Histoire de parrains...
A deux semaines de la date limite du dépôt des parrainages, la campagne présidentielle s’enlise dans de basses manœuvres. Dans la course aux signatures, un seul mot d’ordre: pas de quartiers.
A droite, l’affrontement se déroule par médias interposés. Jean-Marie Le Pen accuse Philippe de Villiers de diffamation. Ce dernier avait affirmé publiquement, sur LCI, que le patron du FN avait en réalité ses parrainages et qu'il se livrait à une tentative de «victimisation». Réplique de Villiers: «Le Pen a à nouveau dérapé». Le président du Front national, qui avait déjà laissé entendre qu’il n’aurait pas les signatures nécessaires il y a 5 ans, a dénoncé des «pressions», des «appels de faux journalistes» contre les maires qui lui auraient promis un parrainage. Il a également expliqué avoir déposé 14 plaintes contre X, mettant un peu plus le système sur le banc des accusés. D’autant plus que les promesses récoltées depuis plus d’un an n’amènent pas nécessairement à des parrainages en bonne et due forme: les deux candidats se disent victimes d’un taux de désistement d’environ 22%.
À l’extrême gauche, l’ambiance est tout autant à couteaux tirés. Olivier Besancenot a beau revendiquer 452 signatures, il doit faire face à l’OPA inamicale d’une partie des troupes de José Bové: ces derniers démarchent des maires qui avaient promis leur signature à Olivier Besancenot. La LCR dénonce aussi un faux appel dénonçant, un comble, «la dérive libérale et droitière» de la ligue.
Les grands partis n’ont pas à se préoccuper de ce genre de manœuvres, ils ne sont pour autant satisfaits du système. Mercredi soir, le leader du PS François Hollande y est allé de sa petite pique: «C'est la règle. Peut-être faut-il la changer?» Il a évoqué la possibilité d'«un parrainage citoyen, mais qui serait difficile à mettre en place» ou «un minimum de 5% à obtenir aux élections précédentes, comme les régionales par exemple. A chaque élection, on a la même ritournelle. Et la dernière fois, 16 candidats», a-t-il souligné. «Est-ce une bonne élection avec autant de candidats? Pourquoi faudrait-il trois trotskystes en France? Il y a aussi les écologistes, les anti-libéraux... Ils ne font pas candidature commune.»
A droite, le bras droit de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, propose de passer à un parrainage par des citoyens. Il avance le chiffre de 200.000. La constitutionnaliste UMP Jeannette Bougrab évoque une «pétition citoyenne» signée par un million d'électeurs, quand Olivier Besancenot préfèrerait 50.000 électeurs.
Même les maires ruraux, auxquels le système actuel donne un pouvoir très important, sont pour une refonte. Gérard Pelletier, président des Maires ruraux de France, «estime que si on augmentait le nombre de signatures à 1.000, on éviterait certaines dérives.»
Un débat sans doute salutaire, mais peut-être un peu tardif.