Infirmières bulgares : le "commando Cécilia"

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Deux journalistes affirment dans "Ruptures", un livre paru jeudi 10 janvier, que Cécilia Sarkozy a mené en Libye une "opération commando" pour faire libérer les six soignants bulgares en juillet, version démentie dans son détail le plus rocambolesque par l'Elysée et deux des infirmières.

Dans un chapitre titré "Commando Cécilia", Michaël Darmon (France 2) et Yves Derai (Nouvel économiste) affirment notamment que des gardes du corps français, sur ordre de l'ex-épouse du président, ont fait "sauter les verrous des cellules de (la prison de) Djoudeida avec leurs armes de poing".

Les responsables de la prison assuraient n'avoir pas reçu l'ordre de libérer les infirmières comme le leader libyen Mouammar Kadhafi l'avait promis lors d'un tête à tête avec l'ex-épouse du président Nicolas Sarkozy, dont elle a depuis divorcé.

Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, qui accompagnait Mme Sarkozy à Tripoli, a démenti "de façon formelle" ce récit. "Nos fonctionnaires de police auraient fait usage de leurs armes" pour ouvrir les portes des cellules des prisonniers, "c'est évidemment absolument inexact", a-t-il déclaré à l'AFP.

Des policiers français "sont bien allés à la prison pour faciliter les choses. Mais se servir d'armes pour intervenir dans un processus qui, de surcroît, devenait judiciaire, c'est complètement fou !", s'est-il exclamé.

Claude Guéant avait indiqué, lors de son audition par la commission parlementaire sur la libération des soignants, que la délégation française avait, dans la nuit du 23 au 24 juillet, "fixé une sorte d'ultimatum" aux Libyens, qui tardaient à concrétiser la promesse de libération et "envoyé (des policiers français qui les accompagnaient) à la prison parce qu'il ne se passait rien".
Ces policiers avaient accompagné les soignants à l'aéroport après leur libération.
Deux des infirmières ont également démenti jeudi la version de la libération donnée par les journalistes. "Ce n'est pas vrai. Les Libyens ont ouvert les cellules eux-mêmes", a dit à l'AFP Nassia Nenova. Christiana Valtcheva, a qualifié ces affirmations d'"absurdes, dérisoires et stupides".

Des spécialistes interrogés par l'AFP ont qualifié d'"invraisemblable et surréaliste" cet épisode.
Après leur libération en juillet, les infirmières et le médecin ont remercié Mme Sarkozy pour son rôle, mais ont tous raconté que des responsables de la prison les avaient réveillés à 04H00 du matin et leur avaient demandé de se préparer au départ.

Le président de la commission d'enquête de l'Assemblée sur cette affaire, Pierre Moscovici (PS), a appelé une nouvelle fois Cécilia Sarkozy à témoigner. Au nom de la "séparation des pouvoirs" l'Elysée avait refusé qu'elle soit entendue. La commission doit présenter son rapport le 22 janvier.

Face à "des ouvrages certainement bien informés mais dont il est impossible de vérifier la véracité dans les détails, le plus simple serait une comparution de Mme Sarkozy", a jugé M. Moscovici.
Pour lui, ce récit, "peut-être pas complètement sans fondements", "confirme le rôle central joué par Mme Sarkozy tout au long de cette affaire et qu'on l'a empêchée ensuite de s'exprimer alors qu'elle le souhaitait".

Axel Poniatowski (UMP), rapporteur de la commission d'enquête et président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée, a jugé la version donnée par les journalistes "peu conforme à ce qui nous a été dit" au cours des auditions de la commission.

Yves Derai avait obtenu la seule interview de Mme Sarkozy sur sa mission en Libye, publiée en septembre. Il avait également été le seul à l'interviewer au lendemain de son divorce en octobre.

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