Le syndrome Sarko
Une nouvelle maladie qui, n'étant pas orpheline, touche à une vitesse galopante toutes les catégories sociales.
Il se passe cette semaine une chose inouïe: François Fillon parle! Plus incroyable encore, la confidence qu'après l'interview officielle, négligeant les caméras, il a lâchée dans les coulisses d'Europe 1 à Benoît Duquesne qui lui posait la question: "N'avez-vous pas envie d'aller sur le terrain?" "Oui, a-t-il avoué, mais une fois sur deux c'est trop tard! Et puis, le problème, c'est que lui [Sarkozy] ne veut pas!".
Il se passe cette semaine une chose inouïe: François Fillon parle! Plus incroyable encore, la confidence qu'après l'interview officielle, négligeant les caméras, il a lâchée dans les coulisses d'Europe 1 à Benoît Duquesne qui lui posait la question: "N'avez-vous pas envie d'aller sur le terrain?" "Oui, a-t-il avoué, mais une fois sur deux c'est trop tard! Et puis, le problème, c'est que lui [Sarkozy] ne veut pas!".
C'est clair. Le Premier ministre est très atteint. D'après les scrutateurs, il souffrirait de cette nouvelle maladie qui, de mois en mois, gagne du terrain et, n'étant pas orpheline, touche à une vitesse galopante toutes les catégories sociales: le syndrome Sarko! Un mal qui transforme l'individu le plus prometteur en Droopy dépressif, facile à détecter. Le malade a en général le regard hagard, l'oeil triste, voire apeuré, l'épaule voûtée et tient le plus souvent des propos incohérents. En Corse déjà, François Fillon avait déclaré la France en "faillite". Une gaffe que l'on avait alors attribuée à un abus de vin rosé mais qui n'était jamais que le premier symptôme du syndrome Sarko.
Malgré une longue convalescence en chambre - celle de l'Assemblée nationale -, il a rechuté: "On me reprochait d'être trop absent des médias, écrit-il dans son blog, et aujourd'hui, par la magie d'internet, me voici en vedette! Merci à tous les internautes qui font du buzz autour de la petite vidéo tournée à Europe 1!" Propos amers suivis de cette assertion stupéfiante: "Eh oui, un Premier ministre, ça peut avoir de l'humour!" "Mais, ajoute-t-il, que personne ne s'inquiète: je serai présent sur tous les sujets de l'action du gouvernement !" Une poussée de fièvre qui fait craindre le pire. La phase terminale.
L'épidémie qui a métamorphosé la jeune pousse David Martinon, le porte-parole du Président, en endive pâlichonne, Rachida Dati et Rama Yade, dont Nicolas Sarkozy vante la beauté, en vitrines gouvernementales et serre-livres - l'entourant de leur affection, elles l'accompagnent à chaque voyage à l'étranger -, n'a pas davantage épargné Christine Lagarde, autre ministre présentée par le chef de l'Etat comme "une bombe qui vous étonnera". Un bon diagnostic. Après nous avoir avertis que nous aurions droit à un "plan de rigueur", une grenade heureusement dégoupillée par Claude Guéant, le saintbernard de l'Elysée, jamais en peine de gourde. Pas guérie, Lagarde, qui pourrait bien prendre la porte, a lancé cette autre bombinette: "Pour économiser l'essence, les automobilistes n'ont qu'à faire du vélo!" Autant dire qu'elle n'est plus que l'ombre de Roselyne Bachelot, ministre de l'Environnement lors de la canicule et auteur de cette ineffable saillie: "Pour vous protéger du soleil, mettez-vous à l'ombre!" Soyons juste, Roselyne préconisait aussi l'emploi du chapeau.
