Un risque pour Ségolène Royal au 1er tour ?

Publié le par LV

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Gérard Le Gall a sonné le tocsin, il y a une dizaine de jours, devant Jean-Louis Bianco et François Rebsamen, les deux directeurs de campagne de Ségolène Royal. Il a redit son inquiétude mercredi matin, à François Hollande et Julien Dray : "La situation politique est une patinoire. Tout le monde peut chuter, y compris Sarkozy. Mais sur cette patinoire, Bayrou avance, avec un phénomène de vases communicants entre son électorat et l'électorat Royal. Il y a donc désormais un risque statistique réel pour Ségolène au premier tour." Gérard Le Gall est l'homme des sondages de la campagne socialiste. Il était déjà celui de Lionel Jospin lors de la campagne présidentielle précédente. C'est notamment lui qui, quatre jours avant le 21 avril 2002, avait remarqué au cours d'une réunion au QG de la campagne socialiste : "Statistiquement, il y a quand même une proximité inquiétante des intentions de vote entre Le Pen et Lionel…" La phrase n'avait alors suscité qu'un scepticisme général chez les jospiniens.

Autant dire que, cinq ans plus tard, le PS considère parfois son "Monsieur sondages" comme une sorte de Cassandre. Gérard Le Gall a donc compulsé intentions de vote et enquêtes qualitatives, vu les directeurs des instituts de sondages, refait ses calculs. Ségolène Royal reste stable dans les intentions de vote, a-t-il noté, mais Bayrou pénètre fortement à gauche, grignote l'électorat populaire et s'étend à droite. Il élargit donc son audience.

Pis, dans certains sondages, comme le BVA/orange publié jeudi, l'écart est si faible (24% d'intentions de vote pour Ségolène Royal et 21% pour François Bayrou) que l'on est désormais pratiquement dans la marge d'incertitude qui peut faire tout basculer. Et qui en tout cas peut faire douter les électeurs. "Il n'y a pas de fatalité à cette situation, a souligné Gérard Le Gall, et la gauche a encore six semaines pour réagir." Mais le danger est là.

François Hollande ne l'ignore pas, qui a rappelé le 27 février à Argenteuil la nécessité d'un "vote utile" et tient sur sa ligne de ne pas aider les "petits candidats" de la gauche dans leur recherche de signatures. Quitte à se priver là d'une réserve de voix pour le second tour. Car les élus socialistes font remonter de leurs circonscriptions la même inquiétude : une partie des électeurs de gauche affirme qu'ils choisiront d'abord de faire barrage à Nicolas Sarkozy. S'il leur apparaît que Mme Royal n'est plus le meilleur rempart contre lui, ils peuvent voter Bayrou et substituer ainsi le candidat UDF à la candidate PS.

Autant dire que désormais tout est possible. "Le Gall a raison d'évoquer cette hypothèse, note de son côté Pierre Giacometti, le directeur de l'institut Ipsos, car le croisement des courbes est toujours possible. Mais, pour qu'elles se croisent entre Royal et Bayrou, rappelle-t-il, il faudrait que la structure du choix Bayrou se solidifie, ce qui n'est pas encore le cas. C'est un électorat volatil et il reste plus de 40% d'électeurs indécis."

Inquiétude au PS sur les réserves de voix à gauche au second tour

Quel scénario pour la gauche ? En comptant et recomptant les intentions de vote pour l'élection présidentielle, les instituts de sondage commencent à évoquer le spectre de 1969, qui avait vu, cette année-là, deux candidats de droite s'opposer au second tour : Georges Pompidou contre le centriste Alain Poher. La gauche, divisée, avait été éliminée en ne dépassant pas 31 % des suffrages. Aujourd'hui, soulignent les sondeurs, la gauche oscille entre 32 % et 36 % des pronostics. Un plancher jamais atteint depuis 1969, justement.

 

Mais la comparaison s'arrête là. En 1969, un an après le mouvement de mai 1968, le candidat de la SFIO, Gaston Defferre, avait péniblement atteint 5 % des suffrages, tandis que le PCF caracolait à 21,3 %. Une situation inédite et totalement distincte d'aujourd'hui.

