Un baril à 100 $, c'est grave ?

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Le pétrole a brièvement atteint le niveau record de 100$ le baril mercredi 2 janvier, avant de passer une nouvelle fois cette barre symbolique jeudi. Même si cela fait des mois que les prix de l’énergie grimpent, les journaux ont titré sur la menace d’un carburant à 4$ et d’insuffisances de l’Opep. Cent dollars le baril de pétrole, c’est vraiment si différent de 99$ ?

Pas à long terme. Aussi impressionnant que ce chiffre soit, 100$ n’est qu’une étape de plus dans la hausse des prix entamée par le pétrole début 2007. Cette nouvelle ne devrait pas surprendre les gars de Wall Street ou les multinationales : les entreprises ont sûrement déjà prévu dans leur budget une énergie plus chère pour leurs projets à long terme. En fait, des experts avaient prédit que nous passerions le seuil des 100 $ avant la fin de 2007.

Alors, pourquoi les prix du pétrole ont-ils tant défrayé la chronique ces temps-ci ? On attribue une signification particulière aux nombres faciles à retenir, comme ceux qui finissent par 0 ou 5. C’est pourquoi même si 99$, c’est juste 1$ de moins que 100$, le passage aux trois chiffres donne l’impression d’une différence beaucoup plus grande que par exemple entre 100 et 101$. Les investisseurs professionnels se laissent normalement moins influencer par de tels biais que les consommateurs, mais ils ne sont pas infaillibles. Etant donnée la volatilité de la Bourse, de petits effets psychologiques comme ceux-ci peuvent avoir des répercussions.

Et pour ne rien arranger, les investisseurs ont tendance à changer d’avis dans la précipitation plutôt que de se forger petit à petit une opinion. Une personne peut penser pendant un temps que l’économie est solide, et tout à coup adopter un point de vue opposé parce qu’elle apprend quelque chose d’apparemment insignifiant. Les unes de cette semaine sur les 100$ peuvent en pousser certains à agir sous le coup de l’inquiétude.

Que le gouvernement ait laissé les prix du pétrole atteindre les 100$ est également mauvais signe. En théorie, les politiques comprennent l’importance des seuils psychologiques et essaient, autant que faire se peut, de ne pas les franchir. S’ils n’ont pas pu éviter les 100$, c’est peut-être que parce que l’économie se porte plus mal que nous le pensons. Le même mode de raisonnement explique pourquoi les entreprises qui n’ont pas vu juste dans leurs prévisions de bénéfices trimestriels sont punies par le marché, même si elles n’avaient surestimé ceux-ci que de quelques dollars.

Au final, personne ne mesure exactement les répercussions de ces seuils psychologiques sur l’économie. Un pétrole cher est nuisible à long terme, mais nos peurs des chiffres symboliques ne font probablement fléchir les marchés qu’à court terme.

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