Et si Obama perdait ?

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Barack Obama a soulevé une vague d'espoir à travers le pays. Au fur et à mesure que la victoire se précise, à l'aune de sondages aux certitudes pourtant bien fragiles, l'engouement croît. Pourtant, tout est encore possible. Et si les espoirs ainsi nés étaient soudain douchés par une victoire de John McCain? Quelle réaction auraient tous ces Américains supporters d'Obama?

Une défaite? Impossible, inenvisageable, une honte, de la triche! Il y a de la stupeur devant une telle question, suivie immédiatement d'un sentiment furtif de crainte, face à une telle éventualité. "Ce sera un véritable défi pour le pays, relève Michael Berkman, professeur de sciences politiques. Surtout si la défaite n'est pas claire. On peut imaginer des émeutes dans toutes les grandes villes, où la communauté noire est fortement représentée." Raisonnement alarmiste? Pour beaucoup, l'engouement pour Obama a atteint un tel niveau et une telle dimension irrationnelle que sa victoire semble presque être devenue une nécessité pour éviter une possible catastrophe.

"Le climat général serait extrêmement tendu, et on ferait un bond en arrière terriblement malsain", dit Mike Joseph, journaliste au Centre Daily Times, quotidien local de Penn State. Le pays est encore loin d'être apaisé en matière raciale. Les jeunes, eux, s'en tirent par une pirouette, plus ou moins sérieuse. "S'il perd, je quitte le pays, lance un étudiant. Parce que si Obama ne gagne pas là, je ne vois pas quand un Noir pourra jamais le faire." D'autres imaginent une contre-offensive en cas de défaite. "J'encouragerai chaque Africain-Américain à ne pas travailler le 5 novembre, déclare Jewel Williams, un démocrate qui représente l'un des districts noirs les plus importants de l'Etat de Pennsylvanie. Peut-être que l'Amérique fera enfin attention à nous, si nous restons à la maison."

Jack Covieale, 22 ans, étudiant à Penn State, estime que la violence peut marcher dans les deux sens: "Des émeutes dans les quartiers noirs si Barack perd? Peut-être. Mais des crimes raciaux de la part de certains Blancs, en cas de victoire d'Obama, c'est tout aussi envisageable. Il suffit de rouler 80 kilomètres autour de Penn State pour se retrouver en territoire où jamais un Blanc ne votera pour un Noir." Au QG du comité Obama, on tente de répondre avec détachement: "Si l'élection est volée, on se relèvera et on se battra." Mais il est clair que la question met mal à l'aise. Le staff a été conditionné tous ces derniers mois pour envisager une victoire. Et jamais la défaite.

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