Kadhafi jusqu'à la lie

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Par Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.

Quel pataquès ! Il y avait eu jusqu'ici des tiraillements dans le gouvernement, des dérapages plus ou moins contrôlés mais c'est la première fois avec la visite de Kadhafi à Paris que des désaccords se manifestent aussi ouvertement contre la politique étrangère hyper cynique de Nicolas Sarkozy radicalement opposée à ses engagements droits de l'hommiste de campagne. Même le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner qui a pourtant choisi de « manger son chapeau », comme il l'a dit à la commission de l'enquête parlementaire sur la libération des infirmières et du médecin bulgares, a des problèmes de digestion. L'ex-docteur volant a confié à La Croix une tribune où tout en ne remettant pas en cause la visite de Kadhafi, il rappelle que le président libyen fut « un pourfendeur professionnel des Droits de l'Homme » et « qu'il n'est pas question d'oublier le nom des victimes qui lui furent imputées ». Enfin, ajoute-t-il, « il faut garder les yeux ouverts ». Il rappelle également que son ministère est « celui de la défense des Droits de l'Homme ». Mais sans aller au-delà. Kouchner a choisi de ne pas rompre, même s'il sera absent au dîner donné en l'honneur de Kadhafi. Même si les discussions ont été rudes dans son cabinet, le choix de la démission a été écarté au nom de l'action poursuivie au Darfour et au Liban.

Kouchner s'imagine encore plus utile dedans que dehors, mais il est pour le moins mal à l'aise. Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, est carrément en colère. Elle n'a pas demandé le feu vert pour s'exprimer et elle ne mâche pas ses mots. Il est vrai qu'elle a du caractère, de l'orgueil et l'âge (32 ans jeudi prochain) de ne pas s'accommoder de trop d'humiliations. Ainsi n'a-t-elle pas accepté d'être écartée du voyage en Chine, quel qu'en soit le prétexte. Et cette visite de Kadhafi qui coïncide avec la célébration de la journée des Droits de l'Homme lui reste sur le cœur. « Le choix de cette date, dit-elle au Parisien, est un symbole fort. Je dirais même scandaleusement fort ». Et la secrétaire d'Etat ne ménage pas l'invité du président ni n'accepte sans regimber les raisons avancées pour cette invitation : « Nous n'avons pas à le remercier pour avoir libéré les infirmières et le médecin bulgares, dit-elle, ils étaient innocents ». Et d'ajouter « le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant terroriste ou non peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits ». C'est un « sous-ministre » qui ose ainsi s'exprimer et qui se permet de rappeler à l'ordre éthique le président puisqu'elle lâche encore qu'elle « n'a pas apprécié le coup de fil chaleureux à Poutine » et « il ne faut pas que Nicolas Sarkozy tourne le dos à la diplomatie des valeurs ». Un rappel à l'ordre d'un culot très… sarkozyste alors même que François Fillon sermonne « les donneurs de leçon » et « les invite à tourner sept fois leur langue dans leur bouche ». Mais le Premier ministre visait la gauche qui a enfin trouvé une occasion de s'opposer et va boycotter la visite du terroriste à l'Assemblée nationale, le « temple de la démocratie ».

Là, Fillon se heurte, et le président avec lui, à un problème politique d'une autre dimension. Car leur gouvernement tourne à la pétaudière et dans la majorité même ça va se disputer, se déchirer allègrement. D'abord parce qu'il y a les gaullistes qui, comme Patrick Ollier, trouvent qu'il n'y a « rien à reprocher » à ce colonel du désert grand admirateur du Général au point qu'il veut aller se recueillir sur sa tombe à Colombey-les-deux-églises. Pour ces réalistes, les rêveurs droit de l'hommistes feraient mieux d'aller jouer dans leur bac à sable avec leur pelle et leur seau plutôt que de se mêler des affaires des grands.

Cette polémique va aussi relancer la grogne contre l'ouverture qui file des « courants d'air », contre ces ministres « fantoches » qui font illusion sur les plateaux télé mais « sont exécrables sur le terrain politique ». Alors même qu'ils sont menacés pour l'après municipale d'une nouvelle ouverture qui leur fait froid dans le dos, les droitiers de l'UMP veulent contre-attaquer. Vont-ils aller jusqu'à demander la tête de Rama Yade ? Ils la réclameront. Sans doute devait-il être réprimandée, avertie, gourmandée. Mais remerciée ? Pas sûr. Elle est trop belle, trop star, trop investie d'espérances symboliques. Au point que Sarkozy a toujours adoré la mettre en avant pour rehausser sa splendeur et sa grandeur d'âme. Et, après tout, elle a fait son boulot. Avec passion. La noire secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme a une âme !

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Commenter cet article
L
Rien à dire ! <br /> Qui est le prochain sur la liste du président ? <br /> Aimeriez-vous serrer la main de votre président ?
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D
Plus de six Français sur dix désapprouvent la visite officielle du colonel Kadhafi en France cette semaine, selon un sondage Ifop pour Paris Match. Ainsi, 61% des personnes interrogées expriment leur désaccord, contre 38% qui disent approuver la visite.
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C
Le Monde: le quotidien ne va pas jusqu'à dire que tout était manigancé mais écrit quand même dans son éditorial que "le malaise exprimé soudain par Bernard Kouchner et Rama Yade, membres du gouvernement, vise à désamorcer les critiques plutôt qu'il n'exprime une exigence." Cette exigence de plus de démocratie que Paris devrait selon Le Monde imposer à Kadhafi.
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G
Savez-vous qu’après Paris le Libyen file en Espagne pour une visite officielle de quatre jours ? Sarko a déshinibé le monde politique occidental face au tyran. Les affairistes s’affairent !<br /> J'ai honte, j'ai honte, j'ai mal à ma France !
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B
"la France n'est pas qu'une balance commerciale". "La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort." Rama Yade<br /> <br /> Une pratique de la diplomatie très éloignée des promesses de la majorité. Dans son programme pour les dernières législatives, l'UMP écrivait noir sur blanc sous le titre "Ne pas sacrifier l’homme à la mondialisation" :<br /> <br /> "Il ne peut pas y avoir de libéralisation des échanges avec des pays qui ne respectent pas des conditions minimales de dignité des salariés. Notre diplomatie doit être moins soucieuse d’attirer les faveurs de nos clients que d’assurer la rigueur de son éthique. Le prestige de notre pays n’y gagne pas, son commerce non plus. Les intérêts de notre balance extérieure ne justifient donc pas que nous soyons silencieux sur les atteintes aux droits de l’homme qui sont commises dans certains pays."<br /> <br /> Sans commentaires ! (Cent commentaires...!)
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