Pouvoir d'achat : comment faire baisser les prix dans les supermarchés ?

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En trois ans, le prix des pâtes a augmenté de 32%, des steaks hachés de 42%. Le "pouvoir d'achat" est la préoccupation première des Français. Le gouvernement multiplie les mesures pour augmenter le nombre d'heures supplémentaires, les rendre plus attractives afin d'augmenter le pouvoir d'achat. Dans le même temps, le gouvernement tente de limiter la hausse des prix de l'énergie, à commencer par le gaz. Mais les derniers sondages indiquent une défiance de l'opinion publique vis-à-vis des politiques qui ne produisent pour l'instant aucun effet. Mais d'où vient ce sentiment d'une baisse du pouvoir d'achat ? Des hausses de prix dans les supermarchés pour l'essentiel.

Les prix flambent dans les supermarchés


Le NouvelObs a publié un rapport explosif sur la hausse des prix. Tous les mois, l'INSEE publie les chiffres de l'inflation. Mais généralement, la complexité des statistiques permet de cacher une réalité plus inquiétante. Le NouvelObs s'est procuré un listing retraçant l'évolution des prix, dans un hypermarché, de plus de 250 produits de grandes marques parmi les plus vendus dans les grandes surfaces. Entre janvier 2004 et novembre 2007, la hausse moyenne sur une sélection de 250 produits est de 11,5% soit deux fois le taux d'inflation officiel défini par l'INSEE sur cette période. Le prix de certains produits a littéralement flambé : steaks hachés (+ 42%), beurre industriel (+ 40%), coquillettes (+ 32%), filets de maquereau (+ 35%), eau de Volvic (+ 26%).

Les effets négatifs de la Loi Galland de 1996

En 1996, une loi est votée pour interdire aux distributeurs de négocier librement les prix avec les fournisseurs pour protéger ces derniers. En clair, pour éviter que les distributeurs comme Carrefour qui achètent de très grandes quantités de produits ne mettent la pression sur des fournisseurs vulnérables pour qu'ils vendent le moins cher possible, l'Etat a fixé des prix minimums. Ce prix fixe s'appelle le seuil de revente à perte. Un fournisseur ne peut vendre à perte, c'est-à-dire moins cher que le coût de fabrication et de conception d'un produit même si celui-ci varie selon les quantités produites.
Par exemple, produire des yaourts revient moins cher si une même usine accélère la cadence de production. Pourtant, pour protéger les fournisseurs, l'Etat fixe des prix minimums de vente (seuil de revente à perte) qui tient compte du prix à l'unité et des différentes taxes que doivent payer les fournisseurs.

L'invention des marges arrière au détriment du consommateur

Les prix de vente sont donc fixes. Il est interdit à la grande distribution (Auchan, Leclerc, Carrefour) de vendre un produit au-dessous du tarif proposé par son fabricant. Pourtant, si les prix des produits sont fixes, distributeurs et fournisseurs négocient entre eux pour obtenir des ristournes. En clair, un producteur de biscuits va proposer une réduction à Carrefour si le magasin accepte de mettre le produit en avant dans les rayons (meilleurs places au centre, affichage spécifique, etc.). On appelle ces réductions des "marges arrière". Mais le distributeur ne peut répercuter ces distributions sur la vente du produit, car le prix est fixé par l'Etat.
Le consommateur est donc lésé même si les grandes enseignes ont tenté de contourner la Loi Galland en créant des cartes de fidélité qui permettent de redistribuer aux consommateurs des bons d'achat. Les prix sont fixes, mais l'achat d'un produit donne droit à un bon d'achat de quelques centimes d'euros.

