La place du travail ? Une simple question de sens

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Il est juste de dire que le chômage est diablement utile au système dominant : il impose la modération salariale et permet de fragiliser un système de protection sociale dont le financement est adossé au travail.
Mais il est faux d’affirmer que la suppression du chômage est le levier principal de la transformation sociale. Cette idée, pourtant très répandue, ne prend pas la mesure de la crise, profonde, qui se développe autour du travail lui-même.
Par sa fonction hypnotique, la question du chômage aspire depuis trente ans gouvernants, opposants, experts et syndicalistes dans une impasse au fond de laquelle les empoignades camouflent une évidence : l’absence d’issue dans une société organisée autour du concept de «travail productif».
Nous ne prendrons pas ici le temps de montrer les contradictions des politiques préconisées: libération du marché du travail, interdiction des licenciements, adaptation des formations aux demandes des entreprises,… L’obstination à chercher une sortie du chômage dans un contexte condamné par le déplacement de la notion de travail renvoie à la triste agitation du forcené.
Nous ne croyons nullement à la fin du travail. Mais la place centrale que l’emploi occupe dans nos sociétés est désormais en question. Tant les impératives transformations du système productif que l’aspiration de chacune et de chacun à ne plus subir des itinéraires de vie vont bouleverser la donne. Il importe alors d’expliquer que c’est la nature des activités humaines qui va connaître une évolution aussi inéluctable que désirable.

I – La crise du travail

1) De quel travail parle-t-on ?

Toute personne est amenée à transformer de la matière, se livrer à des expériences sensorielles, modifier son environnement et interagir avec les autres. Elle accomplit pour cela un travail, entendu comme activité humaine.

Cette notion doit être nettement distinguée du travail au sens socio-économique sur lequel s’est élaboré, dans nos sociétés, un système d’exploitation. Par un retournement des valeurs dont sont coutumières les idéologies dominantes, les vertus de l’activité humaine sont directement assimilées à l’exercice d’un emploi, c'est-à-dire au fait d’être «employé» à des fins «utiles».

Le glissement de la notion d’activité à celle d’emploi pose une question de dignité qui ne fait plus souvent débat depuis un siècle. Il y a de quoi spéculer sur la dose d’étonnement ou peut-être de mépris qui teinterait le regard porté par les syndicalistes de 1900 sur ceux d’aujourd’hui. Les résistances à l’obligation de vendre sa force de travail pour survivre, à la soumission des êtres humains au travail non choisi, à la perte du libre arbitre face aux choix de vie, sont piégées par les liens qui arriment le revenu à l’emploi, présent ou passé.

Cette relation directe entre l’emploi salarié, forme principale de travail, et le revenu est au cœur du dispositif d’aliénation dès lors que le salariat est perçu comme l’instrument d’une «liberté», celle de consommer.

Une analyse de la crise du travail qui oublierait la puissance de ce piège - et tout est fait pour qu’on l’oublie - n’à aucune chance de déboucher sur des propositions pertinentes.

2) la construction sociale, fondée sur une vision classique du travail salarié, menace de s’effondrer.

Aujourd’hui, la figure centrale du travailleur hante moins notre imaginaire que celle du précaire. Directement pour les uns, plus confusément pour les autres, la plupart des salariés se sentent comme des précaires, des chômeurs ou des temps partiels potentiels. Comme si la référence au travail salarié s’éloignait progressivement. On pourrait n’y voir qu’un effet des politiques à la mode et penser qu’un bon ravalement antilibéral suffira à restaurer la façade traditionnelle du plein emploi, devanture acceptable de l’architecture emploi-revenu-consommation.

Pendant ce temps, loin de chercher à civiliser la notion de travail pour qu’elle passe de condition subie à un mode de vie individuellement et collectivement choisi, les minorités possédantes cherchent à maintenir la majorité des salariés dans le désir de formes humiliantes de domination. Les propriétaires du capital sentent bien que les valeurs de leur système se dérobent progressivement. Même les cadres semblent de plus en plus difficiles à motiver. Les serviteurs politiques et médiatiques sont alors abondamment mis à contribution pour rappeler qu’il faut «travailler plus» et «mieux récompenser le travail» (entendre surtout « récompenser ceux qui donnent le travail »).

L’absence de conscience collective de ce processus permet encore de faire croire que le travail «utile» conserve socialement et psychologiquement sa centralité. Or, d’incontournables évolutions sapent les fondations de tout l’édifice :

    * le naufrage programmé du couple production de masse/consommation de masse ne peut qu’endommager la relation emploi/revenu, sur laquelle repose la dépendance du salarié. Tant que l’emploi, passé ou présent, donne droit à un revenu permettant d’accéder à un niveau croissant de consommation, l’équilibre dynamique du système se maintient. Dès que la consommation dans les pays du nord sera limitée par la raréfaction des ressources naturelles, le bel équilibre sera rompu.

