Indignation des journalistes après les propos de Sarkozy sur la presse

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Les représentants de journalistes dénoncent les propos «inacceptable et dangereux» sur la presse que Nicolas Sarkozy tient dans une interview au Nouvel Observateur.

Dans une interview au Nouvel Observateur, Nicolas Sarkozy fait part de sa vision très personnelle, et très partiale, de la presse française. A en croire le Président de la République, la presse est «globalement de gauche» et a «globalement été opposée à (sa) candidature».

«Quant à TF1, que dirige Martin Bouygues, qui est l'un de mes meilleurs amis, qui peut dire que cette chaîne a fait mon élection?» demande-t-il sans sourciller.

«Dassault, Lagardère, Bouygues, Arnault, Pinault, Pédriel possèdent des journaux, ajoute-t-il. Réjouissez-vous que des industriels investissent dans la presse plutôt qu'elle appartienne à des fonds de pension anglo-saxons!»

Des déclarations pour le moins surprenantes, qui ont suscité des réactions indignées de la part des organisations et syndicats de journalistes.

Jean-Michel Dumay, président du Forum des sociétés de journalistes (SDJ), juge «inacceptables et dangereux»«partisans et étriqués» de Nicolas Sarkozy.

«Que le président se satisfasse de la montée en puissance des industriels dans les médias témoigne d'une totale désinvolture sur le sujet» ajoute t-il. «Qu'il accepte donc de rencontrer les journalistes pour parler de la crise de la presse plutôt que de jeter stérilement des anathèmes».

Le secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ), Alain Girard, n'apprécie pas non plus les propos du président, dans lesquels il voit un «raccourci un peu gênant». «Cela voudrait dire que, dès l'instant où on analyse une politique et où on a un avis réservé, pas forcément élogieux, voire même un peu critique, on est systématiquement de gauche».

Dominique Candille, secrétaire générale du SNJ-CGT, qualifie quant à elle ces propos de «déclarations péremptoires». Nicolas Sarkozy «évacue le problème de l'indépendance des journalistes quelques mois après Christine Albanel, ministre de la Culture, qui indiquait déjà qu'il n'y avait pas besoin de loi pour protéger les rédactions, puisqu'il n'existe aucun problème d'indépendance de la presse».

Elle souligne qu'elle ne se réjouit pas de la montée en puissance des industriels dans ce secteur, jugeant «grave que la presse devienne un lieu d'investissement fructueux, un marché comme un autre (...) la presse n'est pas une industrie, c'est un pilier de la démocratie».

les propos
Sarkozy sur la presse: des propos «partisans et étriqués»
 

Jean-Michel Dumay, président du Forum des sociétés de journalistes (SDJ) et président de la société des rédacteurs du Monde (SRM), juge indispensable, dans le contexte actuel, de développer la notion de «droit à l'information».

Les déclarations de Nicolas Sarkozy révèlent une étrange conception de l'indépendance de la presse. Qu'en pensez-vous ?

Je trouve inacceptable et dangereux que le Président de la République, censé être le garant constitutionnel du pluralisme de l'information, ait une vision partisane et étriquée de cette profession. Le travail d'un journaliste est de rapporter des faits, et les faits ne sont ni de gauche ni de droite.

Ces propos sont très malvenus dans cette crise financière, économique et stratégique grave que traverse la presse française.

A cela s'ajoute un problème de crédit et de confiance de la population envers les journalistes. Ils sont aujourd'hui violentés quand ils font leur travail en banlieue, bousculés et pris à parti pendant certaines manifestations, parfois exclus des conférences syndicales. C'est extrêmement tendancieux de la part du président de donner cette vision si erronée, étriquée et partisane de cette profession.

Plutôt que de jeter stérilement des anathèmes, qu'il vienne plutôt discuter avec nous. Cela fait six mois que le Forum des SDJ envoie des invitations à Nicolas Sarkozy pour parler avec lui de cette crise de la presse et qu'il ne répond pas.

Quel est votre point de vue sur les relations entre Nicolas Sarkozy et les industriels qui dirigent la presse aujourd'hui, et qu'il cite lui-même dans l'interview?

La France est aujourd'hui l'un des rares pays à traverser une crise grave et à ne pas avoir de groupe de presse suffisamment important pour la supporter.

Elle est principalement financée par des industriels. Et le fait que ces industriels soient des amis du Président rend la situation encore plus problématique.

Ils exercent forcement une pression sur les journalistes, qui doivent faire du chiffre, du rendement et plus seulement se contenter d'informer.

Cela n'a rien avoir avec le fantasme classique du coup de fil au rédacteur en chef, mais il existe des formes de pression insidieuses.

C'est pourquoi je trouve indispensable, aujourd'hui, de développer la notion de droit à l'information.

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Camel 18/12/2007 15:17

Je pense que nous ne mesurons pas encore la gravité de ce qui est en train de se passer en France. J'ai vécu en Italie sous Berlusconi et je commence à me dire que Sarkozy va réussir à faire pire!!!!!