Le Canard en remet une couche
L'hebdomadaire satirique répond point par point, documents à l'appui, aux démentis du candidat UMP, qui avait nié avoir bénéficié d'un rabais "d'au moins 300.000 euros" pour l'achat, en 1997, d'un appartement à Neuilly
Le Canard enchaîné revient, dans son édition du mercredi 7 mars, sur "les calculs tordus et les trous de mémoire" de Nicolas Sarkozy sur l'achat de son ancien appartement de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
L'hebdomadaire satirique répond aux quatre points soulevés dans la lettre du candidat UMP à la présidentielle, qu'il publie, destinée à démentir les accusations du journal. Et maintient, documents à l'appui, que "Nicolas et Cécilia ont bénéficié d'un traitement de faveur. Entre le rabais sur le prix de vente et les travaux offerts par le promoteur, le cadeau dépasse bien les 300.000 euros".
Pour étayer ses dires, le Canard publie les fac-similés d'une "récapitulation des ordres de services" de la société SCI Victoria XXI; une lettre de Nicolas Sarkozy à son architecte et un relevé des sommes que le promoteur a facturé à Nicolas Sarkozy.
"Basses manœuvres"
Le Canard enchaîné avait affirmé, dans un article paru le 28 février, que le candidat UMP à la présidentielle avait bénéficié d'un rabais "d'au moins 300.000 euros" pour l'achat, en 1997, d'un appartement au promoteur immobilier Lasserre, qui était "le promoteur favori de la mairie de Neuilly", dont Nicolas Sarkozy était le maire.
Le ministre de l'Intérieur avait alors dénoncé de "basses manœuvres" contre lui, ajoutant qu'"aucun mensonge, aucune calomnie" ne le fera "hésiter, encore moins reculer".
Le Canard démonte point par point l'argumentation du candidat.
Audit inexistant
"Depuis dix ans, Sarko a bloqué toute velléité d'enquête sur son duplex, en répétant, à qui voulait l'entendre, qu'il disposait d'un audit réalisé par les agents du fisc. Le Canard a donc demandé copie de son document. Mais de copie, point. 'Je n'ai pas fait réaliser un audit par la direction', admet-il dans sa lettre au Canard. En fait, il s'est contenté de questionner, en 1997, la directrice départementale, Bernadette Le Bot. Laquelle aurait 'diligenté' une 'enquête'. Une enquête qui n'a laissé aucune trace écrite."
Prix au mètre carré
Le Canard démonte aussi l'argument de Nicolas Sarkozy selon lequel d'autres appartements ont été vendus au même prix. Pour l'hebdomadaire, il s'agit d'appartements qui n'ont rien de comparables. "Au bout du compte, le couple a donc bénéficié d'un rabais d'au moins 750.000F sur le prix du duplex", écrit le Canard.
Factures à l'appui
A Nicolas Sarkozy, qui affirme avoir pris en charge le coût des travaux d'aménagement – 600.000 francs selon lui – le Canard indique que l'addition des travaux a en réalité "dépassé 1,8 millions de francs. Et Sarkozy n'en a payé que 400.000. C'est le promoteur qui a réglé la plus grande partie de la facture." L'hebdomadaire appuie ce chiffre sur trois documents "provenant de la comptabilité de la société Lasserre".
Ristourne sur l'escalier
Enfin, le Canard enchaîné indique que l'escalier de chêne, qui avait été selon Nicolas Sarkozy "commandé directement à un artisan", n'était pas du goût des propriétaires, selon l'artisan lui-même. Il a donc fallu changer de fournisseur, et le promoteur a "remboursé une partie de la facture", soit "une remise d'environ 30.000 francs.
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La controverse visant l'ancien appartement de Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) n'est pas éteinte. Le Canard enchaîné du 7 mars livre de nouveaux éléments contredisant les explications du ministre de l'intérieur sur les conditions d'acquisition de son duplex en 1997 et précise ses soupçons de "prise illégale d'intérêt". Interrogé par Le Monde, le procureur adjoint de Nanterre, Jacques Hossaert, souhaite disposer des documents du Canard avant d'ouvrir une enquête préliminaire. "C'est une question qui mérite d'être étudiée, dit-il. Mais il faudrait que nous soyons saisis, au titre de l'article 40, par un commissaire aux comptes, une administration ou encore un élu."
Le Canard publie le fac-similé de documents extraits de la comptabilité du groupe Lasserre qui a réalisé le programme immobilier dans lequel se trouve le duplex. Un document du 16 janvier 1998 indique que M. Sarkozy a payé son bien 5,8 millions de francs et seulement 400 000 francs de travaux supplémentaires. Un récapitulatif du 9 octobre 1997 de l'ensemble des travaux réalisés par Lasserre mentionne que le promoteur a pris à sa charge 1 517 000 francs de travaux complémentaires (bibliothèque, lambris, corniches, etc.). Enfin, le Canard conteste la pertinence de la comparaison avec deux autres appartements. Il s'agit, selon le journal, "d'une vente au prix de gros" d'appartements et de parkings dans un autre bâtiment.