    * une part croissante de l’activité économique repose sur de la circulation de l’information et sur de l’intelligence qui ne sont pas quantifiables. Le complexe homme-machine est tellement intégré, les performances de la Nation si déterminantes (éducation, recherche, santé, systèmes de transport), qu’il est difficile de mesurer la part de la quantité de travail dans la production de richesses et donc le niveau de sa rémunération selon des critères libéraux. La rationalité des «calculs» de revenus en fonction de la valeur soit disant produite par chacun vole en éclat. La relation entre qualité du travail, niveau de revenu et droit à consommer devient moins pertinente que jamais.
    * les prochains bouleversements du système de production et de répartition doivent se traduire par un déclin de certaines activités (automobile, transports routiers, engrais chimiques, armement, grande distribution, secteur publicitaire,…) et par un développement de la recherche, de l’éducation-formation, des transports collectifs, des réaménagements urbain, des services aux personnes, d’une agriculture respectueuse de la nature, …
      Les urgences environnementales vont nécessiter un mouvement accéléré de reconversions. Celles-ci sont inconcevables sans une importante fluidité de la main d’œuvre qui n’est pas compatible avec l’idée de plein emploi stable.
      De nombreux travailleurs vont connaître des périodes d’adaptation et de formation allant bien au-delà de la simple flexibilité interne à chaque entreprise puisqu’ils seront amenés à changer de secteur d’activité.
      A l’abri d’un protectionnisme intelligent et solidaire, répondant à des indicateurs sociaux et environnementaux, la relocalisation de l’économie (rapprochement entre consommateurs et producteurs), ou le retour à une agriculture nécessitant moins d’engrais et de consommation d’énergie, c'est-à-dire plus de bras, ne seront réalisables qu’avec un modèle social rénové, intégrant de nouveaux modes de rémunération.

Ces raisonnements, fournis à titre d’exemples, nous montrent que nous n’assistons pas à une simple crise des formes d’emploi, mais à une mutation de notre société vers la distanciation du lien entre emploi et revenu.

II- Décentrer le travail : quand l’inéluctable se révèle désirable.

1) De nouvelles aspirations

De multiples indices trahissent l’émergence de nouveaux comportements sociaux à l’égard de l’emploi. Nombreux sont les jeunes peu qualifiés qui connaissent de sérieuses difficultés d’orientation, mais la certitude de la plupart d’entre eux est de ne pas vouloir connaître le sort de leurs pères ; une part croissante de jeunes diplômés, désireux de donner du sens à leur activité, évitent les automatismes de l’engagement professionnel et tentent d’investir les filières culturelles, humanitaires ou associatives ; le ras le bol des cadres confirmés est patent…
A tous les étages de la société, les gens tentent de bricoler des régulations individuelles.
Leur envie d’autonomie personnelle est prête à faire éclater les cadres habituels de l’aliénation.
La fatigue de ne pas être soi nourrit une intelligence stratégique apte à déjouer les normes d’efficience du système dominant.
Une sorte de créativité identitaire se fraye un chemin dans les interstices de notre modèle socio-économique.
Le goût pour la bifurcation des itinéraires de vie commence à rivaliser avec l’aspiration à un emploi à vie.

Bien au-delà d’une manifestation de résistance individuelle, ces nouveaux comportements appellent un nouveau projet collectif. Il s’agit d’une bombe à retardement pour le capitalisme. Cette évolution travaille au cœur de l’ambiguïté entretenue autour des notions de libéralisme et de liberté.

« Vous avez dit « flexibilité » ? Nous préférons la « fluidité », mais, surtout, que ce soit la nôtre, celles de nos itinéraires de vie choisis et non subis. Vous avez dit « efficience » ? Alors, que ce soit la nôtre, l’amélioration constante de l’efficience personnelle, celle qui se conquiert dans un désir d’estime de soi, par la formation et des temps de ressourcement.»

Une alternance de périodes d’emploi, de formation et de ressourcement offrirait à chacun la possibilité d’un meilleur accomplissement dans ses activités et le sentiment d’avoir prise sur son destin. Les humains ne peuvent sans dommages profonds, se contenter de vivre dans un contexte. Ils doivent pouvoir créer du contexte pour vivre. Leur participation à l’histoire collective en dépend.

