Terrorisme, mythes et réalités

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Mythes et réalités de la guerre financière contre le terrorisme

Les "frappes financières" contre Ben Laden et ses comparses ont été inutiles et inefficaces, dénonce Ibrahim Wardé, expert en finance. Elles ont servi à créer l'illusion d'un fanatisme maniant d'énormes masses d'argent, ce qui ensuite a justifié des mesures de rétorsion mal ciblées.

Dans son dernier ouvrage, Price of Fear-The Truth Behind the Financial War of Terror [publié en France sous le titre Propagande impériale et guerre financière contre le terrorisme], Ibrahim Wardé, spécialiste de la finance islamique et professeur à la Tufts University dans le Massachusetts, souligne que, dans les jours qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001, l'argent était sans cesse décrit comme l'oxygène du terrorisme. Rares étaient ceux qui osaient suggérer que l'oxygène du terrorisme relevait surtout de facteurs politiques. Par ailleurs, les dirigeants américains, et le président Bush en premier lieu, n'ont cessé de clamer que les "sources de financement du terrorisme [avaient été] taries" et que la guerre financière avait été couronnée de succès. Comment dans ces conditions expliquer que le nombre d'attentats terroristes ait été multiplié par sept depuis 2001 ?

Le premier exemple est celui de la première bataille marquant la guerre contre le terrorisme, le 24 septembre 2001, lorsque Bush a annoncé la première frappe contre les fondements financiers du terrorisme. On a appris par la suite, grâce aux différents mémoires publiés depuis et aux rapports de la commission d'enquête du 11 septembre 2001, que cette "frappe financière" était un leurre. En réalité, le ministre de la Défense américain, Donald Rumsfeld, avait informé le président Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 qu'il faudrait au moins six semaines aux Etats-Unis pour frapper l'Afghanistan. Les frappes financières étaient des frappes de substitution qui donnaient l'impression que les Etats-Unis avaient entamé des actions draconiennes contre le terrorisme.

Un autre mythe concerne la fortune supposée de Ben Laden. "Les premières frappes financières" concernaient en effet également les 300 millions de dollars que Ben Laden était censé détenir. Pendant plusieurs années, des gels de comptes, ainsi que des mesures contre les organisations caritatives islamiques, ont été justifiés par la recherche de ces 300 millions de dollars. Or, en fait, ceux-ci n'existaient pas. La rumeur avait été inventée en 1996 par un chercheur du département d'Etat à qui l'on avait demandé d'estimer la fortune supposée d'Oussama Ben Laden. Il avait effectué une estimation grossière entre deux chiffres fictifs. Les 5 milliards de dollars censés être la valeur du Ben Laden Group ont été divisés par vingt, représentant en théorie le nombre de fils ayant hérité de la fortune de Ben Laden père. Il était arrivé au chiffre de 250 millions de dollars, qu'il a arrondi à 300 millions.

Depuis, ce chiffre a sans cesse été répété. En réalité, en 1999, date à laquelle une délégation de responsables américains s'était rendue en Arabie Saoudite pour éplucher les comptes de Ben Laden, on avait appris que, dès 1994, les frères de Ben Laden avaient demandé à Oussama de leur vendre ses parts, estimées à l'époque entre 20 et 30 millions de dollars. Cette somme a été immédiatement saisie par les autorités saoudiennes. Il apparaît donc que Ben Laden n'était pas tant un financier du terrorisme que le récipiendaire de fonds envoyés par des réseaux de soutien importants de par le monde.

Un autre aspect de la guerre financière est la confusion effectuée entre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Le blanchiment se réfère en fait aux crimes crapuleux et suppose des services importants. En ce qui concerne le financement du terrorisme, il ne s'agit pas de sommes importantes ni de crimes crapuleux, mais de crimes idéologiques ou politiques, et les sommes impliquées par ces attentats sont souvent faibles, voire négligeables. Les attentats du 11 septembre 2001 n'ont pas coûté 300 000 dollars. La somme envoyée pour subvenir aux besoins des 19 kamikazes était relativement faible. Par la suite, en particulier du fait de la surveillance accrue des réseaux bancaires, les attentats de Madrid, de Bali et de Casablanca ont coûté moins de 20 000 dollars, et les attentats de Londres, en juillet 2005, moins de 1 000 dollars. Au final, le harcèlement des organismes caritatifs islamiques a surtout eu pour effet d'accentuer l'impression que la guerre contre le terrorisme est en fait une guerre contre l'islam.

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Lhuna/Angelique 02/01/2008 19:15

Manipulations de l'âme et des corps !
L'histoire ne sert pas de leçon.
Triste bilan et triste monde.
Bisous