Dans les cuisines des sondeurs
Alors que nous sommes abreuvés quotidiennement de sondages - premier et second tours -, tous les coups de théâtre restent possibles. Voici pourquoi
Voilà au moins un sondage que nul ne contestera : selon l'enquête Ifop-« JDD » parue le 18 février 2007, 79% des Français estiment que «l'élection présidentielle n'est pas jouée, beaucoup de choses peuvent se passer d'ici le 22 avril». Un sondage pour vérifier que les sondages ne sont que des sondages, en quelque sorte. Et que prendre les intentions de vote exprimées à deux mois du scrutin pour une préfiguration du résultat final, c'est se mettre le thermomètre dans l'oeil. A qui en douterait, rappelons les positions en présence à la mi-février 2002 : en moyenne Chirac était à 25%, Jospin à 22% ; le « troisième homme » s'appelait Jean-Pierre Chevènement, il était à 11% ; Le Pen stagnait à 10%. On connaît la suite (1).
Si rien ne s'est passé comme prévu, c'est que : 1) Tant que cet être étrange qu'on nomme un électeur n'a pas déposé son bulletin dans l'urne, il peut toujours changer d'avis ; ça sert à cela, une campagne électorale. 2) Les sondages sont un instantané, une tentative d'approche de la réalité à un instant T ; ils ne comportent pas seulement une « marge d'erreur » mathématique, mais aussi une part d'interprétation liée à la technique des « redressements ». C'est-à-dire que la photo peut-être floue ou déformée, et que les experts peuvent se tromper dans la lecture qu'ils en font. C'est plus vrai que jamais en cette année 2007 où, en dépit des enquêtes qui se suivent et se répètent (Sarko, encore Sarko, toujours Sarko...), les zones d'ombre restent nombreuses, où pourraient bien se cacher les prémices de coups de théâtre à venir.
Depuis son émergence au milieu des années 1980, le Front national pose aux sondeurs un problème particulier. Le vote Le Pen étant frappé d'une forte réprobation sociale, les électeurs lepénistes ont tendance à se comporter face aux sondeurs comme les crabes devant les pêcheurs à pied : ils s'enfoncent sous les rochers. Qu'ils refusent de répondre aux enquêteurs, camouflent leurs intentions ou ne se déterminent qu'au dernier moment, le résultat est le même : le compte n'y est pas. Ce fut le cas dans le passé (à la veille du premier tour de 2002, Le Pen n'était encore qu'à 14%). Divers indices donnent à penser qu'aujourd'hui encore le vote Le Pen pourrait être sous-évalué. Dans quelle proportion ? A défaut de trancher, on peut faire au moins quatre remarques.
- Tous les instituts de sondage trouvent Le Pen plus haut qu'en 2002 à la même époque. Que ce soit en données brutes (avant redressement) ou en données corrigées.
- D'un institut à l'autre, on observe des écarts significatifs. Il y a trois écoles. Les « Le Pen bas » (BVA et Ifop) le situent, en janvier-février, aux environs de 11%. Les « Le Pen moyen » (Sofres et Ipsos) le voient entre 12% et 13%. Seul CSA l'évalue autour de 15% (un peu moins depuis le début février).
- Ces écarts tiennent moins à ce que les enquêteurs rapportent du terrain (des intentions brutes de l'ordre de 7%) qu'aux redressements opérés, c'est-à-dire au traitement des chiffres. Les sondages ne sont pas une science exacte, c'est un artisanat qui se fonde sur l'expérience, les erreurs passées, l'expertise politologique. Chacun a ses recettes. Stéphane Rozès, de CSA, fait valoir que son institut se distingue de deux façons : il est «le seul à construire un indice d'abstentionnisme», qui élimine les électeurs faiblement déterminés à aller voter, et donne mécaniquement plus de poids aux électeurs qui déclarent un vote difficile à « avouer ». Il utilise, pour évaluer le niveau de Le Pen, des questions croisées mesurant son potentiel électoral et la proximité à l'égard des idées du FN. D'où un Le Pen haut. A l'opposé, pour Jérôme Sainte-Marie, de BVA (celui qui met Le Pen le plus bas), «il ne faut pas se rejouer le film de 2002». A l'époque, dans les reconstitutions de vote (c'est-à-dire le souvenir d'avoir voté Le Pen aux scrutins précédents), on ne retrouvait qu'un tiers de ses scores antérieurs. Aujourd'hui, c'est la moitié. Donc ses électeurs se cachent moins. Mieux, pour la première fois, il y a plus de gens qui disent « j'ai voté Le Pen » que « j'ai l'intention de voter Le Pen ». «Il faut donc bien accepter l'idée qu'il s'est passé quelque chose entre 2002 et 2007 : Sarkozy, en se saisissant des thèmes de l'insécurité et de l'immigration, a créé une concurrence sur ce qui était le terrain de prédilection de Le Pen. Grâce à quoi il est en position de réussir à exfiltrer une partie de l'électorat lepéniste.»
- Quel que soit le niveau réel de Le Pen actuellement (qu'on ne connaîtra jamais), il ne préjuge pas de la suite. «Traditionnellement, la poussée lepéniste, quand elle intervient, se produit dans la phase ultime de la campagne», notait Jérôme Jaffré dans une note du Centre d'Etude de la Vie politique française qui évaluait à 21% le potentiel maximal de Le Pen en 2007. Soit 2 points de plus que le total Le Pen + Mégret de 2002. Rappelons que cette année-là le candidat FN n'a décollé que dans les trois dernières semaines, décollage que tous les instituts ont d'ailleurs bien « vu » - mais tous sous-estimé.