Et la productivité horaire du travail n’y serait pas perdante ! Un savoir-faire mûrit en-dehors de périodes d’emploi quand elles sont l’occasion de progresser à l’abri de nouveaux droits sociaux. A ce droit à la formation permanente, doit être associé un droit à la modulation du temps de travail sur la durée de vie avec, par exemple, la possibilité de choisir une période à 45h par semaine pour le jeune célibataire, suivie d’une période à 25h quand les enfants sont petits.

Pour de nombreux salariés, l’emploi stable dans un rapport figé d’aliénation au travail, fut–il adouci par des lois sociales, ne correspond ni aux impératifs de mutation accélérée du système productif, ni aux nouvelles aspirations (pour le moment masquées par la crainte du chômage et de la perte de revenu associée) qui déjouent les normes du capitalisme actuel.
En tardant à prendre la mesure de l’évolution des comportements, la gauche risque, une fois de plus, de prendre un train de retard. Afin de ramener le néolibéralisme à son statut de contre-réforme, il importe de ne pas lui opposer une simple résistance, mais de la créativité.
Si l’invocation du plein emploi, au sens traditionnel du terme, est aujourd’hui devenue un des nœuds de blocage pour les mouvements revendicatifs, la transformation de l’idée de progrès social vers la valorisation de la séquence emploi-formation-ressourcement, suppose, elle, l’invention de nouvelles régulations collectives.

2) Elargir le champ de la reconnaissance sociale.

Il est normal que la reconnaissance collective d’autrui prenne appui sur son (ses) activité(s) passée(s) et présente(s). Mais rien ne justifie que, pour les salariés, cette reconnaissance se polarise essentiellement sur ce lien, le contrat de travail, qui donne une valeur marchande à la force de travail !

Il est vrai que derrière le monument édifié à la gloire de la promotion sociale par l’effort est toujours embusqué le vieux couple du libéralisme et du conservatisme moral venu rappeler que ce qui n’a pas d’utilité immédiate n’est pas très éloigné du vice. Et que, pour d’autres, le travail salarié est toujours perçu comme un moteur indispensable du progrès, et non comme une notion historiquement déterminée.

Mais trop rares sont ceux qui osent soutenir que ce travail perd aujourd’hui sa centralité dans la vie sociale pour des raisons qui dépassent la persistance d’un chômage de masse.
Nous sommes tous, directement ou potentiellement, producteurs, consommateurs et citoyens. Dans les pays du Nord, les trois décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale ont mis en avant la figure du producteur. La poussée de libre-échange des 30 dernières années se serait faite au service du consommateur. Les échéances qu’imposent aujourd’hui les profonds dérèglements de nos sociétés et les dégâts causés à la planète doivent donner toute sa place au citoyen dans le fonctionnement social.
Tout autant qu’un emploi occupé dans le système productif, les activités associatives, culturelles ou citoyennes sont de nature à valoriser chacun. Le lien social peut alors s’articuler, en premier lieu, autour des choix collectifs et raisonnés sur la manière de vivre ensemble.

Contrairement à ce que laissent croire les niveaux d’abstention à certaines élections, ce constat correspond déjà à des sentiments et des comportements (aspiration à de vrais débats, participation aux consultations locales des habitants) qui sont en train d’émerger dans nos sociétés.
Il est urgent d’en tirer les conséquences appropriées.
Une sorte de contrat sociétal, plus large que le contrat social, doit alors devenir un des fondements de la répartition des revenus. Il facilitera un déroulé du temps de vie entre des emplois, du bénévolat, de la formation (toujours limitée dans le temps), des mandats publics (rarement renouvelables), du travail personnel, c’est à dire sur des activités humaines diversifiées.

III - De nouveaux points d’appui pour la régulation sociale.

1) Pour de nouvelles formes de droits

Notre organisation sociale a franchi une étape après le cycle crise-guerre des années 30-40. De nouveaux droits sont apparus après la victoire sur le nazisme et le fascisme, le rapport de forces étant alors peu favorable au patronat.
Mais, depuis plus de 30 ans, le culte de la consommation et la sacralisation de la marchandise ont progressivement éloigné les citoyens des préoccupations collectives.

Aujourd’hui, sans attendre que des conflits armés ne viennent réveiller nos capacités à imaginer les améliorations de notre organisation sociale, gageons que la prise de conscience de la montée des périls environnementaux suffira à imposer une nouvelle étape.
Les textes d’Alter sur l’énergie et sur la production, l’échange et la consommation de biens et services mettent en évidence l’impératif d’une mutation accélérée du système productif et de nos habitudes de consommation.
Partout le recul des inégalités et la remise en cause du productivisme sont perçus comme des nécessités qui s’opposent au règne de la publicité, du marketing et du libre-échange.
Nos dirigeants eux-mêmes commencent à comprendre que, par exemple, les déséquilibres Nord/Sud ou notre niveau de consommation d’énergie fossile ne sont plus tenables.
A ces évolutions de fond des priorités économiques vont correspondre de nouveaux types de droits sociaux.

