Bienvenue au pays de la "flexiscolarité"

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Les élèves canadiens de 15 ans occupent la troisième place mondiale en sciences naturelles, selon les évaluations du rapport Pisa 2006. Le quotidien berlinois Der Tagesspiegel a enquêté à Edmonton sur les raisons des succès canadiens, notamment auprès des enfants d'immigrants.

La confusion règne dans la salle de classe. Douze enfants de 4 à 5 ans jouent ensemble. Trois garçons échangent en somali; plus loin, des petites filles s'occupent de leur maison de poupées et discutent en kurde. Un mélange d'anglais et d'arabe flotte au-dessus du bac à sable. Un garçon atteint de trisomie 21 joue silencieusement au milieu de cette cacophonie. Pour certains enseignants, cette scène observée à l'école publique Balwin d'Edmonton, en Alberta, serait un cauchemar. Pour le directeur de l'établissement, Dean Michailides, elle est plutôt un parfait exemple du modèle canadien en éducation. "Il est impressionnant de voir à quel point ces élèves ont gagné en confiance en eux. Plusieurs d'entre eux viennent de familles où l'éducation compte peu. Nous avons donc ouvert des classes comme celle-ci, où les enfants peuvent apprendre à apprendre avant d'aller dans des classes normales", écrit le quotidien allemand sur un ton admiratif.

Le rapport Pisa 2006, rendu public le 4 décembre dernier, souligne les difficultés rencontrées en Allemagne (et aussi en France). Tandis que les élèves canadiens de 15 ans se classent troisièmes au monde, les Allemands arrivent treizièmes et les Français dix-neuvièmes. L'étude révèle également que les enfants issus de l'immigration ont en moyenne un retard de deux ans et demi sur les petits Allemands. Face à ces résultats, le quotidien berlinois est venu interroger les méthodes canadiennes.

La question de l'intégration des enfants d'immigrants intéresse particulièrement le journal. Il rappelle que, en vertu de la politique multiculturaliste adoptée pour composer la mosaïque canadienne, des auxiliaires d'enseignement viennent apprendre à parler, lire, écrire et compter à ces enfants dans leur langue maternelle. "Nous voulons qu'ils s'attachent à leur culture d'origine. Ils apprennent ainsi plus facilement. Et ils parleront vite l'anglais", poursuit Dean Michailides.

Le quotidien se tourne ensuite vers les règles encadrant l'enseignement au Canada. "La flexibilité dans la promotion de la langue est une exigence de base au Canada. Un autre élément d'importance est le fin ajustement entre les élèves et les objectifs pédagogiques. Nous développons le cursus avec des représentants des parents, des enseignants, des enfants et des éditeurs de manuels scolaires, de manière à ce que chacun sache ce qui est attendu de lui. Puis chaque enseignant reçoit une évaluation précise des notes de ces élèves grâce à des examens standardisés sur tout le territoire", explique Joan Engel, du ministère de l'Education de l'Alberta. Enfin, nos enseignants sont encouragés à se perfectionner tout au long de leur carrière."

Kerri McLaughlin-Phillips, de l'école St-Joseph, toujours à Edmonton, précise que l'importance d'un apprentissage rapide de l'anglais est bien expliquée aux enfants d'immigrants. "Nous amenons nos élèves à réaliser que leur survie dans cette société dépend de ce qu'ils apprennent à l'école." Der Tagesspiegel ajoute que cette attitude n'est en fait que le prolongement des politiques migratoires canadiennes, basées sur un système à points qui privilégie les candidats les mieux formés.

Si l'anglais des enfants et celui de leurs parents est limité, ce qui a pour effet de retarder l'apprentissage des premiers, de l'aide est fournie. Mais "on leur explique clairement que l'on s'attend à ce qu'ils parlent l'anglais d'ici quelques années", ajoute Kerri McLaughlin-Phillips. Résultat, estime Der Tagesspiegel, "on n'entend jamais parler ici de problèmes linguistiques, contrairement aux établissements allemands ayant une forte proportion d'élèves immigrés".

C'est ce qui s'appelle de l'intégration...
   
  
 
PISA 2006 - Volume 2: Data
PISA 2006 - Volume 2: Données
 

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