A gauche, la candidate socialiste, Ségolène Royal, domine largement ses concurrents communiste, écologiste ou d'extrême gauche. Mieux : avec 24 % à 27 % des intentions de vote, elle est à un niveau comparable à celui de François Mitterrand en 1981, qui vit la gauche accéder pour la première fois au pouvoir depuis 1958. D'où la complexité réelle à évaluer le rapport de forces électoral.

Il y a encore six semaines de campagne, et un élément important d'incertitude pèse aujourd'hui sur toutes les études d'opinion : un Français sur deux avoue ne pas encore avoir fait son choix. De plus, sous la Ve République, la gauche a toujours été minoritaire au premier tour.

Il reste que la progression étonnante de François Bayrou dans les sondages perturbe les états-majors et pose une question majeure au PS : comment rassembler la gauche, capter les voix attirées par le centre, et se constituer ainsi une réserve suffisante pour espérer pouvoir l'emporter au second tour ?

Le PS a beau avoir éliminé le "danger" Chevènement et Taubira, écartant ainsi des candidatures concurrentes du MRC et du PRG, il est handicapé par le faible niveau des autres formations de gauche. Malgré la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne, la gauche de la gauche n'a pas su transformer ce vote protestataire en adhésion pour elle-même.

Marie-George Buffet (PCF) n'est pas créditée de plus de 3 % des voix quand ses prédécesseurs Georges Marchais, André Lajoinie ou même Robert Hue, avant 2002, dépassaient 7 %. Le fort déclin du PCF, qui passe du statut de deuxième force de la gauche à un rôle de partenaire marginalisé et concurrencé par l'extrême gauche, pèse sur l'ensemble de la gauche. Les écologistes qui avaient obtenu un score honorable de 5,2 % voici cinq ans, n'arrivent pas à dépasser les 2 %. Et l'extrême gauche qui avait atteint un record de 10,4 %, a retrouvé un niveau habituel de 4 % à 5 %.

Cet ensemble de réserve de voix ne dépasse pas les 10 % pour les plus optimistes et ne permet pas à la gauche de l'emporter au deuxième tour. Avec l'échec de la candidature unique, la gauche antilibérale paye son émiettement. "José Bové, Olivier Besancenot, Marie-George Buffet et Arlette Laguiller sont tous sur le même segment électoral. Dans cette cacophonie, les électeurs ont du mal à distinguer les différences", constate Vincent Tiberj du Cevipof. Les Verts n'en finissent pas de payer leurs dissensions et l'absence de ligne politique claire. Dominique Voynet ne convainc pas. Ségolène Royal qui fait seule la course en tête éprouve elle-même des difficultés à créer une dynamique.

" La situation de la gauche est la plus susceptible d'évoluer. Son extrême faiblesse ne correspond pas à grand-chose par rapport à ce qu'on mesure dans les projections sur les législatives", relativise Jérôme Sainte-Marie, de BVA. Un point de vue repris tant au PS que dans le reste de la gauche où l'on est persuadé que, l'échéance se rapprochant, le clivage gauche-droite reprendra ses droits et que le rejet de M. Sarkozy balaiera les hésitations. Les socialistes se félicitent que Mme Royal ait pris la main sur Airbus. "Quand elle bouge les lignes, eux (Sarkozy et Bayrou) bougent leurs positions", prétend François Rebsamen, son codirecteur de campagne.

Mais le retour en force du centre avec François Bayrou perturbe le jeu du "vote utile" que voulait mettre en avant le PS. Selon des instituts de sondage, le candidat centriste prendrait autant de voix à gauche qu'à droite. "Les premiers éléments qui désertent à gauche sont les couches supérieures et intellos", constate M. Tiberj. Mme Royal sait qu'elle doit préciser son pacte présidentiel pour convaincre les hésitants. "Il faudrait que les sondeurs aient l'obligation de publier les chiffres des indécis, confiait-elle jeudi 8 mars, car refuser de donner son avis, c'est aussi donner une opinion politique".

 

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R
de mémoire, à quelques semaines seulement du premier tour, c'est la première fois que l'on constate que 50% des électeurs ne savent toujours pas pour (ou contre) qui ils vont voter; ceci indique bien que les gens n'ont plus confiance à la classe politique malgré des alternances et je pense malheuseusement qu'il y aura beaucoup d'abstentions et de votes blanc au premier tour.
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