2) Pour un revenu universel

Nous savons depuis longtemps que la prétention à la rationalité du «calcul économique» ne sert qu’à justifier des rapports d’exploitation. Nous avons vu qu’aujourd’hui moins que jamais, la rémunération ne saurait être quantifiée en fonction du concours de chaque travailleur à la production.
Devant l’insuffisance des critères économiques pour déterminer le revenu de chacun, subsistent des critères de justice qui, eux, sont définis par des choix politiques.

Dès lors que la fixation des modes et des niveaux de rémunération est davantage une affaire de choix de société qu’une décision relevant des seuls rapports socio-économiques, le droit au revenu (droit attaché à la personne comme sujet politique) peut prendre l’ascendant sur les droits sociaux traditionnels qui sont essentiellement attachés au travailleur.

Face aux aléas économiques les néolibéraux ont une réponse inacceptable: les personnes ont pour droit principal de pouvoir souscrire librement des assurances privées. Une autre réponse offre, au contraire, une opportunité d’avancée sociale considérable au regard de tout ce qui a existé jusqu’à aujourd’hui : une prise en charge collective des risques liés à un système productif en mutation et à la construction personnalisée d’itinéraires professionnels.
La notion de revenu universel devient ici incontournable.
Le pacte qui relie chaque personne au système de production de richesses ne peut continuer à s’appuyer, pour l’essentiel, sur le contrat de travail et ses corollaires. Les diverses activités de chacun (dans le cadre d’un emploi, dans des périodes de formation, dans le bénévolat, dans la participation active à la prise de décisions publiques, …), qui concourent de manière directe ou différée à l’amélioration du bien-être de tous, doivent faire l’objet d’un contrat à la fois social et sociétal.
Cela se traduirait par le versement d’un revenu de base pour tous, qui serait complété par des rémunérations attachées à l’emploi.
Il est important que ce revenu universel ne soit pas conçu comme une humiliante allocation en faveur des personnes économiquement fragiles. Il s’agit d’un droit accordé à chaque citoyen, qu’il travaille ou pas.

Imaginons qu’un revenu de base (RB) de 100, permettant de satisfaire les besoins élémentaires, soit versé à chaque citoyen (150 pour deux adultes vivant sous le même toit et 25 pour chaque enfant).
Le salaire minimum étant fixé à 60 pour un plein-temps, le revenu minimum du salarié serait de 100+60 (… 100+100,…100+200,… pour des salariés mieux payés).
Une personne n’ayant plus d’emploi (formation ou ressourcement) percevrait le RB plus un pourcentage du salaire précédent.
Les retraites seraient elles aussi constituées par le RB additionné d’une rémunération associée aux emplois occupés pendant une période de la vie.

Au lieu d’avoir de multiples prélèvements pour de multiples caisses reversant de multiples formes de revenus sociaux, nous avons ici une grande simplification administrative : le financement de ce revenu de base est assuré par un prélèvement automatique sur le travail et le capital allant vers une caisse unique qui pratique des formes simplifiées de versement (le RB et ses compléments en cas de chômage, de formation, de maladie, de retraite,…).

Pour l’entreprise, la part du revenu directement versée aux salariés diminue donc au profit d’un prélèvement social servant à financer le RB. Ce simple jeu de vases communicants se traduit par une socialisation accrue du revenu.
La dépendance directe des salariés à l’égard de l’employeur devenant moindre, les conditions d’un rapport de forces favorable à une diminution des inégalités sont créées.

3) Les conditions permissives

S’il est vrai qu’à long terme le progrès technique confirmera la tendance historique à la baisse de la durée du travail, l’utilisation moins intensive des ressources naturelles, en particulier de l’énergie, va nécessiter un recours accru au travail humain. La sobriété économique se prépare même par une période de grands travaux (équipements de transports collectifs et de communication numérique, reconversion de l’agriculture, …). Il ne faut donc surtout pas voir le RB comme un moyen de rémunérer décemment une quantité croissante de personnes qui n’auraient pas accès au système productif, mais comme le moyen de faciliter la requalification et l’orientation choisie de tous les travailleurs potentiels (1).

