Des économistes en faveur de la candidature de Benoît Hamon

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Des économistes lancent un appel en faveur de la candidature de Benoît Hamon

Pour eux, le prochain secrétaire du Parti Socialiste, c'est lui. Des économistes apportent leur soutien à Benoît Hamon : il serait le seul à réaliser le bon diagnostic à propos de la crise actuelle, ouvrant de «nouvelles voies». Voici leur appel.

L’économie subit sa plus grave crise depuis 1929. Les pistes que notre pays empruntera pour en sortir dépendront avant tout des choix politiques qui seront réalisés. C’est pourquoi, en tant qu’économistes, quelles que soient nos appartenances politiques, nous ne sommes pas indifférents à l’issue des débats internes qui se mènent  au sein du principal parti d’opposition.

Nous sommes conscients que ce dernier jouera un rôle décisif dans la constitution dans une alternance capable de déboucher sur une alternative réelle. Pour se faire, le Parti Socialiste devra tirer un bilan sans concession des politiques menées depuis plus de deux décennies.

Au cours de cette période, la financiarisation de l’économie, la déréglementation bancaire, le libre-échange incontrôlé, l’ouverture à la concurrence dans les secteurs de service public, les soi-disant réformes structurelles du marché du travail et les politiques macroéconomiques conduites ont creusé les inégalités et se sont avérées incapables d’assurer le plein-emploi.

Ces politiques ont, au contraire, abouti à une détérioration constante de la situation du plus grand nombre. Elles ont, de reniements en reniements, conforté les discours sécuritaires et identitaires. Il convient donc, dès maintenant, de penser la politique nécessaire pour assurer la transition vers un nouveau modèle de croissance et de développement.

Les réflexions économiques des candidats à la direction du Parti Socialiste laissent présager de la politique qui sera menée. A cet égard, les chantiers que propose de creuser Benoît Hamon ouvrent des voies nouvelles et pertinentes dans le contexte actuel.

Parmi ceux-ci, l’entrée de l’Etat dans le capital des banques recapitalisées est nécessaire pour contrôler, consolider et étendre la sphère du pôle public financier pour reconstruire les conditions de stabilité et d’efficacité du mécanisme du crédit. Ceci doit aussi se faire dans le cadre d’un redéploiement de la politique industrielle qui assume pleinement les responsabilités de l’État comme organisateur, comme initiateur, mais aussi le cas échéant comme producteur.

Les services publics doivent être le modèle de référence de la gestion des biens collectifs. Le système fiscal doit être rendu plus redistributif pour éviter que l’effort de financement de l’action publique ne pèse avant tout sur les classes moyennes et modestes qui subissent la crise du pouvoir d’achat. Ceci implique un contrôle sur les mouvements financiers afin de pénaliser les pratiques d’évasion et de concurrence fiscale qui sont les moyens que les plus riches se donnent pour se soustraire à la loi commune et violer ainsi les principes de la décision démocratique.

La puissance publique doit organiser, avec les partenaires sociaux, l’indexation des salaires sur l’inflation et les gains de productivité. L’extension de l’assiette des cotisations sociales doit être privilégiée, comme alternative au recul de l’âge de la retraite pour préserver le système par répartition. La progressivité et la modulation de l’impôt sur les sociétés doit permettre de taxer la rente et de favoriser les entreprises qui investissent et qui créent des emplois. On ne saurait tolérer plus avant les pratiques de dumping fiscal, social et écologique que l’on constate hors mais aussi dans l’Union Européenne et qui aboutissent, par le biais du libre-échange, à défaire de l’extérieur ce qui a été construit à l’intérieur.

Des protections sont donc nécessaires et seront à mettre en place, notamment par l’activation du principe de préférence communautaire, pour mettre fin à la déflation salariale et garantir les normes sociales et écologiques contre le libre-échange. Un véritable New Deal doit être élaboré pour sortir l’Europe de la récession. Pour cela, l’Europe doit pouvoir lever l’emprunt. Le pacte de stabilité doit être définitivement abandonné. Les statuts de la Banque Centrale Européenne (BCE) doivent être refondés pour permettre une politique monétaire faisant du plein emploi et de la stabilité du système financiers des objectifs à part égal avec la stabilité des prix. L’action de la BCE doit être intégrée dans une logique de politique économique globale, à l’inverse du dogme d’indépendance qui n’est ni fondé en théorie, ni désormais applicable en pratique.

La candidature de Benoît Hamon a d’ores et déjà permis de réhabiliter de nombreux débats interdits de politique économique. Il est temps de les aborder de front, car la poursuite d’une stratégie consistant à amender à la marge le modèle de croissance néo-libéral se trouverait décalée vis-à-vis des défis qu’il faut relever en ce moment-charnière pour élaborer un programme de sortie de crise.

 

Premiers signataires : Bruno Amable (Université de Paris 1), Angel Asensio (Université de Paris 13), Liêm Hoang-Ngoc (Université de Paris 1), Thierry Kirat (Université de Paris 9, CNRS), Dany Lang (Université de Paris 13), Jérôme Maucourant (Université de Saint-Etienne), Jean-Marie Monnier (Université de Paris 1), Stefano Palombarini (Université de Paris 8), Véronique Parel (Université de Paris 1), Bernard Paulré (Université de Paris 1), Muriel Pucci (Université de Paris 1), Nathalie Rey (Université de Paris 13), Michel Rocca (Université de Grenoble 2), Jacques Sapir (EHESS), Richard Sobel (Université de Lille 1), Damien Sauze (Université de Bourgogne), Patrick Ternaux (Université de Grenoble 2), Nadine Thévenot (Université de Paris 1), Bruno Tinel (Université de Paris 1), Stéphane Tizio (Université de Bourgogne), Julie Valentin (Université de Paris 1), Franck Van de Velde (Université de Lille 1).
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