Travailler plus...

Publié le par LV

Pré-retraité à 42 ans

(Témoignage d'un chercheur....d'emploi)

J'ai 42 ans et je suis un préretraité depuis trois ans. Belle performance dans un pays qui ne jure plus que sur la "valeur travail" ! Il faut travailler plus, plus longtemps, toujours plus, se tuer à vivre en travaillant, pour la patrie, pour les retraites, pour sauver nos système sociaux ! Il existe toutefois une alternative : c'est la mort sociale. Préretraité à 42 ans mais sans rémunération : deux ans d'indemnités chômage, puis plus rien, zéro euro. Ne coûte plus rien à la société... a le droit d'écouter les beaux discours, de devenir un sans-droit, un sans-valeur, avec plein de devoirs (se rendre utile en bénévolant, en travaillant un peu, mais surtout pas trop... Vadérétro la résurection sociale !). Finalement une situation dont on parle peu et beaucoup, et dont tout le monde s'arrange.
Comment arriver à çà ?
Mon boulot c'était enseignant chercheur à l'université : un bon boulot, mais sans statut, sans vrai poste. En fait un faux travail. Après 8 ans de formation, une soutenance de doctorat donc, j'ai été chargé de cours durant 15 ans, et chargé de recherches via des associations pour faire de la recherche sans être fonctionnaire. Un système d'avenir qu'on disait à l'époque. Il n'y a qu'à y croire ! Et patatra juste avant la quarantaine ( c'est le cas de le dire), retraite anticipée, plus besoin de moi à l'université, ni même ailleurs. Tchao.

Je suis sociologue et à la décharge de l'institution universitaire, c'est vrai que, comme on a coutume de dire j'avais été prévenu : aucun débouché à l'issue des filières des sciences sociales. Pourtant pendant mes 15 années d'activités les étudiants auxquels j'enseignais, avaient l'air vrais, les chercheurs avec lesquels je travaillais aussi, et que dire de l'aéropage de chargés de missions, de coordinateurs, d'administratifs en tout genre avec lesquels nous faisions de longues réunions, histoire de faire passer le temps. Ils avaient l'air bien réels, ils avaient bien des têtes de promesses de débouchés qui, en marmonant l'infinité des problèmes sociaux et d'autres natures avec lesquels ils se dépatouillaient, révélaient l'existence d'un gisement d'emplois inépuisable dans le domaine de la connaissance. Il suffit d'être attentif au nombre d'experts, de spécialistes qui se répandent jour après jour dans les médias. Pour être aussi prolixes ils ont besoins de petites mains pour produire ces beaux discours, ces savoirs qu'ils assènent à l'opinion publique. Mais non, la filière des sciences sociales reste sans débouché, même avec un doctorat, même avec les compétences, avec une expérience... Peut-être un domaine réservé.

Im-moralité : Si un expert veut te faire croire qu'un emploi avec un contrat précaire c'est pareil qu'un emploi statutaire, grace à la flex-sécurity ou je ne sais quelle connerie du genre, tel l'humanisme de branche, ou la solidarité enseignante, demande d'abord à ton interloccuteur de quel type de contrat de travail il bénéficie lui-même !

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