Pour que le RB ne décourage pas les travailleurs à accepter les emplois les plus pénibles et les moins épanouissants, il importe de veiller à leur bonne rémunération.
L’échelle des salaires doit donc dépendre des niveaux de compétence, de responsabilité, du degré d’implication personnelle, de la stabilité du contrat et de la pénibilité de la tâche, dans une hiérarchie qui limite le montant des rémunérations les plus élevées.

La sphère des choix politiques (le RB résulte d’une sorte de contrat général d’activité, de nature sociétale) venant compléter celle des rapports sociaux traditionnels (contrat de travail), il est légitime d’élargir la participation citoyenne aux décisions et à leur contrôle dans le mécanisme de gestion du RB.
Cela signifie que le poids relatif des syndicats décline par rapport aux mandats qu’ils détiennent aujourd’hui dans les organismes paritaires.
Il importe en revanche de renforcer leur rôle sur l’évolution des conditions de travail, sur la redéfinition des critères de rémunération salariale, sur la démocratie et la participation dans l’entreprise.

La séquence emploi-formation-ressourcement ne peut être vertueuse si les inégalités dans le temps libre sont plus importantes que les inégalités dans le travail.
Il est capital d’assortir les nouveaux droits sociaux d’une action immédiate dans le champ éducation-médias-culture.
Mieux prendre en main son destin suppose une maîtrise suffisante des moyens d’expression et de représentation du monde que seules des politiques volontaristes d’éducation, de formation et d’action culturelle peuvent stimuler rapidement.
Cela nécessite aussi que le rôle aliénant des grands médias (types de divertissement, traitement de l’information) reflue à la faveur d’une réduction sensible des espaces abandonnés à la publicité.

Restent les cas particuliers. Les travailleurs indépendants, qui seront favorisés par une économie plus sobre et relocalisée, ne sauraient échapper aux nouvelles régulations : un prélèvement social progressif sur le résultat, avec possibilité de lissage pour prendre en considération les années creuses, donne un droit à la perception du RB auquel vient s’ajouter le reste des bénéfices nets.
Pour les étrangers dans l’attente d’une décision sur leur régularisation, un RB permettrait d’éviter les conditions de vie précaires, de décourager le travail clandestin et serait associée au droit de suivre les premiers éléments d’une formation.

Une fois de plus, le postulat d’un bouleversement de nos sociétés imposé par les urgences environnementales conditionne une proposition sociale avancée. La discontinuité de l’emploi pendant l’inévitable phase de mutation qui nous attend ne doit pas empêcher une continuité dans l’activité humaine ni, surtout, une continuité du revenu.
Le développement du capitalisme industriel a fait de la relation nouée autour de l’emploi une plaque tournante de la vie de nombreuses générations, comme de la vie publique.
Les choix relatifs au monde dans lequel nous voulons vivre imposent désormais une réflexion et des propositions dont le périmètre dépasse celui de la question qui resta si longtemps centrale.
C’est principalement pour cette raison que les formes politiques nées des affrontements sociaux des deux siècles passés (les partis actuels et leurs similis projets) correspondent mal aux enjeux d’aujourd’hui.
La socialisation d’une partie du revenu, en attribuant un rôle ascendant aux décisions collectives les plus larges, est enfin susceptible de débloquer la question sociale.

Nous affirmons clairement que le dispositif proposé ici suppose non seulement une autre façon de consommer, mais une diminution du niveau de consommation des catégories aisées.
L’ascendant pris par un contrat de nature sociétale sur un contrat de nature sociale est néanmoins le gage d’une amélioration de la qualité de vie, insoupçonnée à ce jour : sobriété énergétique, démocratie approfondie, relations sociales plus sereines, possibilités d’accomplissement personnel, élargissement du libre arbitre sur les choix de vie.
Le sentiment d’être mobilisé autour d’un projet de transformation que la survie de la planète nous impose vaut largement la quête d’enrichissement et les satisfactions névrotiques de désirs de consommations souvent superflues qui l’accompagnent.

(1) Et quand, globalement, le temps nécessaire à la production diminuera, la limitation rigide de la durée hebdomadaire du travail ne constitue pas la solution principale. Les possibilités de moduler le temps de travail sur l’année (dans des limites socialement définies et dans le respect des contraintes de fonctionnement de chaque activité), et même sur la durée de vie, sont souvent plus compatibles avec la construction d’un itinéraire personnalisé.

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sylvie 20/08/2007 23:17

Je te lis tous les jours, ce que tu nous prêtes à lire (Ce n'est pas toujours clair au niveau des réf. mais c'est certainement voulu) est toujours source de réflexion mais que je fais un peu "alone".