Monsieur le Maire a l'accent britannique

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Tatham.jpgSaint-Céneri-le-Gérei, dans l'Orne, est un petit village comme des milliers d'autres en France. A cette différence près qu'il est administré par un citoyen de Sa Gracieuse Majesté. Et monsieur le Maire n'est pas le dernier à défendre son pré carré normand !

S'il existait un village français idéal, ce serait Saint-Céneri-le-Gérei. Un vieux pont enjambe le clapotis d'une petite rivière. De jolies bâtisses de pierre grise ponctuent les flancs boisés d'une étroite vallée bordée de collines verdoyantes. Dans le village se dresse une charmante église romane abritant des fresques du XIIe siècle, et il y a trois restaurants. Seule incongruité : voilà treize ans que Ken Tatham administre Saint-Céneri-le-Gérei, dans l'Orne, seul village français géré par un maire britannique.

Le 9 mars prochain, Tatham se présentera pour la troisième fois aux élections municipales. Il n'y a pas de sondage à Saint-Céneri-le-Gérei, mais tout indique qu'un mini-raz-de-marée devrait reconduire Tatham dans ses fonctions. Avec combien de voix, exactement ? Tatham réfléchit un moment. "Notre population se monte à 140 habitants, parmi lesquels 160 peuvent voter, dit-il. C'est un peu comme en Corse, même si vous feriez mieux de ne pas écrire cela."

Tatham vit à Saint-Céneri-le-Gérei depuis trente-huit ans. Marié à une Française, Christiane, il est également père – selon ses propres termes – de "deux petits Français". Sans avoir fait de miracle, les habitants considèrent qu'il est un excellent maire. Il a même reçu une Marianne d'or, qui est un peu l'oscar des maires de France. Sa position à la mairie lui est assurée tant qu'il voudra la garder, et aussi longtemps qu'elle existera, ce qui est moins certain.

La France compte 36 782 maires, soit assez pour remplir en rangs serrés un terrain de football. Sur les 88 000 maires que comptent les 27 pays membres de l'Union européenne, plus de deux sur cinq sont donc français.

Ces édiles gèrent aussi bien des grandes villes comme Paris (2 millions d'administrés) que des villages du Massif central dont la population ne dépasse pas quelques dizaines d'habitants. Il existe même cinq maires de villages disparus il y a quatre-vingt-douze ans, lors des terribles batailles autour de Verdun. Mais combien de temps la France pourra-t-elle maintenir un système aussi pléthorique ?

Selon un rapport présenté à Nicolas Sarkozy le mois dernier [le rapport Attali sur la "libération de la croissance"], la France serait "suradministrée". Il faudrait supprimer les 96 départements et regrouper les 36 000 communes - et leurs maires - en 6 000" supercommunes".

Ces deux propositions ont provoqué une levée de boucliers et le président s'est engagé à ne pas toucher aux départements. Mais le sort des maires de villages comme Ken Tatham reste en suspens.

"Ce système peut paraître absurde mais il fonctionne", explique ce dernier. "[Dans les petits villages], il ne reste plus que le maire. Il joue les assistantes sociales, il préside aux enterrements, c'est l'homme à tout faire, le premier magistrat du village, celui qui s'occupe de la paperasse et qui marie les jeunes couples. Un maire, c'est un peu tout ça. La France rurale perdrait énormément de sa richesse si ses maires disparaissaient."

Tatham s'est présenté aux municipales pour la première fois en 1995 et a été élu de justesse. Quand les onze conseillers municipaux se sont réunis, il a tenté sa chance, pour voir, et, à sa grande surprise, a été élu par six voix contre cinq. Il y a sept ans, il a été réélu au conseil avec 81 % des voix et a été désigné maire par neuf votes contre deux.

Cette année, Tatham présente également sa candidature au conseil général de l'Orne. "Si je suis élu, ce sera un grand honneur, déclare-t-il. Cela voudra dire que j'ai finalement été accepté comme Français parmi les Français."

Les campagnes françaises sont en pleine évolution. Autrefois, Saint-Céneri possédait quinze fermes, aujourd'hui il n'en reste plus que trois. Bon nombre d'habitants travaillent à Paris en semaine et ne sont normands que pendant les week-ends (ce qui explique le mystère corse des 160 électeurs pour 140 habitants). Selon Tatham, tout cela plaide plutôt en faveur du maintien des maires de village.

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Nestor 06/03/2008 11:42

Lui au moins il prend ses élections avec honneur, les français prennent les élections pour le fric !

régis 05/03/2008 07:27

Comme koi les français ne sont pas que des veaux !