Le virage à droite de Barack Obama

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Alors que le président Bush entame une virée d’adieux en Europe et en profite pour dégoiser sur l’Iran, la rumeur enfle aux États-Unis comme en Israël : les Américains pourraient attaquer l’Iran de façon ciblée avant la fin de l’année. Et qu’on se le dise : ce n’est pas le candidat démocrate, Barack Obama, qui s’y opposera !

« Plus ça change, plus c’est la même chose ». Telle pourrait être la nouvelle devise de campagne de Barack Obama après son discours musclé sur l’Iran et le Moyen Orient prononcé le 4 juin devant le puissant lobby pro-israélien, l’AIPAC (American Israel Politic Affair Committee).

La veille, le sénateur de l’Illinois avait remporté la majorité absolue des délégués nécessaires à son investiture par le Parti Démocrate. Et n’a pas choisi la tribune de l’AIPAC par hasard, pariant de faire d’une pierre deux coups : couper court aux accusations répétées du Républicain John McCain qui clame qu’Obama est « mou » sur la question iranienne ; prononcer un discours retransmis en direct sur toutes les chaînes d’information pour se rapprocher des faucons de la communauté juive représentés par l’AIPAC.

Ce discours constitue un extraordinaire virage à droite de Barack Obama. Le Démocrate a martelé à plusieurs reprises sa volonté d’utiliser la force militaire contre l’Iran, allant jusqu’à affirmer qu’il fera « tout ce qui est en son pouvoir « pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Tout ! » Il a même « brandi si fort la menace d’une action militaire que cela ressemblait aux menaces prononcées par George W. Bush » comme l’a souligné la chaîne de télévision NBC.

Pendant les primaires de son parti, Obama s’est toujours positionné à la gauche d’Hillary Clinton sur l’Iran et promettait de rencontrer sans conditions préalables le Président Mahmoud Ahmadinejad lors de sa première année à la Maison Blanche. Mais devant l’AIPAC, sa volonté de négocier avec Téhéran s’est retrouvée assortie de conditions : des discussions avec l’Iran ne seront « appropriées » que si elles font « avancer les intérêts américains. » Toujours pendant les primaires, Obama a tapé à volonté sur Hillary en raison du vote de celle-ci au Sénat en faveur d’une résolution qualifiant les Gardiens de la révolution iranienne de « terroristes ». Ce qui, pour Obama, revenait à donner « un chèque en blanc » à Bush pour une action militaire. Or, devant l’AIPAC, le même Obama a annoncé que les Gardiens de la révolution ont été « correctement étiquetés comme organisation terroriste » ! Cherchez l’erreur…

Au sujet d’Israël, Obama s’est engagé à « maintenir la supériorité militaire de l’État hébreu » afin de combattre « toute menace provenant de Gaza ou de Téhéran ». Il a également promis d’accorder 30 milliards de dollars d’aides militaires supplémentaires à Israël. De plus, alors que ce même jour, Bush annonçait qu’il allait stopper le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, Obama en a rajouté une couche déclarant que Jérusalem « restera la capitale d’Israël et restera indivisible ». Le reste du monde pense, lui, à raison que la moitié de Jérusalem a été annexée par Israël lors de la guerre de 1967.

Obama en a aussi profité pour indiquer que le bombardement de la Syrie par l’armée israélienne l’an passé était « bien justifié » pour éliminer « des armes de destruction massive ». Il a même précisé que « la menace de l’Iran sur Israël est grande, est réelle » et que son objectif sera « d’éliminer cette menace ». Cerise sur le gâteau, le sénateur qui, d’habitude évite de porter un petit drapeau américain à la boutonnière, affichait devant l’AIPAC un pin’s avec les drapeaux israélien et américain. « On aurait dit que c’était Bibi Netanyahu qui parlait » a écrit Dana Milbank du Washington Post dans un article rapportant ses propos. Autant de raisons qui expliquent que les faucons de l’AIPAC ont bassement flatté le sénateur de l’Illinois en le gratifiant de treize standing ovations !

Le discours musclé et guerrier de Barack Obama est d’autant plus inquiétant que les signes et les rumeurs d’une prochaine attaque américaine ou israélienne contre l’Iran se multiplient depuis des mois. Prenons d’abord le remarquable revirement du chef d’État-major interarmées américain, l’Amiral Mike Mullen. Interviewé par la télévision israélienne lors d’un entretien sur le sujet diffusé le 5 mai, Mullen s’est montré fort pessimiste. Il a déclaré que « le défi sera très grand si nous entrons dans un troisième conflit dans cette zone du monde », faisant allusion à l’Irak et à l’Afghanistan. Puis a exprimé l’espoir « que nous n’aurons pas besoin d’y aller ». Deux semaines plus tard, le 20 mai, devant une commission du Sénat, Mullen s’est montré autrement plus combatif. Il a affirmé que les Gardiens de la révolution iranienne mettaient « directement en danger la paix en Irak » et que « notre sobriété ne signifie pas un manque de volonté ou de capacité à nous défendre contre une telle menace. » Comment interpréter ce virage à 360 degrés ? Mullen a-t-il radicalement changé d’avis en quinze jours à peine sur la capacité des Américains à faire face à un nouveau conflit ? Ou a-t-il été contraint par l’administration Bush qui compte activer l’option militaire de rectifier le tir ? La presse américaine n’a pas cherché à en savoir plus. Le Washington Post n’a même pas mentionné le témoignage de Mullen et le New York Times n’y a fait qu’une petite référence, en passant. Pourtant, le jour même où Mullen témoignait devant le Sénat, le Jérusalem Post a publié un article affirmant que les États-Unis attaqueront l’Iran avant la fin du mandat de Bush, en citant sous couvert de l’anonymat l’un des proches conseillers du président américain.

