Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy
Cher Nicolas,
J’ai de la chance de m’être levée tôt et couchée tard pendant 13 ans pour une entreprise dans laquelle je me plaisais et qui a été pour moi une famille. Lorsque, à l’occasion d’un changement de Direction, j’ai été "remerciée", j’ai eu de la chance d’être protégée par une législation sociale grâce à laquelle je ne suis pas partie les mains vides. Dans les 3 ans de traversée du désert qui ont suivi, au moins mon fils et moi n’avons pas trop souffert financièrement. Même dans ces conditions, et même aimant me lever tard, cette longue période de chômage, de sentiment d’inutilité, de doute croissant, a été une véritable descente aux enfers. Mais j’ai de la chance de ne pas avoir eu trop peur que nous nous retrouvions dans la rue, ou que nous ne puissions plus accéder aux soins, parce-que mon pays assure un minimum de soutien social aux "accidentés de la vie". J’ai de la chance que quelqu’un m’ait finalement à nouveau fait confiance, et m’ait permis de réintégrer la "France qui se lève tôt". Je suis fière de me lever le matin en sachant que mon entreprise, la Société ont besoin de moi, même en ayant perdu 20% de ma rémunération antérieure, même en travaillant à 350 km de chez moi.
Je suis fière d’être fille d’instituteurs de l’Ecole Publique, Laïque et Républicaine, cette Ecole qui éduque mon fils comme elle m’a éduquée. Bien que n’ayant pas fait d’études supérieures en Lettres Classiques, je suis fière que mon pays foisonne de Philosophes, de Linguistes, de Poètes. Et je me battrai pour que notre Ecole continue à enseigner aux futurs citoyens ces rudiments de culture qui définissent un "honnête homme". Parce-que sans passé, sans Histoire, sans Culture, on ne peut pas être un Homme libre. J’ai de la chance de vivre dans le pays qui a séparé l’Eglise et l’Etat, et de pouvoir en toute liberté croire, sous la forme qui est la mienne, ou ne pas croire en l’éternité de l’Ame.
J’ai de la chance de pouvoir lire le Canard Enchainé ou le Figaro, Libé. ou Le Point, Gay Pied ou Paris Match. J’ai de la chance de pouvoir écouter Cloclo ou Brel, Johnny ou Ferrat, Renaud ou Brassens. J’ai de la chance d’avoir pu claironner, en 66, perchée sur les épaules de mon père : "moi je vote pour Miteilland". J’ai de la chance de pouvoir dire ce que je pense, y compris : "je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez [continuer à] le dire".
Je suis fière d’être l’héritière spirituelle et culturelle de Montaigne, Diderot, Voltaire, Rousseau, Blum, Jaurès, Moulin et tant d’autres. Je suis fière d’être Citoyenne de la Nation du Siècle des Lumières, des Droits de l’Homme, de la Révolution Française, du Front Populaire, de Mai 68. Bien sûr il y eut des orages : la nuit de la Saint Barthélémy, Napoléon, le régime de Vichy... Ma génération est celle qui, outre Rhin, a été brisée par la douleur d’avoir honte de ses parents. De ceux que nos propres parents ou grands-parents appelaient les "Boches". Je suis fière que la France n’ait pas tenu rigueur aux enfants de la faute de [certains de] leurs parents. Je suis fière de la force de l’amitié franco-allemande. Et si j’étais allemande, je serais fière de Beethoven, Goethe, Rosa Luxemburg...
Je suis fière que mon pays ait accueilli vos parents lorsqu’ils ont du fuir la Hongrie. Je suis fière que la France vous ait permis de devenir ce que vous êtes aujourd’hui, et que vous soyez tout aussi français que moi. Je suis fière que ma terre soit Terre d’Asile, Terre d’Accueil.
J’ai de la chance de pouvoir encore dire, mon cher Nicolas, que pour toutes ces raisons je ne voterai pas pour vous.
Parce-que je souhaite que nous puissions, nous, nos enfants, nos petits-enfants, continuer à être fiers d’être des enfants de France, celle de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité.
Vive la République ET vive la France, plurielle et démocratique.
