Pourquoi le prix du pétrole reviendra vers les 30$ le baril

Publié le

par Carl-Stéphane Huot

Ptrole L'augmentation considérable du prix du pétrole a beaucoup accaparé l'attention ces dernières années. Une série de problèmes, biens décrits par mon collègue Erwan Quéinnec dans le QL de ce mois-ci ont convergé pour donner un baril qui a monté jusqu'à 147$. Pourtant, d'autres facteurs sont en train de se conjuguer, dont de nouvelles prospections en cours et des entreprises et des consommateurs qui vont chercher et trouver des méthodes pour réduire leur consommation. C'est le cas des compagnies maritimes, qui vont réduire la vitesse de leurs porte-conteneurs pour comprimer les coûts. Tout cela devrait permettre de faire progressivement baisser le prix du baril.

Comment pourrait-on évaluer un prix du pétrole «correct», à la fois pour les producteurs et pour les consommateurs? Il faudrait d'abord pouvoir classer tous les gisements selon leur coût d’exploitation et la quantité de pétrole que l'on peut en extraire, en ajoutant une marge de profit adéquate. Historiquement, cette marge de profit a été de 7 à 10$ le baril, ce qui permet à la fois de rentabiliser les investissements passés, de faire de la nouvelle prospection et aussi de couvrir les risques intrinsèques du marché des matières premières.

De l’autre côté, nous avons la demande, que l’on pourrait classer de la même manière, à savoir la quantité de pétrole que les gens sont prêts à acheter en fonction de son prix. Plus ce prix est élevé, plus les gens feront attention à leur consommation, en réduisant la taille de leurs véhicules par exemple. On a vu General Motor annoncer la fermeture d’usines de production de VUS ce printemps au Canada et les entreprises réaliser de nouveaux investissements pour réduire leur consommation. Le Canadien National (CN) a annoncé par exemple ce printemps l’achat de nouvelles locomotives consommant 17%  moins de carburant. Bref, nous sommes entrés dans une nouvelle période de contraction de la consommation de pétrole.

Présentement, le pétrole le plus cher à exploiter est celui des sables bitumineux de l’Ouest canadien, entre autres parce que son exploitation demande de consommer entre 25 et 33% du pétrole extrait. Pour 2006, le prix d’exploitation était de 21$ le baril, et de 27$ en 2007, la différence venant essentiellement du fait que le pétrole consommé pour l’exploitation est compté au prix du marché, celui-ci étant sensiblement plus élevé en 2007 qu’en 2006. Ce qui nous donne un prix d’équilibre d’environ 30/35$ au taux de consommation actuel. À noter que le prix moyen du baril a été de 27$ environ depuis la Seconde Guerre mondiale, en tenant compte de l’inflation.

Le pic pétrolier dépend premièrement du prix que l’on est prêt à mettre pour obtenir le baril. Plus on est prêt à payer cher, plus il est possible de tirer de pétrole d’un gisement. (Le petit document suivant donne un aperçu des exploitations primaire, secondaire et tertiaire des gisements.) Ensuite, il ne tient pas compte d’autres possibilités, comme le pétrole synthétique, rentable à produire à partir de 35$ du baril, ni les immenses dépôts d’hydrate de méthane sous-marins que l’on pourra transformer en essence par la chimie du pétrole, ni des technologies à venir. À ce propos, l’USGS estime que l’ensemble de ces ressources pourrait suffire à plus de 1,5 million d’années de consommation actuelle, en n'en exploitant que 30%.

Et dépendamment des résultats obtenus par les physiciens et ingénieurs nucléaires lors de l’expérience ITER en cours de construction en France, et DEMO, le réacteur de démonstration, le prototype en quelque sorte des futures centrales à fusion nucléaire qui sera mis au point en parallèle au Japon (voir ceci par exemple), nous pourrions voir ces problèmes disparaître assez vite, disons d’ici une centaine d’années.

Quelques bizarreries comme la vente de feu du pétrole vénézuelien à sa population pour moins de 10$ le baril – ce qui décourage de faire des économies - et le fait que PEMEX, la compagnie d’État mexicaine, n’ait pas d’argent pour entreprendre d’autres explorations de son sol parce que le gouvernement a trop prélevé de profits sans penser à l’avenir, n’empêcheront pas trop les prix de revenir vers leur valeur réelle. Bref, ceux qui fantasment sur des prix pétroliers supérieurs à 100, voire 200$ comme les écologistes, risquent de déchanter rapidement, le retour vers les 30$ étant, selon moi, inéluctable…

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Olive 18/08/2008 18:03

bon article, mais je pense pas qu'on nous vend le baril si peux cher !!!

aliciabx 17/08/2008 23:44

Je me demandais ce qu'ils pouraient inventer mais le vendront-ils à 35$ ?
Et aussi polluant, à mon sens...

Anakyne 17/08/2008 09:10

Bonjour,
analyse très intéressante. A suivre
Amicalement
Christian.