Le 23 avril dernier, dans Le Canard Enchaîné, Claude Angeli citait des sources militaires françaises pour lesquelles Washington envisage de bientôt mener une « attaque limitée » contre des bases des Gardiens de la révolution où, prétend le Pentagone, des miliciens chiites qui sévissent en Irak s’y entraînent. Le 4 mai, c’était au tour du Times de Londres d’embrayer en faisant référence à des sources dans « les agences de renseignements occidentales » tenant les mêmes propos : la préparation d’une « frappe chirurgicale » par les Américains contre des bases des Gardiens de la révolution. Et pendant ce temps, la chaîne américaine CBS qui citait un haut officier américain parlait elle aussi d’une attaque avant la fin de l’année. À Washington, la rumeur court aussi parmi les journalistes que quatre sénateurs ont été briefés par l’administration Bush sur une attaque contre l’Iran qui aura lieu en septembre ou octobre. Quant à Paris, plusieurs journalistes ont comme par hasard eu écho d’informations allant dans ce sens et provenant de services de renseignement arabes.

Au New York Times, le journaliste qui suit les affaires militaires, Michael Gordon et a écrit dans le passé moult articles sur les prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein avant l’invasion de l’Irak, que beaucoup considèrent comme une espèce de porte-parole loyal du Pentagone, multiplie depuis le début du mois de mai les papelards. Ceux-ci sont certes basés sur des sources anonymes mais mettent en avant des affirmations de membres de l’administration Bush indiquant que les Iraniens entraînent des milices chiites pour tuer des Américains en Irak. De son côté, l’ancien porte-parole de la Maison Blanche sous Bush, Scott McClellan, qui vient de publier un livre-confession où il révèle qu’il a été obligé de mentir pour justifier l’invasion de l’Irak, se répand dans les médias au sujet des articles de Gordon dans le Times : ils seraient le résultat d’un programme d’intox destiné à préparer le public américain à accepter la nécessité impérative de bombarder l’Iran. Exactement comme c’était le cas en 2003 avec l’Irak !

Le 30 mai, l’ancien ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, en visite en Israël pour le 60ème anniversaire de l’État hébreu, où il a pu discuter avec de nombreux membres de gouvernements ayant fait le déplacement, a publié dans plusieurs quotidiens à travers le monde (comme le Daily Star au Liban) une tribune pronostiquant une attaque militaire contre l’Iran par Israël ou les États-Unis avant la fin de l’année. Il est allé jusqu’à écrire qu’Israël avait reçu le « feu vert » de Bush pour une telle action lors de la visite du président américain pour les festivités du 60ème anniversaire d’Israël.

Le 7 juin, le ministre israélien des Transports, Shaul Mofaz, déclarait au quotidien Yediot Aharonot que l’attaque de centres nucléaires iraniens par Israël était « inéluctable. ». Mofaz n’est pas n’importe qui : c’est un ancien chef de l’État-major israélien et un membre du « cabinet de sécurité » de l’État hébreu. Ses propos sont intervenus après une semaine de consultations intensives et d’entretiens entre Israël et les États-Unis au sujet de l’Iran auxquels il a participé. Pour Mofaz, l’attaque sera « coordonnée » avec Washington. Ses propos ont d’ailleurs été jugés crédibles par Wall Street où le cours du baril de pétrole a bondi de + 11 dollars en une seule journée pour atteindre un prix record.

Les stratèges politiques de Bush pensent que si la campagne pour la présidentielle américaine de novembre tourne autour de la crise économique, John McCain perdra l’élection. Mais s’ils parviennent à mettre la sécurité des États-Unis au centre du débat politique, McCain — un ancien prisonnier de guerre au Vietnam perçu par les Américains comme un vrai héros — pourrait alors vaincre un Obama peu expérimenté dans le commandement militaire. Une raison de plus pour que ce qu’on appelle à Washington « une surprise d’octobre » finisse par se réaliser ! En même temps un néo-conservateur de taille, Daniel Pipes, très écouté a la Maison Blanche, disait le 6 juin dans l’hebdomadaire conservateur National Review que si Obama était élu, Bush attaquerait l’Iran avant de quitter définitivement ses fonctions présidentielles, le 20 janvier 2009. En Israël, des commentateurs estiment de leur côté que si Obama l’emporte, Israël attaquera alors l’Iran avant la fin du mandat de Bush.

Mais ceux en Europe qui comptent sur Barack Obama pour être le leader d’une opposition à une aventure militaire américaine ou israélienne par procuration en Irak se mettent le doigt dans l’œil. Son discours devant l’AIPAC l’a définitivement montré. En période électorale, l’opportunisme est une maladie on ne peut plus contagieuse…

Bakchich

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charlotte357 12/06/2008 14:15

Tous bons à jeter aux lions E C O E U R E E !!!!