Catherine
J’ai de la chance de m’être levée tôt et couchée tard pendant 13 ans pour une entreprise dans laquelle je me plaisais et qui a été pour moi une famille. Lorsque, à l’occasion d’un changement de Direction, j’ai été "remerciée", j’ai eu de la chance d’être protégée par une législation sociale grâce à laquelle je ne suis pas partie les mains vides. Dans les 3 ans de traversée du désert qui ont suivi, au moins mon fils et moi n’avons pas trop souffert financièrement. Même dans ces conditions, et même aimant me lever tard, cette longue période de chômage, de sentiment d’inutilité, de doute croissant, a été une véritable descente aux enfers. Mais j’ai de la chance de ne pas avoir eu trop peur que nous nous retrouvions dans la rue, ou que nous ne puissions plus accéder aux soins, parce-que mon pays assure un minimum de soutien social aux "accidentés de la vie". J’ai de la chance que quelqu’un m’ait finalement à nouveau fait confiance, et m’ait permis de réintégrer la "France qui se lève tôt". Je suis fière de me lever le matin en sachant que mon entreprise, la Société ont besoin de moi, même en ayant perdu 20% de ma rémunération antérieure, même en travaillant à 350 km de chez moi.
Je suis fière d’être fille d’instituteurs de l’Ecole Publique, Laïque et Républicaine, cette Ecole qui éduque mon fils comme elle m’a éduquée. Bien que n’ayant pas fait d’études supérieures en Lettres Classiques, je suis fière que mon pays foisonne de Philosophes, de Linguistes, de Poètes. Et je me battrai pour que notre Ecole continue à enseigner aux futurs citoyens ces rudiments de culture qui définissent un "honnête homme". Parce-que sans passé, sans Histoire, sans Culture, on ne peut pas être un Homme libre. J’ai de la chance de vivre dans le pays qui a séparé l’Eglise et l’Etat, et de pouvoir en toute liberté croire, sous la forme qui est la mienne, ou ne pas croire en l’éternité de l’Ame.
J’ai de la chance de pouvoir lire le Canard Enchainé ou le Figaro, Libé. ou Le Point, Gay Pied ou Paris Match. J’ai de la chance de pouvoir écouter Cloclo ou Brel, Johnny ou Ferrat, Renaud ou Brassens. J’ai de la chance d’avoir pu claironner, en 66, perchée sur les épaules de mon père : "moi je vote pour Miteilland". J’ai de la chance de pouvoir dire ce que je pense, y compris : "je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez [continuer à] le dire".
Je suis fière d’être l’héritière spirituelle et culturelle de Montaigne, Diderot, Voltaire, Rousseau, Blum, Jaurès, Moulin et tant d’autres. Je suis fière d’être Citoyenne de la Nation du Siècle des Lumières, des Droits de l’Homme, de la Révolution Française, du Front Populaire, de Mai 68. Bien sûr il y eut des orages : la nuit de la Saint Barthélémy, Napoléon, le régime de Vichy... Ma génération est celle qui, outre Rhin, a été brisée par la douleur d’avoir honte de ses parents. De ceux que nos propres parents ou grands-parents appelaient les "Boches". Je suis fière que la France n’ait pas tenu rigueur aux enfants de la faute de [certains de] leurs parents. Je suis fière de la force de l’amitié franco-allemande. Et si j’étais allemande, je serais fière de Beethoven, Goethe, Rosa Luxemburg...
Je suis fière que mon pays ait accueilli vos parents lorsqu’ils ont du fuir la Hongrie. Je suis fière que la France vous ait permis de devenir ce que vous êtes aujourd’hui, et que vous soyez tout aussi français que moi. Je suis fière que ma terre soit Terre d’Asile, Terre d’Accueil.
J’ai de la chance de pouvoir encore dire, mon cher Nicolas, que pour toutes ces raisons je ne voterai pas pour vous.
Parce-que je souhaite que nous puissions, nous, nos enfants, nos petits-enfants, continuer à être fiers d’être des enfants de France, celle de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité.
Vive la République ET vive la France, plurielle et démocratique.
Catherine
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