Pourquoi la France s'en sort moins mal

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Avec "seulement" 1,2% de recul du PIB au premier trimestre, la France "résiste mieux" que ses voisins, se félicite le gouvernement. Mais cette performance reflète surtout les faiblesses passées de l'économie française. A croissance molle, récession molle.

"Nous sommes en 2009 après Jésus-Christ. Toute la planète est envahie par la crise économique... Toute ? Non ! Car un pays peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur." Cette célèbre phrase introductive  - reformulée - de la bande dessinée de Goscinny et Uderzo, Astérix le Gaulois, résume assez bien l'état d'esprit actuel des dirigeants français.

"La France résiste mieux que les autres pays de la zone euro" face à la crise, a déclaré vendredi le Premier ministre François Fillon, en réaction à la publication du chiffre du PIB pour le premier trimestre, en recul de "seulement" 1,2% selon l'Insee. "Les évolutions du PIB chez nos principaux voisins montrent que notre pays résiste mieux que ses principaux partenaires dans un contexte qui reste très défavorable", renchérit la ministre de l'Economie Christine Lagarde.

La France résiste-t-elle vraiment mieux ?

Statistiquement, oui. Même si le choc économique que subit la France est le plus grave depuis la seconde guerre mondiale, avec une prévision de recul du PIB de 3% sur l'ensemble de l'année - une chute de l'activité trois fois plus importante qu'en 1993, la précédente récession, et qu'en 1975, après le choc pétrolier.

L'Allemagne a enregistré un recul de 3,8% de son PIB au premier trimestre 2009, plus fort que prévu. L'Italie s'est elle aussi enfoncée dans la crise, son PIB reculant de 2,4% par rapport au trimestre précédent. Le PIB espagnol a reculé sur la même période de 1,8%, celui de la Grande-Bretagne de 1,9%. Soit, en moyenne, un recul du PIB de l'Union européenne de 2,5% au premier trimestre. Aux Etats-Unis, le recul de la croissance au premier trimestre est de 1,9%.

Quelles sont les causes de cette résistance ?

Si l'économie française a une nouvelle fois sauvé la face par rapport à ses voisins européens, c'est grâce à la consommation des ménages. Les dépenses des ménages ont légèrement progressé de 0,2% au premier trimestre, selon l'Insee. C'est peu, mais c'est un luxe en comparaison des autres économies développées dans lesquelles cette variable s'écroule.

Une fois encore, les consommateurs ont profité d'un repli de l'inflation. Les prix à la consommation en France ont augmenté de 0,2% en mars sur un mois et progressent de seulement 0,3% par rapport à mars 2008, soit la plus faible hausse annuelle depuis juin 1999. L'inflation s'était établie à +0,4% en février.

Si la consommation des ménages résiste, en dépit de l'envolée du chômage - près de 140.000 emplois détruits entre janvier et mars et près de 250.000 nouveaux inscrits à Pôle Emploi -, c'est aussi, et surtout, grâce au système de protection sociale qui joue le rôle de puissant amortisseur de crise. Le niveau des dépenses sociales s'établit à 23% du PIB en France contre 20% en Allemagne ou 10% au Royaume-Uni.

Il faut également noter le faible niveau d'endettement des ménages français - à 71,8% du revenu disponible brut en 2008, contrairement aux ménages espagnols ou britanniques dont le ratio dépasse les 100% - ainsi que le taux d'épargne relativement élevé (près de 16% fin 2008). Face à la restriction du crédit, les Français conservent donc une certaine marge de manoeuvre.

Faut-il pour autant crier cocorico ?

Non, car en dehors de la consommation des ménages, le détail des comptes nationaux du premier trimestre est très négatif. Tous les postes du PIB affichent des baisses massives. A commencer par l'investissement des entreprises (-3,2%) et celui des ménages (-1,5%).

Les exportations aussi se sont effondrées (-6%). Celles-ci ne représentant toutefois que 30% du PIB français, l'impact est moindre sur le recul du PIB. De même, la chute de 8,3% de la production manufacturière au premier trimestre est moins forte que dans d'autres pays et surtout affecte moins la croissance puisque sa part est faible dans le PIB français. Ce qui explique d'ailleurs la faible compétitivité de la France à l'international.

"Les bonnes performances actuelles de la France sont le reflet des sous-performances du passé", résume Frédérique Cerisier, économiste chez BNP Paribas. La France ayant monté moins vite que d'autres pays la pente de la croissance ces 20 dernières années, la chute est moins brutale. Ce qui est certain, prévient Sylvain Broyer, analyste chez Natixis, c'est que "la France repartira moins vite que ses voisins au moment de la reprise".

A croissance molle, récession molle. L'Hexagone n'a donc pas vraiment de quoi bomber le torse.

 

Source : Expansion

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enriqueta 20/05/2009 09:10

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