Les trois G de Sarkozy

Publié le par LV

Guéant, l'ex-pasquaïen
Il a quitté sans regret son beau bureau au rez-de-chaussée de la Place-Beauvau dont les fenêtres ouvrent sur le jardin, juste à côté de celui de Nicolas Sarkozy. Depuis lundi matin, Claude Guéant, directeur de la campagne présidentielle du candidat de l'UMP, est installé au QG de campagne rue d'Enghien dans le 10e arrondissement de Paris. Sans regret, au contraire ! Ce haut fonctionnaire discret, ce préfet qui n'ignore rien du ministère de l'Intérieur - il fut au cabinet de Christian Bonnet et à celui de Charles Pasqua - fait le grand saut avec délectation. Comme si soudain, à 61 ans, il allait enfin s'éclater. «Une aventure passionnante», dit-il. Depuis longtemps, il est bluffé par l'énergie et le «fourmillement d'idées» de son ministre pour lequel il avoue son «admiration». «Le fonctionnaire que je suis a la conviction qu'avec Sarkozy les réformes à faire pourront aboutir», dit-il.
Un préfet directeur de campagne ? L'idée en a choqué plus d'un parmi les amis politiques de Sarkozy. Non qu'ils mésestiment Guéant, reconnu comme un professionnel hors pair dans sa sphère de compétence. Mais ils craignent son manque d'expérience de la politique partisane. La politique dans les cabinets n'est pas tout à fait la même que la politique en campagne électorale. Guéant, qui n'ignore rien de leurs inquiétudes, tient à les rassurer. Il appliquera à l'organisation de la campagne ses deux règles d'or : 1) sélectionner ce qui est stratégique ou non ; 2) faire confiance et déléguer beaucoup, mais avec une contrepartie absolue : «Tout savoir». Voilà chacun prévenu.

Goudard : l'ex-chiraquien
C'est Claude Chirac qui les a présentés... Au début des années 1990, Jean-Michel Goudard, le « G » d'Euro RSCG, est le publicitaire attitré de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, un coming man destiné à prendre en charge la cellule présidentielle de celui qui est alors le maire de Paris. Entre Goudard et Sarkozy, le coup de foudre est réciproque. Leur amitié va traverser les années, en particulier l'épreuve de 1995 : Goudard reste fidèle à Chirac, lui présentant un renfort gagnant, Jacques Pilhan, qui travaillait encore avec François Mitterrand ; Sarkozy s'engage aux côtés d'Edouard Balladur. Goudard garde en mémoire le dîner des 40 ans de Sarkozy, avec quarante amis : «Trente-neuf balladuriens et moi.»
Aujourd'hui, après une décennie passée entre les Etats-Unis, l'Asie et la Suisse, Goudard a perdu de vue Claude et Jacques Chirac. Il est désormais 100% sarkozyste. Ensemble, les deux compères ont concocté le mot d'ordre de la campagne : « Ensemble tout devient possible ». Goudard a pâti récemment de l'arrivée dans le dispositif sarkozien d'un publicitaire proche de Cécilia, François de La Brosse. Mais il est inexpugnable. Amateur invétéré de jeunes femmes, joggeur émérite, fan de musculation, Jean-Michel Goudard, 68 ans, est pour Sarkozy plus qu'un proche : un frère.

Guaino : l'ex-séguiniste
C'est l'homme qui a appris à Nicolas Sarkozy à parler France. Avant l'arrivée d'Henri Guaino dans son staff, le candidat de l'UMP n'évoquait que les Français... Conscient de cette faille, Sarkozy propose au printemps 2006 à Guaino, un ex-séguiniste qu'il a connu au RPR au moment où lui-même faisait équipe avec Philippe Séguin, de lui préparer un grand dégagement sur la nation. Ce sera le discours de Nîmes, prononcé le 9 mai. Depuis Henri Guaino, 49 ans, le teint mat, le cheveu gris, une pointe d'accent du Midi hérité de sa ville natale, Arles, est devenu le speech writer officiel de Sarkozy : le premier discours du candidat UMP à la porte de Versailles est leur dernière coproduction.
Dans cet attelage improbable, Guaino est beaucoup plus qu'un nègre. Il a apporté à Sarkozy non seulement un certain nombre de références inédites - comme Blum et Jaurès - mais aussi une colonne vertébrale nouvelle : pour le très gaulliste Gaino, la France est une personne dont tout homme politique sérieux se doit de respecter la personnalité. En « francisant » Sarkozy, Guaino a contribué à le recentrer : plus question par exemple de jeter aux orties le modèle social français. Avis à Ségolène : le Sarkozy relooké par Guaino vise en priorité les suffrages des catégories populaires.

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Armand 05/03/2007 00:37

Avec un pasquaïen, un chiraquien et un séguiniste c'est ce qu'on appelle la rupture tranquille !

Sanny 03/03/2007 15:09

Il y a aussi un quatrième point G, celui de Cécilia ;)