Les machines à voter du premier tour
l’Homme n’est pas prêt
Nicolas Barcet
lundi 23 avril 2007
Les multiples incidents qu’ont provoqué les ordinateurs de vote renforcent la thèse du moratoire mais le plus grand apprentissage de cette première utilisation massive de machines est peut être que le problème est avant tout humain.
De Reims à Saint Malo, les incidents se sont multipliés autour des machines à voter. A Reims, les incidents seraient, selon un internaute, liés à des problèmes d’alimentation électrique. A Saint-Malo, le maire n’attend pas de comprendre pourquoi; il constate les retards et prend la seule décision raisonnable : suspendre l’utilisation de ces machines, au moins pour les second tour des présidentielles. A Garches, on se demande quel est le type de machines qui on été utilisées, car un lecteur nous signale qu’un boité déporté était utilisé par la présidente pour contrôler la machine à voter. A Courdimanche “il faut attendre 1 heure en plein soleil”. A Issy-les-Moulineaux, le maire, qui aurait peu été vu autour des bureaux de vote aujourd’hui, n’a apparemment pas encore tiré de conclusion sur les nombreux incidents qui ont marqués la plupart des bureaux de vote de la ville.
Une électrice Isséène, Véronique Derchain, nous rapporte qu’elle est scandalisée. “Je suis arrivée à 11h45, j’ai voté à 13h15; soit 1h30 d’attente”. Pendant que j’attendais, le président du bureau de vote “nous annonce une moyenne de 1 minute par passage. Il y a une seule machine”. Cette longue queue provoque le désistement de certains qui “sont reparties avant d’arriver à l’ordinateur et ont déclaré ne pas revenir, ni aujourd’hui, ni au second tour”. Pour d’autres, souvent âgés “qui ne parvenaient pas à comprendre comment utiliser la machine,” sont contraintes à demander “l’aide d’une tierce personne qui est intervenue dans l’isoloir, pour ne pas faire perdre de temps.”
Pour Laurent Pieuchot, qui, en tant qu’élu et président d’un bureau de vote, à recueilli un grand nombre de témoignages, “cette tentative est un échec cuisant”. Contacté par téléphone, il cite :
- “A cause de l’encombrement provoqué, certains bureaux n’ont pas pu fermer avant 21h ce soir.” On se demande ou sont les économies promises sur les salaires des administratifs ?
- “Dans certains bureaux, il m’a été rapporté qu’afin d’endiguer les retards, des présidents de bureaux ont décidés de modifier la procédure électorale en ne procédant plus aux contrôles d’usage du cahier d’émargement par le président et les assesseurs avant le vote.” Nous ne commenterons pas sur l’éventuelle illégalité d’une telle mesure. Cette modification -anodine- de la procédure n’est apparemment pas sans conséquence car il a été rapporté qu’au moins “une électrice avait été en mesure de voter 2 fois dans le même bureau aujourd’hui.”
Selon cet élu, l’enseignement principal, suite à cette journée, serait que le problème est aussi psychologique. De nombreux électeurs sont venus vers lui en s’indignant que la population n’ait pas été consultée avant que ce nouveau mode de scrutin ne soit mis en place. Plus grave encore, ce sont les nombreuses remarques faites quant à la perte de confiance. Il cite notamment une personne lui disant “mais monsieur, je n’ai pas eu l’impression de voter.” De part la limite de l’isolement offert par les ridicules cloisons de ces machines, mais aussi à cause de la pression lié au faible temps offert face à la machine, limitant de ce fait le temps de réflexion possible. On notera qu’alors qu’un isoloir est normalement requis pour 300 personnes par le code électoral, une seul machine était à la disposition de chaque bureau, totalisant en général un millier de votants.
Nous nous rappelons que lors du colloque de l’Association des Maires de Grandes Villes de France, Camille Putois, aujourd’hui Chef de cabinet de Ségolène Royal, a évoqué quelques « points à régler » avant de généraliser les scrutins avec des ordinateurs de vote : “ … la confiance de l’électeur doit être préservée : aujourd’hui n’importe quel électeur, quel que soit son bagage intellectuel ou culturel, peut contrôler une élection : l’urne est transparente, il reste là, il voit, il dépouille. Un dépouillement, c’est vraiment des électeurs venant de tous horizons qui y participent. Avec les kiosques électroniques, ce n’est plus possible.” “Il faut que cette confiance qui est aujourd’hui visuelle, matérielle, soit remplacée par une confiance d’une autre nature, mais qui ne doit pas être plus faible.”
Nous ne pouvons que saluer cette sage clairvoyance, car l’un des bilans que nous tirerons de ce premier tour est qu’apparemment, l’Homme n’est pas prêt pour les machines à voter. A moins que ce soit les machines actuelles qui ne sachent pas s’adapter à nous ? « Bonsoir, je suis une machine à voter à la retraite, voulez vous jouer avec moi ? »
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