Le jeune

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catégorie d'humains qu'on se gardera de considérer comme normale

L'être sociable devient vieux le jour où il se demande pour la première fois comment ont bien pu être élevés les jeunes insupportables qu'il croise dans ce qu'il croyait être sa routine de vieux.

Non seulement le jeune se pose des questions que la sagesse du vieux - voire un certain désabusement - lui dicte de ne plus se poser depuis bien longtemps, mais en plus son outrecuidance et son insouciance le rendent très souvent insupportable.

Le jeune ne connaît rien à rien mais ne demande qu'à comprendre, ce qui en fait un animal franchement agaçant, voire dangereux à la longue.

Heureusement, ses potentiels sont gâchés par son impatience et ce qui passe pour de l'arrogance. Le jeune est du genre à se poser des questions avant d'agir ou bien le contraire et, de toute façon, dans les deux cas, ça agace encore plus les vieux.

Les jeunes cherchent aux dépens des vieux un équilibre entre apprentissage et esprit critique, obéissance et liberté, connaissance et ignorance... à croire que l'école ne les a formés qu'à se poser des questions auxquelles la vie montre qu'il n'y a pas de réponse.

Quoi que l'école ait appris à un jeune, celui-ci arrive à grand peine à digérer l'éducation et l'instruction acquises afin de se construire une vie bien à lui, dans laquelle il peut tirer profit de ses connaissances. Ainsi, le jeune présente toujours une prédisposition forte à l'analyse, ce qui tombe bien puisque sa capacité d'analyse a en général été promue et glorifiée à l'école.

Quel que soit son niveau d'instruction final (de bac moins beaucoup à bac plus beaucoup trop), le jeune qui a réussi à s'en tirer en a marre d'apprendre "comme à l'école". Mère de beaucoup de ses connaissances, l'école devient un puissant repoussoir pour le jeune adulte, comme le souvenir pénible d'un cauchemar dont on se réveille avec la gueule de bois.

D'ailleurs, sorti d'une école ou autodidacte, le jeune commet invariablement des erreurs mais ne les reconnaît pas. Au mieux il les dissimule (stade suprême : sans pour autant faire porter la faute sur son voisin), au pire il se désengage rapidement des sujets où il s'est trompé et devient donc un jeune oisif, futur patron courageux. Qu'il commette ou non des erreurs, le jeune est désarmé pour affronter les vieux car il leur apparaît toujours comme le pire des ignorants (et si, en plus, il est insoumis, c'est l'enfer).

En fait, les jeunes sont atteints de la plus grande des maladies sociales : la jeunesse. La société n'aime pas les jeunes, le capitalisme n'aime pas les jeunes, les banquiers n'aiment pas les jeunes, les commerçants aiment les jeunes mais ils les méprisent d'autant, les jeunes n'aiment même pas les autres jeunes.

En clair, pour accéder à la reconnaissance sociale, sauf à monter un girls/boys-band (encore que ceux-là ne soient plus des jeunes mais des trucs marketing), ou à aligner la moitié des prix du Concours Général (gloire éphémère), le jeune doit devenir vieux de toute urgence.

Mais il n'a aucune chance de devenir vieux tant qu'il voudra rester dans son monde de jeunes.

Mais il n'a aucune chance de devenir vieux tant que les vieux le cataloguent en tant que jeune.

Heureusement, en étant patient, le jeune finit par être dépassé par d'autres jeunes qui arrivent sur le marché et, du coup, il peut tranquillement faire semblant d'être un vieux con, même s'il est resté un jeune con dans l'âme.

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