Les distributeurs profitent du système de marges arrière

Les principaux distributeurs, à commencer par Michel-Edouard Leclerc, réclament une réforme de la Loi Galland pour pouvoir négocier eux-mêmes les prix afin de proposer des prix plus bas au consommateur. Mais généralement, les distributeurs (Carrefour, Auchan, Super U) ne disent pas qu'ils bénéficient à plein du système ce qui laisse à penser qu'il y a un double discours : publiquement, on dénonce la loi Galland, mais en coulisses, les distributeurs s'en contentent fort bien.
En effet, Les marges arrière s'appliquent aux produits transformés c'est-à-dire aux biscuits, café, farine, pâtes, vin, bière. Elles ne s'appliquent qu'aux produits de grandes marques (Danone, Nestlé, Coca, etc.) et non aux marques des distributeurs siglées Carrefour, Leclerc, Auchan. Or, puisque Carrefour est à la fois producteur et distributeur des produits Carrefour, c'est l'enseigne qui fixe librement le prix de ses propres produits. C'est pourquoi les produits Carrefour ou Auchan peuvent être jusqu'à 30% moins cher que ceux des principales marques. D'ailleurs, les produits des grandes distributions représentent aujourd'hui 1/3 de l'ensemble des produits vendus en supermarché. En étant à la fois producteur et distributeur, les enseignes profitent à plein des rigidités de la loi Galland sur les autres marques (Danone et autres).

La réforme de la Loi Galland

Le gouvernement et le parlement étudient la réforme de la Loi Galland. Présenté par Luc Chatel, secrétaire d'Etat à la consommation, le projet consiste à permettre aux enseignes de la grande distribution de répercuter les ristournes (marges arrière) sur les prix aux consommateurs. Prenons l’exemple d’un paquet de gâteau a un prix de reviens de 1 euro. Pour éviter de vendre à perte, le fournisseur vend donc ce produit à ce prix-là au distributeur. Mais, le fournisseur a négocié avec le distributeur pour que ce paquet de gâteaux soit bien placé dans le rayon. En échange de ce service, il accepte de vendre ce paquet 85 centimes à Carrefour. Jusqu'à présent, Carrefour était contraint de vendre ce paquet 1 euro (interdiction de vendre à perte). Mais, avec la réforme Chatel, Carrefour pourra répercuter la ristourne et vendre le paquet de gâteaux à 85 centimes.

Une réforme insuffisante

Mais les associations de consommateur et certaines enseignes de la grande distribution qui militent pour la baisse des prix considèrent que cette réforme ne sera pas suffisante. Si effectivement cela permettra de faire baisser les produits de quelques centimes, ce n'est en rien comparable avec les hausses record de ces derniers mois : + 16,15 % en moyenne pour le fromage chez Lactalys, + 15 % pour la compote Andros, + 10% chez Danone, Yoplait et Nestlé, + 20 % pour les pâtes Barilla, Panzani. La vraie solution serait de supprimer la Loi Galland et permettre aux distributeurs de négocier librement avec les fournisseurs. Mais pour l'instant, ce n'est pas envisagé, de peur de déstabiliser entièrement le secteur de la distribution. En effet, Carrefour pourrait imposer de bas prix en mettant la pression sur les fournisseurs, mais les petites enseignes et les commerces de proximité ne pourraient pas suivre.

Finalement, cette question du pouvoir d'achat est très politique car les décideurs doivent gérer des impératifs contradictoires et trouver un point d'équilibre pour que l'intérêt général l'emporte sur les intérêts particuliers.
Ce n'est pas une mince affaire.

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soeur-cactus 04/01/2008 13:46

J'ai bien une solution:volons!!!le vol est compris dans le prix!!et puis c'est facile en grande surface...à part ça,aucune idée!!!

solita 04/01/2008 08:22

Oui finalement la solution serait peut-être de règlementer les taux de bénéfice à tous les étages de la distribution, pour ne pas léser ni les producteurs ni les consommateurs.
Parce que finalement le problème c'est encore et toujours que ceux sont toujours les mêmes qui tirent profits de toutes les situations, Loi Galland ou pas, et qui mettent en péril les emplois et le pouvoir d'achat.
Mais là on touche un point sensible...
Pourtant il faudrait y réfléchir rapidement, car a un moment le consommateur ne pourra plus consommer, le travailleur travailler (même en mettant tous les étrangers dehors)etc...