Peu de tops et beaucoup de flops

Publié le

Rarement une rentrée télé aura été aussi riche en nouveautés. Après le mercato des animateurs la saison dernière, les chaînes ont tenté d’innover cette année sur des cases à risques. Mais très souvent, les téléspectateurs n’ont pas répondu présent.

Pointé du doigt la saison dernière pour son émission jugée « trop à gauche » par certains observateurs et une enquête interne à la chaîne, Laurent Ruquier est l’animateur sur lequel tous les yeux sont braqués en cette rentrée. Son émission "On n’a pas tout dit", désormais en direct, peine à s’installer. Le concept n’est pas révolutionnaire, il s’articule autour d’invités et de chroniqueurs décortiquant d’une manière légère l’actualité du jour. Nouveau plateau, nouveau décors et nouveau générique n’auront pas permis à sa bande de renouer avec les bonnes audiences d’"On a tout essayé", restée à l’antenne 7 années. L’animateur se cherche, affine son concept émission après émission. Au point de tomber parfois en rade de chroniqueur, à quelques heures de la prise d’antenne. « Il fait un peu moins bien que lui-même. Il souffre d’un profil d’audience assez âgé. Et la rupture avec la précédente émission n’a pas été assez forte » explique à imédias Valérie Négrier, Directrice TV d’Aegi Mexia Expert. Laurent Ruquier traîne aussi la morosité ambiante à France Télévisions, dont l’audience est en chute libre depuis la prise de fonctions de Patrick de Carolis (de plus de 19 % de part d’audience en 2005, la chaîne peine aujourd’hui à dépasser les 17 %).

Le sursaut d’audience sur le service public aurait pu (et du) venir du foot. Mais il ne suffit pas de piquer les droits de la ligue 1 à TF1 pour rassembler le plus grand nombre devant une émission consacrée au ballond rond. France 2 l’a appris à ses dépends, son "France 2 Foot" dominical fait deux fois moins d’audience que celui de TF1, l’indéboulonnable "Télé Foot", à l’antenne depuis… 1977 !

Jeux : la soupe à la grimace


Le bide de cette rentrée télé revient incontestablement à Olivier Minne et ses "60 secondes du Colysée"60 secondes pour rire". Avec seulement 7,5 % de parts de marché en moyenne, l’émission n’a pas trouvé son public et n’a jamais réussi à dépasser le million de téléspectateurs. Un échec largement du au concept intenable sur la durée, où de jeunes humoristes tentent de déclencher avec des sketches approximatifs une crise lacrymale chez Olivier Minne et le public.

Les jeux en access ne réussissent pas non plus à M6. Après des débuts encourageants, "Etes vous plus fort qu’un élève de 10 ans ?" subit une baisse de régime. « Après un excellent démarrage, l’audience s’est érodée. Mais la chaîne gagne sur la ménagère avec enfants, sa cible prioritaire pour ce programme » précise Valérie Négrier. Ce succès en demi-teinte ne devrait pas empêcher M6 de programmer un numéro évènementiel du jeu en prime dans quelques semaines. Une case exposée à laquelle n’a pas échappé "Popstars", le télé-crochet recyclé de la chaîne. Le casting choc du jury n’aura pas suffi : le programme n’a réuni que 2,6 millions de téléspectateurs, la quotidienne en access risque la déprogrammation à seulement 7,5 % de part d’audience en moyenne.

Nouvelles formules sans nouveaux téléspectateurs

Chez Canal Plus, la rentrée a été principalement marquée par de nouvelles formules sur la large fenêtre en clair du samedi. Un pari risqué, la chaîne cryptée ayant le mieux résisté à la rude concurrence de la TNT la saison dernière.
  "+ Clair" nouvelle formule présenté par Charlotte Le Grix De La Salle peine à atteindre les 6 % de part de marché, loin des scores de Daphné Roulier il y a deux ans. Le choix éditorial de réduire les plateaux pour privilégier les reportages n’a donc pas été pour l'instant concluant. Il ne faudra pas compter sur "Extérieur Jour""+ Clair", trébuche à 200 000 téléspectateurs.

La dure loi des séries tire aussi "Un café l’addition" au plus bas. Le nouveau rendez-vous chaque samedi de Pascale Clark, très largement inspiré de son "On refait le monde" sur RTL, ne trouve pas son public en télé. L’émission souffre du même syndrome élitiste et parisien d’"En aparté" sur Canal, diffusé l’année dernière à la mi-journée. Sa remplaçante, "L’édition spéciale", animée par Samuel Etienne, s’est aussi pris les pieds dans le tapis. Malgré un concept original autour de chroniqueurs censés réécrire l’actu, l’émission fait moins bien que Pascale Clark. « Ce programme renoue avec les fondamentaux de la chaîne, Canal+ devrait lui laisser le temps de s’installer » explique Valérie Négrier.

Le seul bon point de la rentrée télé de Canal va donc à Thierry Ardisson, l’un des rares à ne pas avoir touché au concept de son émission. Son salut aux terriens rassemble 800 000 téléspectateurs en moyenne depuis la rentrée, soit les mêmes niveaux d’audience que la saison précédente.

TF1 reste en place

Au maigre chapitre des tops, la direction des programmes de TF1 a bien fait de vouloir imposer son "50 min inside". Après des débuts laborieux, le programme réussit à s’imposer chaque samedi soir sur TF1 où il a battu son record en part d’audience il y a 15 jours.

Pour le reste de la grille, la sécurité a eu raison de l’innovation. Seule entorse à cette ligne directrice, la fiction française au premier rang desquelles "L’hôpital". Echec cuisant pour TF1 qui n’a pu déprogrammer la série pour respecter ses quotats de diffusion d’œuvres françaises. "Section de recherches" ne fédère quant à elle que 20 à 25 % du public, là où TF1 est habitué à faire plus de 30 %. La fiction française est-elle pour autant condamnée ? « Non, même le format de 52 minutes est bon. C’est un genre en plein essor. Mais il ne suffit pas de copier une série américaine pour faire de l’audience, les chaînes doivent faire preuve de plus d’imagination » témoigne Valérie Négrier.

Le retour des feuilletons

Au succès incroyable de "Plus Belle la vie" sur France 3, France 2 réplique avec "Fais pas ci fais pas ça". Après un démarrage en demi-teinte, le programme semble reprendre des couleurs. Et puisque ce format séduit, TF1 et France 2 préparent de nouveaux feuilletons à très, très gros budget. Leur donneront-ils le temps de s’installer ? France 3 avait patienté près de 6 mois pour que son "Plus Belle la vie" remporte le succès populaire qu’on lui connait aujourd'hui avec près de 6 millions de téléspectateurs en moyenne.
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article