La République est laïque, c'est tout !
Le rapport sur la laïcité remis au Ministre de l’Intérieur Nicolas SARKOZY le 21 septembre est tout à fait surprenant tant les conclusions de la commission présidée par le Professeur MACHELON semblent taillées sur mesure pour satisfaire les exigences professées méthodiquement par les adeptes de la révision de la loi de 1905 et de la remise en cause de l'un des fondements historiques de notre Etat républicain et laïc :
- Possibilité pour les communes de subventionner directement la construction de lieux de culte sur leur sol.
- Incitation faite aux cultes à saisir la justice en cas de difficultés à s'implanter dans certaines communes.
- Mise en doute de « la portée constitutionnelle de l’article 2 de la loi de 1905, qui dispose que « la République ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte ».
- Mise à mal de l’article 19 de la loi de 1905 en encourageant les associations à objet cultuel (lois de 1905) qui le souhaitent à se transformer, sans incidence fiscale, en associations culturelles (loi de 1901). Ainsi, les associations cultuelles n’auraient plus exclusivement à financer l’exercice d’un culte et seraient en capacité de financer des associations culturelles.
- Création d'une forme particulière de reconnaissance d'utilité publique pour les activités religieuses.
Si elles devaient être suivies d’effet, ces recommandations saperaient les fondements de la loi de 1905 notamment en introduisant le financement public sans plafonnement des lieux de culte et la banalisation des associations cultuelles.
La loi de 1905 affirme que la séparation des églises et de l’Etat résulte de la liberté de conscience qui est le socle de nos libertés. Le « toilettage » de la loi de 1905 - tel qu’il est proposé - porte essentiellement sur deux articles « verrous » de l’étanchéité des rapports entre l’Etat et les cultes : l’article 2 qui dispose que « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » et l’article 19 qui définit le régime très spécifique des associations cultuelles pour bien les distinguer des associations de la loi 1901 et précise qu’elles « ne pourront, sous quelque forme que ce soit, recevoir des subventions de l'État, des départements ou des communes ».
La commission préconise que les associations cultuelles puissent exercer des activités sociales, culturelles et même obtenir la « reconnaissance d’utilité publique » !
La volonté d'utiliser les collectivités territoriales pour faire sauter le verrou du financement des cultes, au sens large du terme est en contradiction totale avec l'article 2 de la loi de 1905. Cela ferait évoluer notre système vers la délégation de la solidarité, de l'éducation, de la santé, etc. vers les communautés religieuses à la façon anglo-saxonne.
Sous prétexte d’assurer l’égalité des cultes, la commission Machelon propose que la République mette le nez dans les affaires des cultes. En faisant cela nous affaiblirions la République. Les préconisations de ladite commission déboucheraient sur l’établissement d’une citoyenneté à deux vitesses, ceux dont la croyance serait financée par les deniers publics et les incroyants qui seraient contraints de financer des choix individuels relevant exclusivement de la sphère privée.
Sur quelles bases les pouvoirs publics éliraient-ils les cultes méritant des financements. Ils n’ont aucun moyen de vérifier les chiffres de fidèles affichés par les différentes églises. Comment les pouvoirs publics choisiraient-ils entre les différents courants au sein des religions ? La République ne doit pas mettre le doigt dans cet engrenage infernal et dangereux. Sombre perspective, d'autant que les mouvements sectaires à prétention religieuse s'engouffreraient dans la brèche sans coup férir !
Il suffit d'appliquer la loi, avec cohérence.
La laïcité est un des fondements de notre pacte républicain. Elle appartient à notre patrimoine national. Elle ne doit pas devenir un objet de confrontation politicienne. Le rapport Machelon démontre qu’elle et ne doit jamais être considérée comme définitivement acquise.
Ainsi que l’écrit Régis Debray : « La laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, elle est ce qui rend possible leur coexistence, car ce qui est commun en droit à tous les hommes doit avoir le pas sur ce qui les sépare en fait. »
En réalité, la laïcité est la règle commune de la tolérance et de notre vouloir vivre ensemble au-delà de toute croyance !
