Le pêcheur et le milliardaire

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Donald Trump, homme d'affaires américain, veut construire un gigantesque complexe touristique sur la côte, du nord-est de l'Ecosse. Mais un pêcheur du coin, Michael Forbes, refuse de lui vendre ses terres. Et les autorités locales ont voté contre le projet. Pour autant, l'histoire n'est pas terminée.

Ce pourrait être un conte de Noël, "L'histoire du pêcheur écossais qui a défié le milliardaire". Le problème, c'est que l'on n'en connaît pas encore la fin. C'est au gouvernement écossais qu'il revient de l'écrire. Et elle risque d'être triste.

En attendant, l'histoire fait les délices de la presse anglo-saxonne. Le pêcheur s'appelle Michael Forbes. Il vit au bord de la mer, à Balmedie, près d'Aberdeen, dans le nord-est de l'Ecosse. Pour joindre les deux bouts - il n'a pris ces six derniers mois qu'un saumon et une truite -, Forbes est également fermier et gérant adjoint d'une carrière de dolérite. Il est soudain devenu célèbre pour avoir refusé de vendre à Donald Trump ses 9 hectares de terres, situés sur un fragile cordon dunaire classé site d'intérêt spécial scientifique, pour l'équivalent de 500 000 euros.

Ce terrain est inclus dans la zone où l'Américain, qui a fait fortune dans l'immobilier, compte construire deux terrains de golf – mais surtout un hôtel de style gothique de 10 étages, un immense centre de conférences et près d'un millier d'appartements et villas de luxe. "On dirait qu'il croit que tout est à vendre, déplore Forbes dans The Washington Post. C'est un homme cupide. Je ne m'intéresse pas beaucoup à l'argent et je suis plutôt heureux là où je vis."

Paradoxalement, souligne The Sunday Times, "c'est Trump qui a fait de Forbes un héros". Lors d'une conférence de presse, début octobre, le milliardaire s'est emporté. "Gardez vos terres, on n'en a pas besoin", a t-il lancé à l'attention du pêcheur. "Ce n'est pas une ferme, mais un enclos plein de tracteurs et de bidons rouillés. C'est dégoûtant."

Depuis, poursuit le journal, "les habitants [de Balmedie] ne savent plus où donner de la tête. Les équipes de télévision américaines ont débarqué ; les touristes viennent manger dans leur friterie; des journalistes à l'accent étrange ont réservé des chambres dans l'unique hôtel" de la bourgade.

Désormais, Michael Forbes est surnommé par la presse "Local Hero", en référence au film éponyme de Bill Forsyth, dans lequel le propriétaire d'une compagnie pétrolière américaine, qui essaie d'acheter les terres de villageois écossais pour y construire un complexe pétrolier, se heurte à l'opposition d'un vieux ramasseur d'épaves.

Fin novembre, sous la pression des écologistes et d'une partie des habitants, les autorités locales ont voté (de justesse) contre le projet pharaonique de Donald Trump. Mais cela n'a pas été du goût de tout le monde et, tout particulièrement, des hommes d'affaires écossais. Selon un sondage publié par l'Aberdeen Evening Express, qui fait ardemment campagne pour le milliardaire, 8 habitants de la région sur 10 sont favorables au projet.

De son côté, Trump menace d'aller en Irlande du Nord. Résultat, début décembre, le gouvernement écossais a décidé, de manière exceptionnelle, d'examiner lui-même le dossier; sa décision n'est pas encore tombée.

En attendant, bien loin de Balmedie, à 70 kilomètres au large de la côte ouest de l'Ecosse, les habitants de l'île Lewis se prennent à rêver. C'est ici qu'est née Mary MacLeod, la mère de Donald Trump. Aujourd'hui, raconte The Wall Street Journal, Lewis accueillerait volontiers les investissements du milliardaire. Les édiles locaux viennent d'ailleurs de lui envoyer une invitation. Ils lui ont aussi proposé de transformer un château victorien abandonné en hôtel de luxe. "Tous les Américains aiment les châteaux, expliquent-ils. Ici, il pourrait jouer au golf, pêcher un peu, chasser, se détendre."

Ils n'ont pas encore reçu de réponse. Mais un habitant en est persuadé : Trump viendra. Un beau jour, un avion privé se posera. "Cela arrivera de manière inattendue."

Comme dans un conte de Noël ? Allez, bon Noël à vous :-)

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