Une autre politique chinoise est possible

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Face à la masse d'éditoriaux réaffirmant la position officielle sur le Tibet, un grand hebdomadaire du sud de la Chine esquisse une autre attitude, qui tiendrait mieux compte des différences et serait ouverte au dialogue.

Les violences qui ont éclaté à Lhassa et dans les provinces du Sichuan et du Gansu vers la mi-mars ont attiré l'attention du monde entier. Les effets politiques qu'elles ont engendrés sont encore en fermentation et l'indignation qu'elles ont provoquée dans la communauté chinoise mondiale est sans précédent.

Le 28 mars, dans une lettre ouverte adressée à ses "frères et soeurs chinois" et publiée dans de nombreux médias occidentaux, le dalaï-lama déclarait ne désirer nullement la séparation du Tibet de la Chine et affirmait son soutien aux Jeux olympiques de Pékin. Deux jours plus tard, le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, en visite officielle au Laos, indiquait de son côté : "Nous sommes prêts à reprendre le dialogue avec le dalaï-lama à condition qu'il renonce à demander l'indépendance et surtout qu'il use de son influence pour faire cesser les violences actuelles au Tibet, à condition aussi qu'il reconnaisse que le Tibet et Taïwan font partie intégrante du territoire chinois."

Auparavant, le 27 mars, dans une communication téléphonique avec le président américain Bush, le président de la République Hu Jintao affirmait : "Nous sommes disposés à continuer les contacts et échanges de vues avec le dalaï-lama dès lors que ce dernier renonce véritablement à prôner l'indépendance du Tibet, qu'il met un terme à toute activité séparatiste en Chine, qu'il cesse surtout d'attiser et de fomenter des actions violentes criminelles ou nuisant aux Jeux olympiques de Pékin comme aujourd'hui au Tibet et dans d'autres régions, et qu'il reconnaît que le Tibet et Taïwan sont des parties intégrantes du territoire chinois."

Les prises de position des deux dirigeants chinois témoignent de la réalité suivante : le bouddhisme tibétain exerce une influence bien réelle sur le peuple tibétain, et l'influence qu'exerce sur ses disciples le dalaï-lama en tant que chef spirituel est également bien réelle. Fort de ces constatations, il conviendrait sans doute d'envisager certaines mesures concrètes.

Tout d'abord, il faudrait distinguer les larges masses des fidèles tibétains de ceux que le jargon officiel appelle la "clique du dalaï-lama". Comme le bouddhisme tibétain n'a pas, en dehors du dalaï-lama, d'autre grand chef spirituel accepté par une large majorité d'adeptes, on ne peut pas considérer comme un alignement politique inévitable le culte religieux que rendent les fidèles au dalaï-lama et la foi qu'ils ont en lui. On peut encore moins l'interpréter comme une incitation au séparatisme. C'est un postulat de base qu'il faut suivre impérativement dans l'application de l'autonomie régionale dont bénéficie le Tibet en tant que zone de nationalité non han.

Il convient ensuite de bien faire la distinction entre les simples Tibétains en exil à l'étranger et les instances dirigeantes de la "clique du dalaï-lama". Alors que près d'un demi-siècle s'est écoulé depuis, il nous faut tourner cette page sombre de notre histoire et tendre aux exilés une main accueillante, dès lors qu'ils ne prônent plus le séparatisme. Même à l'intérieur de la "clique du dalaï-lama", le gouvernement central doit traiter différemment les extrémistes et ceux qui n'appellent pas à l'indépendance du Tibet, ni à l'utilisation de moyens violents.

Selon un haut fonctionnaire longtemps en poste dans un organisme d'Etat au Tibet, l'actuel maire de Pékin et ancien secrétaire du Parti de la région autonome du Tibet, Guo Jinlong, avait proposé et mis en place durant son mandat [de 2000 et 2004. L'actuel secrétaire Zhang Qingli, connu pour ses inititatives restrictives, a été nommé en 2005] la politique suivante : en matière de croyance religieuse, il fallait opérer une distinction entre les membres du Parti communiste chinois et les autres ; les premiers n'avaient pas le droit de pratiquer une religion, tandis que les seconds bénéficiaient, eux, de la liberté de croyance. Il fallait également distinguer les pratiques normales religieuses ou ethniques des activités séparatistes sous couvert de religion. Enfin, en cas d'infraction pénale, toute personne, quelle que soit son appartenance ethnique, devait être punie selon la loi. Au dire de nombreux responsables ayant travaillé au Tibet, ces mesures avaient plutôt été couronnées de succès.

En fait, en Chine, de nombreux spécialistes estiment que le bouddhisme tibétain est très différent de certains extrémismes religieux, car, fondamentalement, il exprime des demandes modérées. Il s'inscrit en fait de manière rationnelle et active dans la volonté actuelle de la Chine de construire une société harmonieuse. C'est pour cela que la situation au Tibet ne peut être assimilée à celle d'autres régions ethniques autonomes, où les expériences menées ne sont pas complètement valables pour le Tibet. La politique d'autonomie des régions de nationalités non hans dispose de bases institutionnelles pour résoudre les problèmes évoqués plus haut.

Il y a quelques jours, un conseiller à l'ambassade en Chine d'un grand pays européen confiait en privé à l'un de nos observateurs : "L'idée du dalaï-lama de créer un grand Tibet n'est pas réaliste aujourd'hui. En revanche, nous, pays européens, approuvons le dialogue avec lui ; un dialogue est de toute façon toujours bon et positif."

Dans l'état actuel des choses, c'est dans le refus d'une partition du pays et le soutien aux Jeux olympiques de Pékin par des actes réels [ce qui résume la position du dalaï-lama] que se trouve peut-être une amorce de dialogue entre les deux parties.

Cao Xin

Le Tibet n'a jamais été un pays mais une région de la Chine, quoique l'on pense, finalement, serions-nous d'accord si un pays exigeait que le France donne l'autonomie à la Corse, la Bretagne, l'Alsace, le Poitou, ... ? Parfois je me pose cette question..

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