Ce serait pure folie que de la remettre en cause comme souhaite le faire le candidat Nicolas Sarkozy !
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POUR MEMOIRE :
Nous avons la chance inouïe de vivre dans une République laïque. Pour cette raison, les citoyens français ont le rare, le très rare privilège de jouir de l’absolue liberté de conscience et de la même absolue liberté d’expression. Jusqu’à quand ? Parce que beaucoup de religieux de tous poils, mais aussi de politiques qui se croient habiles, s’agitent, qui pour faire reconnaître le "blasphème" comme illicite, qui pour faire modifier la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’État, qui pour introduire la notion de religiosité dans la Constitution, qui pour faire financer par la "res publica" la construction d’édifices religieux, qui pour confondre enseignement public et enseignement privé comme s’il n’y avait pas assez d’abus en ce domaine, etc, etc...
Et l’on voit un professeur de philosophie menacé de mort pour s’en être pris à la religion musulmane, et l’on voit Hani Ramadan (le frère de Tariq) interdit d’enseignement en Suisse par le Conseil Fédéral de Genève - venir enseigner la "charia" dans une école privée de Lyon. Ce personnage n’a-t-il pas déclaré la lapidation des femmes comme licite ? Ne prêche-t-il pas contre les lois de la République ? Comme beaucoup d’affiliés à telle ou telle secte ainsi les "évangélistes américains" qui prêchent à nos portes ?
Chers citoyens, une authentique déréliction serait-elle en marche et proche de l’aboutissement ? J’en ai bien peur, pure clause de style, car pour ce qui me concerne, il ne s’agit nullement de laisser enfermer notre Constitution - qui est l’affaire de chacun d’entre nous - dans les filets d’un dogme religieux quel qu’il soit ! Laïcité oblige ! Dans ce contexte, il convient que nous soyons clairvoyants pour déjouer et s’opposer à toutes manœuvres, de qui que ce soit, dont le but serait d’affaiblir ou de porter atteinte à la laïcité de la République, Laïcité dont beaucoup d’hommes politiques étrangers qui, après l’avoir dénigrée, disent qu’elle est, finalement, un facteur de paix !
Au sujet des atteintes qui se préparent ou qui sont "en marche" contre la laïcité de la République et la loi de 1905, il va falloir être extrêmement vigilants, et il importe que les candidats à l’élection présidentielle se déterminent clairement, sans langue de bois. Le député Rossinot, dans un rapport récent à Nicolas Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, dit qu’il lui faut surtout pas modifier la loi de 1905, mais au contraire la préciser, la renforcer. Sera-t-il entendu ? Ne devrons-nous pas y veiller et / ou nous donner les moyens de le faire ?
Alors, lorsque Gilbert Aubry, évêque catholique, "invoque" et mélange hardiment métissage réunionnais, religions, spiritualité, philosophie pour aboutir à la déclaration : "Rendons à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" et dire qu’il y voit le fondement de la laïcité, il commet une grave erreur. Mais est-ce une erreur ? L’évêque, ce disant, subordonne la laïcité à la reconnaissance d’un dieu ! C’est un habile détournement de sens ou une monumentale bévue.
Encore qu’une bévue est en général attribuée à l’ignorance ou à la maladresse, ce dont je ne taxerai certainement pas cet évêque : c’est plutôt une tentative de dessaisissement de la laïcité de sa réelle signification, c’est une tentative de "prise de possession” de la laïcité.
Mais la laïcité n’appartient à personne l’évêque ! On y adhère, on la vit, on la fait vivre, on la défend, car la laïcité est une identité de notre République. Qui y porte atteinte porte atteinte à la République. Il faut que ce soit clair et que ce soit dit ! Cette tentative de supercherie serait cocasse si elle n’était aussi lourde de sous-entendus !