Nicolas Sarkozy l'ami des communautaristes

Publié le par LV

Le ministre de l'intérieur prétend combattre le communautarisme tout en caressant dans le sens du poil les communautaristes de tous bords (nationalistes corses, militants gay, prédicateurs islamistes, juifs communautaires). Un double discours qui comporte de nombreux risques dans un contexte de tensions communautaires de plus en plus vives...

Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, semble particulièrement en pointe dans la lutte contre le communautarisme qui est devenue le nouveau leitmotiv de la classe politique comme l'avait été le thème de la République au lendemain de l'élection présidentielle de 2002.

C'est peut-être parce qu'il s'exprime beaucoup sur ce sujet, cher à une majorité de Français croyant encore au principe d'égalité comme valeur fondamentale, que Nicolas Sarkozy est plébiscité par les médias.

Pourtant à y regarder de plus près, on se rend compte que Nicolas Sarkozy pratique volontiers le "double discours" qu'il reprochait récemment à l'un de ses contradicteurs lors de l'émission "100 minutes pour convaincre".

L'exemple le plus fameux est sans doute celui du communautarisme ethniciste qui inspire les milieux nationalistes corses. Dès sa prise de fonctions, le ministre de l'Intérieur a poursuivi la stratégie de négociation qui n'avait guère réussi à Lionel Jospin en faisant des nationalistes de Corsica Nazione ses interlocuteurs privilégiés. Pourtant, ces militants partisans du terrorisme ne pèsent que 15 % des voix (score atteint aux élections territoriales de 1998) et ne peuvent prétendre représenter "le peuple corse". C'est comme si Bush décidait de parler de l'avenir de la France avec le Front national... Heureusement, le référendum raté de l'été 2003 a mis un coup d'arrêt brutal à cette dangereuse dérive (1).

De même, Nicolas Sarkozy est aujourd'hui le meilleur ami du mouvement gay dont la légitimité en tant que corps politique est plus que hasardeuse. Ainsi, en janvier 2003, il a mis tout son poids politique en faveur du vote à l'unanimité par l'Assemblée nationale d'un amendement aggravant les peines en cas d'homophobie, mesure que même Jospin s'était toujours refusé à faire voter. Il avait alors déclaré : "L'homophobie est un véritable problème. Ce n'est pas un fantasme. Elle existe et, malheureusement, elle se développe." Evidemment, il s'est bien gardé d'avancer le moindre élément pour étayer cette analyse... L'Observatoire du communautarisme a déjà eu l'occasion de montrer ce qu'il fallait penser des évaluations de l'homophobie établies par les associations gays (2). Une fois encore, Nicolas Sarkozy a choisi de privilégier le clientélisme communautaire à l'affirmation des principes universalistes qui sont à la base de notre constitution républicaine.

Plus grave est sans doute son jeu ambigu sur la question de l'islam. En effet, après avoir offert à la radicale UOIF une tribune inespérée à travers la création du très controversé Conseil français du culte musulman (3), Nicolas Sarkozy est allé se faire siffler devant l'assemblée générale de cette association (mais aussi devant un parterre de caméras de télévision...) en leur rappelant les règles de la République. De même, il a tenu — contre l'avis de l'Elysée — à débattre à la télévision avec le tout aussi controversé Tariq Ramadan, "lofteur" récemment sorti de l'ombre à la faveur d'une polémique orchestrée par des éditorialistes parisiens (4). A aucun moment, il ne semble avoir été ralenti par le fait qu'il était abusif de faire de ce théologien hélvéto-égyptien résidant à Genève le porte-parole officiel des musulmans de France. Il faut dire que le casting était trop beau : un prédicateur connu pour ses positions radicales, héritier de la tradition des Frères musulmans qui est totalement étrangère aux Français de culture islamique issus essentiellement de l'immigration algérienne et marocaine. Une belle occasion de refaire le coup du "parti de l'étranger" qui n'avait pourtant guère réussi au Chirac de l'appel de Cochin.

Enfin, Nicolas Sarkozy aime à souffler sur les braises en attisant les tensions inter-communautaires qui se sont cristallisées abusivement autour du conflit au Proche-Orient. Les cendres de l'école de Gagny fumaient encore que le ministre de l'Intérieur dénonçait l'antisémitisme en s'alignant en tous points sur les positions défendues par le Crif. Il semble d'ailleurs qu'on ne parle plus guère de l'enquête et que les auteurs de l'incendie sont bien partis pour être de nouveaux Colonna. Nicolas Sarkozy, qui s'était déjà fourvoyé dans la ténébreuse affaire du vrai-faux attentat contre le rabbin Farhi (5), est pourtant bien placé pour savoir qu'il est prudent de laisser les enquêteurs faire leur travail avant de se lancer dans de grandes déclamations qui ne font qu'attiser les haines. L'Observatoire du communautarisme a, quant à lui, préféré laisser la parole à Théo Klein qui appelait alors à la prudence (6).

On le voit bien, à chaque fois, Nicolas Sarkozy prétend s'attaquer au communautarisme mais s'appuie systématiquement sur telle ou telle communauté pour faire entendre sa voix. Comme l’a montré son annonce sur la nomination d’un « préfet musulman », il pratique volontiers, en voyant d’abord chez l’autre l’origine ou la provenance, une lecture communautaire de la société française au même titre que ceux qu'il dénonce avec véhémence. C'est un vieux réflexe d'élu local habitué à faire la tournée des popotes et qui ne voit le corps électoral que comme une somme de communautés d'intérêt qu'il est bon de flatter.

C'est une grave erreur.

1) Corse : jusqu'où va-t-on descendre ?, Observatoire du communautarisme, septembre 2003

2) Sur la construction de l'homophobie : L'homophobie made in France, Observatoire du communautarisme, août 2003

3) L'UOIF légitimée par le CFCM : L'UOIF, ou l'islamisme tentaculaire, Observatoire du communautarisme, août 2003

4) Tariq Ramadan, l'ennemi rêvé : Comment on a fait de Tariq Ramadan une star..., Observatoire du communautarisme, novembre 2003

5) "Agression du rabbin Gabriel Farhi : un de ses proches mis en examen", Le Monde, 12 octobre 2003

6) L'appel à la prudence de Théo Klein : Théo Klein, apôtre du bon sens, Observatoire du communautarisme, novembre 2003

Observatoire du communautarisme, nov 2003

http://communautarisme.net/

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