Bogotá souhaite reprendre la main dans le dossier des otages

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Les autorités colombiennes souhaitent désormais traiter seules la question. Quitte à écarter les émissaires européeens qui négocient avec les Farc depuis plusieurs années.

François Meurisse (avec source AFP)
LIBERATION.FR : mardi 8 juillet 2008

Les otages en Colombie, c’est une affaire du gouvernement… colombien. Voilà en substance le message que souhaite faire passer Bogotá depuis quelques heures. Fort de leur succès dans la libération d’Ingrid Betancourt, de onze policiers et militaires colombiens et de trois sous-traitants du Pentagone américains, les autorités colombiennes assurent qu’elles vont reprendre la main dans le dossier.

Et pour ce faire, il s’agit d’abord d’écarter les médiateurs suisse - Jean-Pierre Gontard - et français - Noël Saez - qui ont effectué une vingtaine d’allers et retours en Colombie depuis l’enlèvement d’Ingrid Betancourt en 2002. Lundi, le gouvernement colombien a d’abord affirmé qu’il n’avait «plus confiance» en eux et qu’il allait tenter d’établir un contact direct avec les dirigeants de la guérilla des Farc.

«Il nous faut prendre le taureau par les cornes, et c’est le bon moment pour qu’Alfonso Cano, le nouveau chef des rebelles, accepte une conversation directe», a déclaré le Haut commissaire colombien pour la paix, Luis Carlos Restrepo. Selon lui, «parler d’un accord humanitaire comme d’une première étape avant la paix n’a plus de sens».

«Plus des conseillers politiques des Farc que des médiateurs»

Puis Restrepo a vivement critiqué Saez, ancien consul de France à Bogotá, et Gontard, consultant du gouvernement suisse, qui agissent au nom de la France, de la Suisse et de l’Espagne. Ils «sont apparus en de nombreuses occasions plus comme des conseillers politiques des Farc que comme des médiateurs», a affirmé le haut fonctionnaire.

Pour discréditer un peu plus les deux hommes, il s’est ensuite employé à cibler ses attaques: «le délégué français a offert aux Farc de faire lever le qualificatif d’organisation terroriste, d’engager des négociations directes ainsi que d’ouvrir un bureau des Farc à Paris en février», et l’émissaire suisse est accusé d’avoir remis 500.000 dollars aux Farc au Costa Rica, «semble-t-il dans le cadre d’une prise d’otage». Et peu importe si ces affirmations ne sont, pour le moment, guère étayées.

Une opération rocambolesque pour libérer Betancourt en 2003

Dernier épisode de cette mise à l’écart des Européens: l’annonce par la télévision colombienne RCN du paiement par la France d’une rançon en échange de la libération d’Ingrid Betancourt en 2003. La chaîne ne précise pas la somme payée par Paris mais cite un courrier électronique de l’ex-numéro 2 des Farc, tué le 1er mars par l’armée colombienne en Equateur.

Selon les informations de la chaîne, un message retrouvé dans l’ordinateur de Raúl Reyes, indique que les Français ont été dupés alors qu’ils cherchaient à obtenir la libération de Betancourt. RCN rappelle aussi qu’en juillet 2003, quinze jours avant la date du courrier de Reyes, un avion militaire français avait atterri au Brésil près de la frontière colombienne dans l’espoir de récupérer Ingrid Betancourt. Une opération rocambolesque qui avait finalement capoté.

Une nouvelle découverte dans les disques durs de Reyes

L’information n’a été ni démentie ni confirmée par le gouvernement colombien mais ces nouveaux éléments tirés des disques durs de Reyes  - plus de quatre mois après leur découverte - semblent une nouvelle fois fort opportuns pour Uribe, quelques semaines après la révélation de livraisons d’armes aux Farc par le président vénézuélien Chávez.

Réagissant à la nouvelle ligne de Bogotá, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères Eric Chevallier a joué l’apaisement mardi: «Si les autorités colombiennes considèrent [que la mission européenne] n’est plus utile ou, en tout cas, qu’elle ne leur paraît plus souhaitable dans la dynamique qui s’amorce pour essayer d’obtenir la libération des otages, dont acte et puis voilà».


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