Sarkozy peut-il baisser ?
Il est très haut, tous les sondeurs en sont d'accord : autour de 33% au premier tour. Et relativement stable depuis janvier. Mais si on examine les différentes vagues réalisées par les instituts, on observe, d'une semaine sur l'autre, des phénomènes d'allers et retours (2 à 3 points) entre Sarkozy et Le Pen - en gros, quand l'un baisse, l'autre monte - qui confirment que la ligne de démarcation reste poreuse. C'est dire que - indépendamment d'un accident de campagne, toujours possible - Sarkozy n'est pas à l'abri d'une déconvenue, si Le Pen réussissait le même finish qu'en 2002.
Bayrou jusqu’où ?
Quand il disait « je vais gagner », on pensait qu'il galéjait. Et pourtant... Tous les instituts ont enregistré, de décembre à la mi-février, une ascension régulière du candidat UDF, passé de 8 à 14% des intentions de vote (et même 16% dans le dernier Ifop-LCI, qui le donne gagnant, au second tour, contre Sarkozy). Entre Ségolène Royal et lui, il y a un mouvement de vases communicants. Un néo-bayrouiste est souvent un déçu du ségolénisme. Mais la question est de savoir si ce potentiel est appelé à se raffermir, voire à prospérer (et jusqu'où ?), ou si se prononcer pour Bayrou c'est se réfugier dans une position d'attente, une manière, au fond, de ne pas choisir entre Sarko et Ségo ? Pour l'heure, les sondages montrent une déception croissante des électeurs devant le déroulement de la campagne, le refus de se laisser enfermer dans l'alternative Ségo-Sarko, et même l'aspiration à une politique d'union nationale que l'homme des Pyrénées veut incarner. C'est aujourd'hui ce qui booste Bayrou, le plus convenable des candidats « antisystème ». A mesure que l'on approchera du jour J, cela pourrait devenir son talon d'Achille, s'il ne parvenait pas à transformer un vote par défaut en vote d'adhésion. Des écologistes à Chevènement, ils sont nombreux, dans le passé, à avoir cru ouvrir une troisième voie, quand ils n'étaient que les réceptacles d'une humeur de l'opinion.
Que valent les sondages de second tour ?
Pas grand-chose. La bataille du 6 mai 2007 commencera le 22 avril à 20 heures. Avec des cartes neuves, comme au poker. Etonnant comme la leçon de 2002 a été vite oubliée : les surprises du premier tour peuvent balayer tous les scénarios d'anticipation. Mieux, il arrive que les sondages agissent comme des prophéties autodestructrices. C'est parce que, au vu des enquêtes, tout le monde attendait un duel Chirac-Jospin que bon nombre d'électeurs de gauche se sont dit : je voterai Jospin au second tour ; en attendant, je vais profiter du premier tour pour lui envoyer un « message ». Message reçu 5 sur 5...
(1) Résultat du premier tour : Chirac 19,88%, Le Pen 16,86%, Jospin 16,18%, Chevènement, 5,33%.
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Sarkozy l'emporterait de justesse sur Royal par 50,5% contre 49,5%
Selon l'Ifop, chacun des deux candidats recueillerait 28% des voix au premier tour. François Bayrou serait à 17%, Jean-Marie Le Pen à 11,5%.
Actuellemment l'écart entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se resserre. Selon un sondage Ifop à paraître dans Le Journal du Dimanche, et rendu public samedi 24 février, les candidats PS et UMP recueilleraient chacun 28% d'intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle, soit une hausse de 2,5 points pour la socialiste et une baisse de quatre points pour le ministre de l'Intérieur, par rapport au précédent sondage Ifop.
Au second tour, Nicolas Sarkozy l'emporterait par 50,5% contre 49,5%. Il s'agit du 29e sondage consécutif qui le donne vainqueur.
L'enquête a été réalisée les 22 et 23 février, après la prestation de Ségolène Royal, lundi sur TF1.
Bayrou à 17%
Un précédant sondage réalisé par CSA le 20 février plaçait Ségolène Royal en tête au premier tour, avec 29% des intentions de vote (+2), contre 28% à Nicolas Sarkozy (-5); le ministre de l'Intérieur l'emportant au second tour par 51% contre 49%.
Selon Ifop, Ségolène Royal progresse fortement chez les ouvriers et les employés (6 points).
Quant à François Bayrou, il est crédité de 17% des voix au premier tour (+1), un niveau qu'il avait déjà atteint dans l'enquête CSA. Jean-Marie Le Pen gagne 0,5 point à 11,5%.
Moins de 3% pour les autres candidats
Tous les autres candidats restent en dessous de 3%. Olivier Besancenot (LCR) perd un point à 3%, Marie-George Buffet (PCF) gagne 0,5 point, à 2,5%, Arlette Laguiller (LO) progresse de 0,5 point, à 2,5%, José Bové est stable à 2%, Dominique Voynet gagne 0,5 point à 2%.
Corinne Lepage perd un demi-point, à 0,5%, tout comme Philippe de Villiers, à 2%. Nicolas Dupont-Aignan gagne un demi-point, à 1%.
Le candidat du Parti des Travailleurs, Gérard Schivardi, et Frédéric Nihous (CPNT), sont stables à 0%.
6% des sondés ne sont pas prononcés pour le premier tour et 7% pour le second.
Sondage réalisé par téléphone les 22 et 23 février auprès d'un échantillon national de 889 personnes, inscrites sur les listes électorales, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).