Cette gauche qui succombe à l'appel du centre
François Bayrou, le candidat UDF, doit sa progression dans les sondages à une popularité grandissante dans l'électorat PS, pas convaincu par Royal
Qui a l'intention de voter Bayrou ? Des gens de droite, bien sûr, mais aussi de plus en plus d'électeurs de la gauche, souvent issus des classes moyennes et supérieures. Le candidat centriste bouleverse les lignes traditionnelles, grimpe dans les sondages (entre 21 et 24 %) et inquiète l'UMP et le PS.
Sa percée dans l'opinion, encore très fragile, semble s'expliquer par le souhait d'une rupture avec le clivage gauche-droite, la confiance dans un candidat refusant le glamour ou encore la volonté de barrer la route à Sarkozy. L'enracinement démocrate-chrétien de Bayrou séduit aussi des électeurs marqués par le catholicisme qu'ils soient de droite ou de gauche. Frustrés d'une candidature Strauss-Kahn, des socialistes sont sensibles à ses références à Pierre Mendès France et à Jacques Delors, comme le collectif de hauts fonctionnaires Spartacus. Des intellectuels et des artistes avouent être séduits par son discours : l'historien Jean-Pierre Rioux, les romanciers Jean-Christophe Rufin ou Marc Dugain, le navigateur Titouan Lamazou, l'acteur Vincent Lindon, le sociologue Jean-Pierre Le Goff, les journalistes Jean-François Kahn, Philippe Meyer ou Alain Duhamel. Et même l'animateur Patrick Sébastien. Paroles de (futurs ?) électeurs du candidat centriste.
«Il va casser le système UMP-PS»
Habituellement, Christophe Freno vote à gauche. Mais cette fois, ce chef d'entreprise choisira Bayrou. «Il n'y a plus de clivage idéologique fort , explique-t-il. Si vous lisez le discours de Ségolène Royal à Villepinte, essayez de dire si c'est de droite ou de gauche. Et Sarkozy incarne trop la droite libérale. Bayrou se contente de faire preuve de bon sens.» Avec lui, l'idée un peu fantasmatique d'un centre qui prendrait le meilleur des deux côtés de l'échiquier politique, semble prendre corps. Ce dépassement des clivages a séduit aussi Nora (son prénom a été modifié), inspectrice des impôts : «Il sort du clivage gauche-droite. Et surtout, il va nous permettre de casser ce système UMP-PS.» «Son approche est séduisante car les problèmes sont transversaux, et il n'y a pas seulement une réponse de droite ou une réponse de gauche, explique François, 38 ans, haut fonctionnaire à Paris. Avec lui, on sort de la guerre des tranchées. Le référendum européen a bien montré que les clivages étaient dépassés.»
«Il est moins démago que les autres»
Avec ses mots mesurés et ses airs provinciaux, ses futurs électeurs voient en lui un homme de parole. «Il est plus honnête que les autres, abordent les problèmes avec plus de franchise» , estime Sandrine, 36 ans. «Quant il évoque les retraites, il dit des choses pas toujours agréables, il est moins démago que les autres» , ajoute cette mère au foyer de trois enfants qui a toujours plutôt voté à gauche. «Il montre la France telle qu'elle est, renchérit Valérie, 47 ans, organisatrice de séminaire, dit que l'on ne dépensera pas plus que ce que l'on a.» Nora, se sent «rassurée» par le personnage. «Il n'est pas extrémiste et sur les questions religieuses, je lui fais confiance.» Musulmane, elle note que « c'est un vrai laïc, en même temps, il est croyant. Et je sens un respect de mon identité.» «Il dit la même chose depuis cinq ans et je sens qu'il propose une politique cohérente pour nous les PME», dit Christophe Freno, qui n'aurait pas hésité à voter DSK : «En matière économique, ils ne sont pas loin de proposer les mêmes choses.» Ce «sérieux» économique intéresse le financier Edouard Tétreau. «Economiquement le seul vote à gauche, c'est Bayrou, dit-il. C'est le seul qui fasse de la réduction de la dette une priorité. Si on allège la dette, cela permettra de financer des prestations en matière d'éducation, de santé et de justice.»
«J'ai une obsession : battre Sarko»
La volonté de barrer la route au candidat UMP joue en faveur de Bayrou. «J'ai une obsession, battre Sarkozy , explique Marie, 47 ans, directrice d'une revue spécialisée, qui votait plutôt à gauche jusqu'ici. Or, j'ai de sérieux doutes que Ségolène Royal puisse le battre au second tour.» Marie affirme : «Autour de moi, pas mal d'amis, plutôt de droite sont allergiques à Sarkozy et vont voter Bayrou.» Christophe, 37 ans, cadre supérieur à Nantes, le dit sans détour : «J'ai toujours voté Mitterrand ou Jospin, mais cette fois ce sera Bayrou car il est le seul à pouvoir battre Sarkozy. Ségolène est trop creuse.» «La gauche nous refait le coup du vote utile, note Christophe Freno, mais on attend autre chose de la politique, on attend des propositions.» Nora partage cet agacement du «vote utile» . Elle va même plus loin : «Si je me faisais plaisir, je voterais Besancenot, mais là, je me dis qu'avec Bayrou au second tour de la présidentielle, j'élimine Sarko et Ségo d'un seul coup.»
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