qui ne voulait pas s'allier avec le PS, mais à l'entendre, c'est le contraire ! D'ailleurs Besancenot attribue l'échec du comité « Ripostes » (alliance éphémère du PS, du PCF et de la LCR pour s'opposer au gouvernement) au seul Parti socialiste. Et lorsqu'on lui demande pourquoi il n'était pas au meeting au Zénith contre l'ADN, il accuse encore ses amis réformistes de ne pas l'avoir invité ! Conclusion du leader d'extrême gauche : il y a clairement « deux blocs à gauche ». Pour asseoir son « alternative anticapitaliste » au PS, il est même prêt à ouvrir prochainement son parti à de nouveaux militants. « Il y a un décalage : on fait 1,5 millions de voix, mais on est à peine 3000 ». Son objectif : créer un « grand parti », « révolutionnaire » pour « construire le socialisme du XXIème siècle », quitte, s'il le faut, à laisser de côté le trostkisme révolutionnaire. Pour combattre Sarkozy ou… pour achever la gauche plurielle ?


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sylvie 14/11/2007 23:44

c'est navrant, des chiffres, des noms? des places à prendre mais le pourquoi, le comment faire? ce n'est plus dans les partis qu'il faut chercher un projet de société, tous ces mouvements associatifs, de citoyens doivent pouvoir se rencontrer pour faire un réel projet. Beaucoup d'énergie gâchée à agir isolément ou par groupuscule.