A l'UMP, elles se voient déjà en haut de l'affiche
Futur président cherche sept ou huit femmes pour former un gouvernement
En réaffirmant, dimanche 1er avril, que son gouvernement, s'il est élu, respectera la parité, Nicolas Sarkozy a fait monter la tension d'un cran à droite. Les femmes débordent d'énergie pour attirer l'attention du candidat : l'ancienne ministre de l'écologie Roselyne Bachelot multiplie ainsi les réunions publiques dans toute la France - le Doubs, le Vaucluse, la Somme, cette semaine : "Je suis plus utile à mon candidat en menant ma propre campagne plutôt qu'à jouer les pom-pom girls derrière lui sur une estrade !", affirme-t-elle. Les hommes, eux, sont tétanisés par cette discrimination positive qui va leur "voler" la moitié des places : "Je suis une génération sacrifiée !", lançait, il y a quelques jours, un quadragénaire prometteur.
François Fillon, l'un des "premier-ministrables" de Nicolas Sarkozy et donc potentiellement chargé du casting, tente d'apaiser les esprits... des hommes : "Plus le gouvernement sera réduit, plus ce sera supportable de ne pas en être !"
SOUVENIR DES "JUPETTES" DE 1995
Dans le camp des femmes, on se défend de bénéficier d'un quelconque privilège. "Sarkozy a une certitude, à défaut d'une conviction : il veut un gouvernement à l'image de la société", explique Roselyne Bachelot. Juppéiste, donc moins en cour à l'UMP, Jeannette Bougrab, 33 ans, candidate aux législatives dans le 18e arrondissement de Paris, n'en salue pas moins le combat de Nicolas Sarkozy en faveur des femmes : "Il s'est battu, seul contre tous les hommes, en bureau politique, pour imposer 30 % de candidates aux élections législatives, menaçant d'aller jusqu'au clash."
Au gouvernement, la parité sera plus radicale, "parce que quand on est ministre, on n'est pas propriétaire de son portefeuille, comme l'est un député de sa circonscription", explique Rachida Dati, porte-parole de Nicolas Sarkozy. A l'UMP, le casting des "nouvelles stars" a donc commencé. L'épisode des "jupettes" de 1995, où huit ministres femmes avaient été remerciées au bout de six mois, n'est plus qu'un mauvais souvenir : les femmes expliquent qu'aujourd'hui, elles sont là pour durer. Roselyne Bachelot décrypte : "Avant, on existait en politique en étant soit la reine des abeilles, c'est-à-dire une femme emblématique comme Simone Veil, soit une courtisane, c'est-à-dire choisie par un homme." Ces dernières, que Roselyne Bachelot regroupe dans "la catégorie du harem", avaient une vie politique courte et fragile. "Les hommes restent, les femmes passent, ça a toujours été l'ambiguïté du concept de parité", résume Nathalie Kosciusko-Morizet.
"Il y a désormais une génération de femmes qui sont des plantes de pleine terre qu'on ne peut pas jeter aussi facilement que des fleurs coupées", estime encore Roselyne Bachelot. Parmi celles-ci, on trouve d'abord des femmes avec des profils d'homme, qui ont gravi les échelons du parti, incarnent un courant et, parfois même, ont envisagé de se présenter à l'élection présidentielle. C'est le cas de Michèle Alliot-Marie, 60 ans, ancienne présidente du RPR, de Christine Boutin, 63 ans, dont le Forum des républicains sociaux a rallié Nicolas Sarkozy, et de Françoise de Panafieu, 58 ans, qui a conquis l'investiture de la fédération parisienne. "Tout ça n'incarne pas vraiment la rupture", glisse François Fillon.
"J'AI CHOISI LE CYCLE POLITIQUE DES HOMMES"
Derrière se profile donc une nouvelle génération de la même trempe. "Je n'ai jamais pris la place d'un homme", plaide ainsi Valérie Pecresse, 39 ans, députée des Yvelines. "J'ai un parcours initiatique d'homme : j'ai conquis ma circonscription, j'ai travaillé pour le parti, j'ai été porte-parole de Nicolas Sarkozy, tout en soutenant Jacques Chirac", détaille-t-elle. "Alliot-Marie, Bachelot, Panafieu, elles ont toutes hérité de la circonscription de leur père. Vous parlez d'un système méritocratique !", ironise une beurette de l'UMP.
"J'ai choisi le cycle politique des hommes", explique pour sa part Nathalie Kosciusko-Morizet, 34 ans, députée de l'Essonne. "Je n'ai pas fait l'erreur de mettre ma carrière politique entre parenthèses entre 30 ans et 45 ans pour m'occuper de ma famille. Je mène les deux de front", poursuit cette mère d'un enfant de 2 ans. "A 12 ans, mon fils m'a laissé un mot sur l'oreiller : "Maman, c'est dur d'être ton fils"", se souvient Roselyne Bachelot.
De fait, la tentation de Venise serait la faiblesse de ces femmes politiques. "C'est un milieu difficile et violent, qu'on peut avoir envie de quitter", confie, sous couvert d'anonymat par peur que cet aveu soit exploité, l'une des femmes prometteuses de la droite qui envisage d'arrêter la politique en cas d'échec aux législatives. La députée Nadine Morano, 43 ans, vient, elle, de faire l'expérience de la maladresse qui vous rétrograde au purgatoire. "Parce que c'est une femme", assure une consœur.
A droite, côtoyer le prince vaut encore investiture. A 40 ans, Rachida Dati admet avoir bénéficié du coup de pouce de son mentor : "J'arrive maintenant en politique parce que j'ai rencontré quelqu'un dont j'avais envie", explique cette ancienne magistrate, conseillère de Nicolas Sarkozy depuis son entrée au gouvernement en 2002, et désormais sa porte-parole. "Mon choix, c'est Sarkozy, ce n'est pas la droite, précise-t-elle. Nicolas est celui qui incarne le mieux le refus du déterminisme par rapport aux origines sociales de chacun."
François Fillon se réjouit de l'arrivée massive de femmes : "Elles sont moins attachées aux apparences du pouvoir, elles sont plus déterminées et quand elles acceptent une mission, elles le font à 100 %." Comme si elles devaient davantage faire leurs preuves que les hommes, les femmes de droite se préparent à leurs futures responsabilités. Nathalie Kosciusko-Morizet travaille depuis plusieurs années sur l'écologie et le développement durable. Polytechnicienne, elle n'a pas peur d'un grand ministère qui regrouperait l'écologie, les transports et l'énergie "pour pouvoir anticiper les arbitrages dans la perspective du réchauffement climatique". Valérie Pécresse bachotte depuis plusieurs mois à la commission des lois sur les questions d'immigration, de sécurité, de délinquance des mineurs. Un "portefeuille" qui lui est disputé par Rachida Dati, qui a travaillé pour Nicolas Sarkozy sur le projet de loi sur la prévention de la délinquance.
"Elles rêvent ! Pecresse, elle aura la famille, Kosciusko l'environnement, et Rachida l'intégration ou les quartiers", glisse un rival qui espère encore que la parité ne tiendra pas toutes ses promesses. Pour toutes ces prétendantes, le danger ne viendra pas forcément des hommes. Nicolas Sarkozy a confié à ses proches qu'il n'y avait pas de "vivier" réservé et qu'il ne s'interdisait pas de piocher ailleurs. Parmi d'autres collaboratrices, moins politiques, ou dans la société civile. Finalement, sept places, c'est peu.