Bernard Kouchner, dont Nicolas Sarkozy a applaudi vendredi soir l'action "comme ministre de l'Intérieur" - un lapsus qui prouve combien le chef de l'Etat est lui-même gagné par le syndrome Sarko -, a le regard allumé du pompier à la recherche d'un nouvel incendie; Eric Besson, la paupière lourde du Judas en quête d'un nouveau Jésus; François Hollande, dans le cercle des socialistes disparus, ressasse ses gimmicks PS; Julien Dray sort à peine de l'état d'hébétude psychosomatique, proche du coma, où l'a plongé le coup de fil que lui a passé le Président au lendemain de l'élection. "Pour me présenter tes condoléances? - Non, pour te proposer un poste dans mon gouvernement ! Réfléchis. Je veux les meilleurs!" Une offre que le conseiller de Ségolène Royal a refusée mais, comme il le raconte dans son livre thérapie Règlement de comptes, qui l'a sérieusement perturbé. Preuve que la sarkozite ne décime pas que la droite.
Comment éviter la contagion? Difficile, admet Libé, avec un Président qui, le même jour, se lève avec des marins pêcheurs en Bretagne et s'endort de l'autre côté de l'Océan, à la Maison-Blanche. Réunis en cellule de crise, les journalistes ont enfin trouvé un remède de cheval : "On ne met pas Nicolas Sarkozy en manchette!" Une décision unanime et, le jour où le Président était reçu par George Bush, un acte de résistance audacieux. Sous le titre "French Kiss", le quotidien a bien publié la photo de Nicolas Sarkozy, mais de dos. Bush gardant la face. "On se fait plaisir comme on peut!", convient le quotidien, qui avoue son échec: "On s'était promis de ne plus parler de Nicolas Sarkozy, on l'a cité quinze fois!".
Son cri n'était qu'un soupir et la révolte des littéraires, une rébellion de salon
A dire le vrai, les deux seuls endroits où cette semaine personne n'a prononcé son nom, ce sont le Flore et chez Drouant, où l'on remettait les prix littéraires. Une parenthèse miraculeuse qui a redonné l'espoir aux sarkozytés, soulagés de ne plus être condamnés à leur piqûre de Sarko quotidienne. On tenait enfin de vrais rebelles, les jurés. Saisis d'une autre fièvre, celle de la révolte, ils ont couronné des romans qui ne figuraient pas sur leurs dernières listes. Le prix de Flore a été attribué au roman d'Amélie Nothomb, sortie du chapeau, pourtant best-seller. Favori mais évincé du Renaudot par Daniel Pennac - un cancre et qui plus est s'en vante -, Christophe Donner dénonçait le scandale, accusait Franz-Olivier Giesbert de trahison, Patrick Besson, qui écrit dans Le Point, de connivence... Bref, le boulevard Saint-Germain renaissait.
Ce n'est pas que la France manque de rebelles. L'autre matin, un pêcheur a même traité Nicolas Sarkozy d'un adjectif viril mais, il faut le reconnaître, vulgaire, que d'ailleurs seul Canal+ a osé diffuser. Le Président a répondu, levant les yeux au balcon: "C'est toi, là haut, qui as dit ça ? Descends un peu et répète-le-moi en face, pour voir." Une réplique vigoureuse, une scène de western digne de John Wayne, l'idole de Nicolas Sarkozy comme il l'a rappelé au Congrès américain, mais un désastre sémantique.
Les révoltés du Littré sont autrement plus chics et classe. D'ailleurs, invité par les animateurs télé, toujours avides de scandale, même littéraire, Christophe Donner, le lendemain de son esclandre, a eu le bon goût de ne pas insister. "Je ne cherche pas la polémique, a-t-il déclaré, mais, chassé du Renaudot, je renaude." Un trait certes d'esprit mais décevant. Son cri n'était qu'un soupir et la révolte des littéraires, une rébellion de salon. Le soufflé, trop plat pour être goûteux, est vite retombé. Le lendemain même, Nicolas Sarkozy, qui, entre deux tournées, est allé se recueillir sur la tombe du général de Gaulle, reprenait la main.
Paru dans le JDD
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