Michel Rocard veut une alliance entre Royal et Bayrou
Royal-Bayrou, l'alliance nécessaire, par Michel Rocard (premier ministre de 1988 à 1991, député européen)
"Si Nicolas Sarkozy est élu dans quelques semaines, nous n'aurons aucune excuse. L'UMP gagnera les élections législatives qui suivront; et pendant cinq ans, la France va souffrir.
Tous les Français ne souffriront pas de la même façon : les plus riches vivront encore mieux. Les classes moyennes et les petits salariés vivront plus mal. Les exclus seront plus seuls que jamais.
Nous pouvons éviter ce gâchis social dont la majorité des Français ne veut pas. Comment ? Simplement, en unissant nos forces avec ceux qui sont les plus proches de nous. Ceux qui pensent comme nous que le marché doit être régulé, que l'Etat doit défendre la solidarité, que l'égalité des chances doit être assurée pour tous et entre toutes les générations.
Socialiste et européen depuis toujours, j'affirme que sur les urgences d'aujourd'hui rien d'essentiel ne sépare plus en France les sociaux-démocrates et les démocrates-sociaux, c'est-à-dire les socialistes et les centristes. Sur l'emploi, sur le logement, sur la dette, sur l'éducation, sur l'Europe, nos priorités sont largement les leurs. Sur la société, sur la démocratie, sur les femmes, sur l'intégration, sur la nation, nous partageons les mêmes valeurs. Isolés, ni eux ni nous, n'avons aucune chance de battre la coalition de Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen. Mais rassemblés avec les Verts, la gauche sociale-démocrate et le centre démocrate-social constituent une majorité dans le pays. Et dans deux semaines elle peut devenir la majorité réelle. C'est la chance de la France.
Il ne faut pas attendre l'après-second-tour pour créer la dynamique de l'alliance. Dans quelques jours, les Français décideront qui, de François Bayrou ou de Ségolène Royal, sera le mieux à même de battre Nicolas Sarkozy. Et ils le feront d'autant mieux qu'ils sauront que, dans tous les cas, une alliance sincère et constructive défendra au second tour puis aux législatives un projet commun d'espoir pour la France.
J'appelle donc François Bayrou et Ségolène Royal, avant le premier tour, à s'exprimer devant les Français pour s'engager dans la voie de cette alliance. Qu'ils fassent confiance aux Français pour que les Français leur fassent confiance.
Je ne me prononce qu'au nom d'une seule ambition : l'amour de mon pays. L'envie que la France retrouve confiance en elle; que nos jeunes portent l'espoir d'une vie meilleure; que notre Etat se modernise dans le respect de chacun; et que triomphent nos idéaux démocratiques dans un monde en mouvement.
Pour la première fois depuis longtemps, j'atteste que ce chemin nous est ouvert. Nous pouvons déplacer les lignes politiques pour qu'elles soient fidèles à nos convictions. Nous pouvons faire repartir la France sur les rails du progrès économique, de la justice sociale, d'une démocratie impartiale et apaisée. Offrons ce choix aux Français et je suis sûr qu'ils l'approuveront.
Si nous ne saisissons pas cette chance, oui nous n'aurons aucune excuse…"
L’appel de Rocard bien vu à l’UDF. Une idée aussitôt rejetée par les responsables du PS mais qui est un «signe intéressant» pour Bayrou
"Ca bouge !» Première réaction de François Bayrou, sur France Inter, après l’appel lancé par Rocard dans Le Monde pour une alliance entre lui et la candidate PS, avant le premier tour. Le centriste voit dans cette tribune «un signe très important de changement de la part de l’un de ceux qui ont exercé au Parti socialiste des responsabilités de premier plan».
Pour le candidat de l’UDF, cette prise de position de Michel Rocard pourrait séduire les indécis: «C’est une grande nouvelle pour tous ceux qui regardaient ce projet avec envie et en même temps avec des interrogations».
Pas vraiment le même son de cloche du côté du PS. François Hollande a été le premier à réagir. Et à rejeter toute alliance avec Bayrou. Lors du point de presse du PS, Jack Lang a lui estimé qu’une telle alliance «serait absurde». «On ne peut pas concilier l’inconciliable», a expliqué le conseiller de Ségolène Royal. Pierre Moscovici, proche de Rocard et de DSK, a jugé cette proposition prématurée: «Ce n’est pas aujourd’hui qu’il faut parler de ces choses-là […] nous ne sommes pas dans une alliance, nous sommes dans un combat». La prise de position de Rocard n’aura «pas d’effet créateur, mais peut avoir des effets pervers. Ce qui est vrai, en revanche, c’est qu’il faudra bien que les électeurs de François Bayrou se décident pour Ségolène Royal au deuxième tour», a estimé Moscovici.
Interrogée sur l’éventualité d’un rapprochement avec Bayrou, la candidate socialiste a éludé la question, disant préférer s’occuper des «vrais problèmes des Français». «Je suis ici en campagne sur ce terrain auprès des salariés, des élus qui sont en première ligne […] Ma préoccupation première, c’est la lutte contre le chômage», a-t-elle declaré, précisant ne pas avoir encore lu la tribune de Rocard. Son co-directeur de campagne, Jean-Louis Bianco, a adopté la même attitude: «Aucun commentaire. Je ne parle que des choses importantes».
En réaction à la fin de non-recevoir du PS, Bayrou a estimé naturel le fait que «l’appareil du Parti socialiste et François Hollande verrouillent tout cela en disant "jamais, jamais, jamais!" mais les électeurs s’en fichent car ils voient bien désormais la possibilité qui est ouverte et ils savent que c’est à eux que va revenir de faire le choix fondamental».
